‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 44 sur 253 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

(«joinl76I.)

Réflexions sur l'analogie entre les couleurs et les sons.

V. A. se souviendra bien encore des arguments dont je me suis servi pour combattre le système de lemanation actuelle de la lumière (i), qui me paraissaient si forts, qu'on ne saurait plus admettre ce système dans la physique. Aussi en ai-je convaincu plusieurs grands physiciens, qui ont embrassé mon sentiment avec la plus grande satisfaction.

Les rayons de lumière ne sont donc point une émanation actuelle du soleil et d'autres corps luisants, et ils ne consistent pas dans une matière subtile qui soit lancée du soleil, et qui parvienne jusqu'à nous avec cette terrible rapidité dont V. A.

(i) Voyez les lettres XVII , XVIÏI et XIX de la V^ partie. tOQe I, et la nqte jointe à la leUre XIX.

80 m" PA.RTIE. — LETTRE II.

a eu raison d'être surprise. Ce serait sans doute un terrible torrent, si les rayons parvenaient du soleil jusqu'à nous en moins de huit minutes de temps; et le corps du soleil, quelque grand qu'il soit, en serait bientôt épuisé.

Selon mon système, les rayons du soleil, que nous sentons ici, n'ont jamais été dans le soleil; ce ne sont que les particules de l'éther, qui se trouvent dans nos environs, mais qui sont mises dans une agitation de vibration qui leur est conununiquée par une semblable agitation du soleil même, sans qu'elles changent sensiblement de place.

Cette propagation de lumière se fait d'une manière semblable à celle dont le son provient des corps sonores. Quand V. A. entend le bruit d'une cloche, ce n'est pas que la cloche lance des particules qui entrent dans les oreilles. On n'a qu'à toucher une cloche quand elle est frappée, pour s'assurer que toutes ses parties sont agitées d'un frémissement très-sensible. Cette agitation se communique d'abord aux particules de l'air plus éloignées ; de sorte que toutes les particules de l'air en reçoivent successivement un frémissement semblable, lequel entrant dans l'oreille y excite le sentiment d'un son. Les cordes, dans un instrument de musique, ne laissent là-dessus aucun doute; on les voit trembler, ou aller et revenir, et on peut même déterminer par le calcul combien de fois chaque corde tremble pendant une seconde: et puisqu'une semblable agitation est communiquée aux particules de l'air, qui sont voisines de l'organe de l'ouïe, no-

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tre oreille en est ijrappée précisénient autant de fou pendant une sec<Hide; et c'est la perception de ce frémissement qui constitue la nature dii son que Dous apercevons. Plus le nombre des Vibrations que la corde achève dans une seconde est grand/ et plus le son est haut et aigu, pendant que des vibrations moins fréquentes produisent des sons bas et graves.

Toutes ces circonstances j qui accompagnent la sensation de l'ouïe, se trouvent d'une manière tout à fait analogue dans la sensation de la vue. Il n'y a que le milieu et la rapidité des vibrations qui soient diffih^nts. A l'égard du son, c'est l'air à travers duquel les vibrations des corps sonores sont transmises; mais à l'égard de la lumière, c'est l'éther, ou œ milieu incomparablement plus subtil et plusi élastique que l'air, qui se trouve répandu partout ou l'air et les corps grossiers laissent des interstices.

Donc, toutes les fois que cet éther est mis dans un frémissement ou trémoussement , et qu'il est transmis dans un œil, il y excite le sentiment de la vision, qui n'est alors autre chose qu'un semblable trémoussement, dont les moindres fibrilles nerveuses au fond de l'œil sont agitées.

y. A. comprendra aisément que la sensation doit être différente, selon que ce trémoussement est plus ou moins fréquent, ou selon que le nombre des vibrations, qui se font dans une seconde, est plus ou moins grand. Il doit en résulter une différence semblable à celle qui se fait.dl||^)es ^Q(às, lorsque

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