LETTRE LXIV
( 30 mai 1761.)
Fin des réflexions sur le système des monades.
Ou il faut reconnaître la divisibilité des corps l'infini j ou il faut admettre le système des monade avec toutes les extravagances qui en découlent; n'y a point d'autre parti à prendre. Celte alternatif fournit encore aux monadistes un terrible ai^mei pour soutenir leur cause.
Ils prétendent que par la divisibilité à l'infini o serait obligé d'accorder aux corps une qualité infinie pendant qu'il est certain que rien n'est infini qu Dieu seul.
Les monadistes sont des gens bien dangereui tout à l'heure ils nous accusaient d'athéisme, i maintenant ils nous reprochent l'idolâtrie, et diser que nofls attribuons à chaque corps des perfection infinies. Nous serions à cet égard bien pires que k païens, qui n'adoraient que quelques idoles, pendai que nous honorerions tous les corps comme des di vinités. Ce serait sans doute le plus terrible repro che , s'il était tant soit peu fondé ; et j'aimerais mieu embrasser le' système des monades avec toutes le chimères et les illusions qui en sont les suites n^ cessaires, que de me déclarer pour la divisibilité l'infini, si une si grande impiété y était attachée.
V. 4. contiendra que c'est une vilaine manière de disputer j que de reprocher à ses adversaire^ l'athëisme et Tidolatrie. Mais en quoi consiste donc cette divine infinité que nous attribuons aux corps? Est-ce qu'ils sont infiniment puissants ^ infiniment «iges, infiniment bons, ou infiniment heureux ? Rien de tout cela ; nous ne disons autre chose , stnoii qa'en divisant les corps , quelque loin qu'on pousse h division , il sera toujours possible de la continuer au delà j et qu'on ne viendra jamais à des particules telles, qui ne seraient plus susceptibles de division. Cette propriété pourrait être aussi énoncée , en di^ aiDt que la divisibilité des corps n'a point de /h mites; et c'est bien mal à propos qu'on lui donne le nom ii^inité^ qui ne saurait avoir lieu qu'en Dieu.
Premièrement , je remarque que le seul nom d'infini n'est pas si dangereux que ces philosopha s'imaginent. Si l'on disait, par exemple, infinôinent méchant, ce serait même infiniment éloigné des perfections de Dieu.
Ensuite ces mêmes philosophes conviennent que DOS âmes ne finiront jamais; ou ils reconnaissent une infinité dans la durée de l'âme , sans que cette infinité porte la moindue atteinte aux perfections \vh finies de Dieu. Aussi quand on leur delniande si le monde est borné ou non par rapport à l'étendue ^ ils sont fort indécis sur cette question. Quelques-ims ' avouent franchement que l'étendlie du molide pourrait bien être infinie; de sorte qo'on n'arriverait jamais an bout du monde, quelque loin qu'on se por-