LETTRE XVII
(S8joiUetl78l.)
Sur Texpérience de Leyde.
Je vais entretenir maintenant V. A. sur un phénomène tout à fait singulier de Télectricité, qui a fiiit bien du bruit, et qui est connu sous le nom de la fameuse expérience de Leyde , puisque M. Muschenbroecky professeur à Leyde, en est l'inventeur. Le singulier de cette expérience consiste dans la force terrible qui en résulte , et dont plusieurs personnes à la fois peuvent sentir les coups les plus rudes.
Vsijig» II mettra V. A. en état de comprendre h nature de cette expérience curieuse. C est le globe de verre tourné par le moyen de la manivelle E, et frotté par le coussin DD pressé contre le globe par le ressort O. En Q sont les franges métalliques qui transmettent Télectricité dans la barre de fer F6 par la chaîne métallique P.
Jusqu'ici rien ne diffère de la manoeuvre que j'ai déjà quelquefois eu l'honneur de décrire à Y. A. Mais pour exécuter l'expérience dont il s'agit ici, on attache à la barre encore une autre chaîne de métal H , dont on fait entrer l'autre bout I dans un madras de verre KL, rempli d'eau, et le matras même ^t posé dans un bassin LL également rempli d'eau. On enfonce dans l'eau du bassin encore une autre
lO. .
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cliaine A, quand on veut, dont Taiitre bout traine sur le plancher.
Maintenant, ayant fait mouvoir la machine pendant quelque temps pour que la barre devienne suf fisamment électrique, V. Â. sait que si quelqum présentait son doigt au bout de la barre en a^ il ei ressentirait le coup ordinaire de l'électricité par Té tineelle qui en sort. Mais si ce même homme mel tait en même temps l'autre main dans l'eau du bassii en A, ou qu'il touchât seulement de son corps 1 chaîne plongée dans cette eau ^ il ressentirait u coup incomparablement plus rude, qui lui causerai des secousses par tout le corps.
On peut même faire sentir ces mêmes secousse à plusieurs personnes à la fois : ces personnes n'oE qu'à se donner les mains, ou il suffit même qu'elle se touchent par leurs habits ; alors la première pei sonne met sa main dans l'eau du bassin, ou touch seulement la chaîne dont un bout y est plongé ensuite , dès que la dernière personne présente I doigt à la barre, on en voit sortir une étincelle beau coup plus forte qu'à l'ordinaire, et toutes les pei sonnes sont frappées au même instant de coup très-rudes par tout leur corps.
Voilà la fameuse expérience de Leyde, qui « d'autant plus surprenante, qu'il est difficile de voi de quelle manière le matras et l'eau du bassin con tribuent à renforcer si terriblement l'effet de l'éleç tricilé. Pour surmonter cette difficulté, j'aura l'honneur de faire là -dessus les réflexions sui ventes.
D£ l'e]LPÉR1ENG£ DE LEYBE. 149
Pendant que, par l'action de la machine, l'éther est comprimé dans la barre , il passe par la chaîne H jusque dans l'eau contenue dans le matras I ; et puisqu'il y rencontre des pores ouverts, l'eau du matras deviendra aussi bien surchargée d'éther que la barre même.
Or, le matras étant de verre, il a ses pores fermés, qui ne permettent pas à Téther comprimé en dedans de traverser la substance du verre ^ pour se décharger dans l'eau de dehors contenue dans le bassin, et par conséquent l'eau du bassin demeure dans son état naturel, et ne deviendra pas électrique; et quand même quelque éther en échapperait à traders le verre , il se* perdrait bientôt dans le bassin et le piédestal dont les pores sont ouverts.
Considérons maintenant un honmie tenant une main dans l'eau du bassin, *ou touèhant seulement la chaîne A, dont un bout est plongé dans cette eau ; qu'il présente maintenant l'autre main vers la barre en a, il en résultera pour premier effet qu'avec l'étincelle qui sort de la barre, l'éther échappera trèsrapidement de la barre et traversera le corps de l'homme librement, y trouvant partout des pores
ouverts.
lusqu'ici on ne voit que l'effet ordinaire de l'é-
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lectricité; mais pendant que l'éther traverse si n pidement le corps de rhomme j il en sort avec ui semblable rapidité par l'autre main, ou par la chaii A j pour se dégorger dans l'eau du bassin ; et pui qu'il y entre avec une si grande impétuosité , vaincra aisément l'obstacle qu'oppose le verre, pénétrera jusque dans l'eau contenue dans le matra
Or, l'eau dans le matras contenant déjà un élh trop comprimé, il acquerra par ce surcroit de no velles forces, et se répandra avec impétuosité tai par la chaîne IH que par la barre même : par co séquent il en échappera en a avec de nouveai efforts; et comme cela se fait dans un instant, entrera avec une augmentation de forces dans doigt, pour traverser le corps de l'homme.
De là, passant de nouveau dans l'eau du bassii et ensuite pénétrant le matras, il augmentera encoi l'agitation de Téther comprimé dans Teau du matrs et de la barre; et cela durera jusqu'à ce que tout so remis en équilibre; ce qui se fera bien vite, à caui de la grande rapidité dont l'éther agit.
La même chose aura lieu, si on emploie plusieui personnes; et maintenant V. A. comprend aisémen à ce que j'espère, d'où vient cette surprenante auj mentation de la force de l'électricité dans cetl
DE L'EXPiRIËlUGE DE LEYDE. 151
expérience de Muschenbroeck , qui est capable de produire des effets si prodigieux.
Vin.
S'il y avait encore quelque doute sur ce que j'ai dit d'abordy que Téther comprimé dans l'eau du matras ne saurait pénétrer par le yerre j et que dans la suite je lui ai supposé un passage assez- libre : tout ce doute s'évanouira par la considération que dans le premier cas tout est tranquille , et que, dans le dernier , l'éther se trouve dans une terrible agitation, ce qui doit sans doute beaucoup contribuer à forcer les passages les plus fermés (i).
(i) Il expérience de Leyde n€ se fait plus de la manière décrite par Fauteur, et la théorie qu'il en donne est absolument sans valeur. La véritable explication se trouve dans tous les traités de physique. Pour en donner une idée au lecteur, considérons deux corps conducteurs A, B, séparés par une lame mince
m n m ni d'une substance non conductrice de Télectricité , telle <|ue le verre. Le corps A communique avec le conducteur de la machine , chargé d'électricité positive ; le corps B est en coiDinunicatfon avec le sol. En vertu de la communication avec le conducteur, la surface mn du corps A se charge d'une couche d'électricité positive. Cette couche, agissant par influence sur le fluide naturel de B, le décompose, repousse dans le sol une certaine quantité d'électricité positive , en retenant à la surboe m'ii une couche d'électricité négative. La quantité d'électricité négative, ainsi retenue en mV, est moindre ipie celle <IQ'il faudrait pour neutraliser, au contact immôfii^t,- la quan-
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litô d'électricité positive retenue en mn; mais elle en diffère
d'autant moins que l'épaisseur de la lame non conductrice est plus petite. Or, cette électricité négative, par sa présence en mn', combat et neutralise partiellement l'action de l'électriciti positive, située en mn. Celle-ci n'a plus la force suf6sante poiii repousser l'électricité positive qui tend à se répandre, du conducteur de la machine, sur toutes les surfaces avec lesquelle ce conducteur est en communication. En conséquence, on nouvelle quantité d'électricité positive arrive du conductea sur la surface mn , décompose une nouvelle quantité du Èmi naturel de B , refoule dans le sol l'électricité positive , fixe à 1 surface m' à une nouvelle quantité d^électricité négative, doi l'action à distance permet encore à une nouvelle quantité à fluide positif de venir s'accumuler sur la surface mn, et ainsi d suite : les décompositions successives s'opérant sur des quantiti de plus en plus petites , jusqu'à ce que l'équilibre se soit établ
Quand l'équilibre a lieu , toute l'électricité négative fixée à 1 .«iurface m'n est latente ou dissimulée par l'action contraire d Télectricité positive fixée en mn, La plus grande portion d celle-ci est également latente. La portion non latente est cell dont la surface mn se serait chargée , en vertu de la commuai cation avec le conducteur, sans la présence du corps B.
Si l'on met soudainement en communication , par un corf conducteur, les surfaces des corps A et B, les électricités la tente, positive et négative, se recomposent avec commotioi L'intensité de la commotion dépend de la quantité d'électricil latente , qui surpasse beaucoup, quand la lame de séparation e suffisamment mince, la quantité d'électricité non dissimulée en nti
L'explication serait la même, quant «iu fond, dans Thjpc thèse d'un fluide unique. Ainsi , l'excès d'électricité en /w/i, n sultant de la communication avec le conducteur, déterminera l'expulsion d'une certaine quantité d'électricité hors de la coudi m'n', ce qui changerait les conditions de l'équilibre électriqi dààs le oprps A , et permettrait à une nouvelle charge d'élei tricité de venir s'accumuler en mn. Il n'est pas nécessaire c suivre plus loin Jes détails de cette explication retournée.
DE l'eLEGTRISATION PAR j:.À CHALEUR. 153
On peut donner à la lame isolante mn rnrl une courbure quelconque; lui donner, [>ar exemple, la forme d'une bouteille, et appliquer au Terre , tant intérieurement qu'extérieurement , une plaque ou garniture métallique , pour tenir lieu des corps conducteurs A et B : on a alors l'appareil connu sous le nom de bouteille de Lejrde, à cause de l'expérience faite à Leyde , en 1 746, par Guneus et Muschenbroeck. Mais le texte d'£alcr nous montre que, quinze ans plus tard , l'expérience se pratiquait encore différemment. L'eau du roatras tient lieu du corps conducteur A, et l'eau du bassin remplace le corps B; le verre du matras est la lame isolante mn m'n\