LETTRE XVIII
(!•' août I76I.)
Réflexions sur la cause et la nature de l'électricité , et sur les autres moyens propres à produire l'électricité.
Après ces éclaircissements, Y. A. ne sera plus en peine sur la cause des effets prodigieux qu'on observe dans les phénomènes de l'électricité.
La plupart des auteurs qui en ont écrit embrouillent tellement les expériences, qu'à la fin on D y comprend absolument rien , et surtout quand Os veulent en donner une explication. Tous oui recours à une certaine matière subtile qu'ils nomment le fluide électrique, auquel ils attribuent des qu^Hés si bizarres , que notre esprit en est tout à fait révolté; et au bout du compte ils sont obligés davouer que lous leurs efTorts ne sont rien moins que suffisants pour nous procurer une conoaissance solide de ces phénomènes importants de la nature.
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Mais de ce que j'ai eu l'honneur de développer à V. A., il est clair que les corps ne deviennent éle^ triques qu'en tant que l'élasticité , ou l'état de compression de l'éther qui se trouve dans les pores dei corps 9 n'est pas en équilibre, ou lorsqu'il est dans quelques-uns plus ou moins comprimé que dans les autres. Car alors la prodigieuse élasticité dont l'éther est doué fait de grands efForts pour se remettre ea équilibre , et pour se rétablir partout au même degré d'élasticité, autant que la nature des pores, qui dans les divers corps sont plus ou moins ouverts, le permet ; et c'est toujours la restitution actuelle en équilibre qui produit les phénomènes de l'électricité.
Quand l'éther s'échappe d'un corps où il est plus comprimé, pour se décharger dans un autre où sa compression est moindre, ce passage se trouve toujours gêné par les pores fermés de l'air, et de là vient qu'il est mis dans une certaine agitation ou mouvement violent de vibration, en quoi noufi avons vu que consiste la lumière ; et plus ce mouvement est violent, plus la lumière devient brillante, et même capable d'allumer et brûler les corps.
Ensuite , pendant que l'éther pénètre l'air avec une si grande violence , les particules de l'air en sont mises aussi dans un mouvement de vibration qui est la propre cause du son ; aussi observé^jJHil que les phénomènes de l'électricité sont accompagnés d'un craquement, ou de quelque bruit plui ou moios grand, selon la diversité des circon» tances.
DE l'ÉLëCTRISATIOIC PAR LA CHAL£UR. 155
Oatre oela, puisque les corps des hommes et def animaux sont remplis d'éther dans leurs moindres pores, et que surtout l'action des nerfs Semble dépendre de Téther qui y est contenu, les hommes et les animaux ne sauraient être indifférents à l'égard de l'électricité ; et quand l'éther y est mis dans une grande agitation , l'effet y doit être sensible, et, selon les circonstances, tantôt salutaire, tantôt nuisible. A cette dernière classe il faut sans doute rapporter les terribles secousses de l'expérieoce de Leyde, et il n'y a aucun doute qu'on ne la puisse porter à un degré de force qui fût capable de tuer les hommes : car c'est par ce moyen qu'on a déjà effectivement tué quantité de petits animaux, comme des souris et des oiseaux.
Quoiqu'on se serve ordinairement du frottement pour produire l'électricité, V. A. comprendra aisément qu'il y a encore d'autres moyens propres à œ dessein. Tout ce qui est capable de porter l'éthér contenu dans les pores d'un corps à un plus grand ou à un plus petit degré de compression qu'à l'ordinaire, rend ce corps en même temps électrique, et si ses pores sont fermés , l'électricité y sera de quelque durée; au lieu que dans les corps dont les pores sont ouvertSi elle ne saurait subsister, à moins qu'ils ne soient tout autour environnés d'air, ou d'autres corps dont les pores sont fermés.
C'est ainsi qu'on a observé que la chaleur supplée souvent au frottement : quand on laisse chauffer ou fondre de la cire d'Espagne ou du soufre
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dans une cuiller , après le refroidissement on découvre une électricité très-sensible dans ces matières: la raison ne nous en doit plus être cachée, puisque nous savons que la chaleur élargit les pores de tous les corps. En effet, nous voyons que tous les corps, étant chauffés, occupent un plus grand volume que quand ils sont froids.
V. A. sait que le mercure dans un thermomètre monte dans la chaleur et descend dans le froid; c'est que le mercure ^ lorsqu'il est chaud, occupe un plus grand volume, ou remplit un plus grand espace dans le verre, que quand il est plus froid. Par la même raison on trouve qu'une barre de fei bien chauffée est toujours un peu plus longue que lorsqu'elle est froide : cette propriété est conunune à tous les corps que nous connaissons.
Donc, quand nous fondons sur le feu une masse de cire d'Espagne ou de soufre, les pores en sont élargis, et probablement plus ouverts; il faut donc qu'uae plus grande quantité d'éther y entre poui remplir ces pores. Ensuite, quand on laisse refroidir ces matières, les pores se rétrécissent et se fer ment en même temps, de sorte que l'étfaer y esl réduit dans un moindre espace, et par conséquent forcé à un plus haut degré de compression ; d'où son ressort est augmenté : ces masses acquerront donc une électricité positive, et elles en montrenl aussi les effets.
On remarque une semblable propriété dans la plupart des pierres précieuses , qui étant chauffées
deviennent électriques. Il y a même une pierre de Ceylau, nommée tounnalin[i\ qui, étant frottée ou chaufTée , acquiert les deux espèces d'électricité à la ibis : c'est que l'éther d'une partie de la pierre est chassé, pour comprimer davantage celui qui est dans l'autre partie; et les pores sont trop fermés pour permettre le rétablissement en équilibre.