‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 72 sur 253 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

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Explication des phénomènes de réclair ot du tonnerre.

Les expériences dont je viens de parler prouvent doue incontestablement que les nuages orageuv sont extrêmement électriques, et par conséquent leui-s pores ou surchargés ou dépouillés d'éther, puisque l'un et lautre état convient également a rélectricité. Mais j'ai des raisons bien fortes qui me persuadent que cette électricité est positive, et que Félher y est comprimé à un plus haut degré, et conséquemment d'autant plus élastique qu'ailleurs.

Ordinairement de tels orages n'arrivent qu'après de grandes chaleurs : alors les pores de l'air et des vapeurs qui y voltigent sont extrêmement élai^i&, et remplis d'une prodigieuse quantité d'éther, qui, à ce que Y. A. sait, occupe aisément tous les espaces vides d'autres matières. Mais quand les vapeurs s'assemblent dans les régions supérieures de notre atmosphère pour y former des nuages, elles y rencontrent un très^rand froid. C'est de quoi on ne saurait douter, à cause de la grélc qui se forme souvent dans ces régions, ce qui prouve suflisaniment une congélation ; outre cela, il est très-certaiti, (|ue, quelque chaud qu'il fasse ici-bas, il règne en haut toujours un très-grand froid. Ce froid est aussi la raison que les hautes montagnes sont tou- II. 1 1

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jours couvertes de neige; et même au Pérou, qui est le pays le plus chaud de la terre, les sommets des hautes montagnes connues sous le nom df Cordilières ne contiennent que de la neige et de h glace.

Rien n'est donc plus certain et mieux établi qu< le grand froid qui règne partout en haut de notre atmosphère, où les nuages se forment. Or, il es également certain que le froid rétrécit les pore des corps, en les réduisant à un plus petit volume donc 9 puisque les pores des vapeurs ont été ex trémement élargis par la chaleur, aussitôt qu'elle forment en haut des nuages, les pores y seront rétrécis; et en tant que Téther qui les remplissait n'enr peut pas échapper, parce que les pores de Faîi sont presque tout à fait bouchés, il faut bien que réther y reste, et qu'il y soit comprbtié à un beau* eoup plus haut d^pré de densité, d'où son ressori sera d'autant plus augmenté.

Yoilà donc le véritable état des nuages orageux : c'est que l'éther contenu dans leurs pores est beaucoup plus élastique qu'à l'ordinaire, ou bien que les nuages ont une électricité positive ou en plus Comme les nus^es ne sont qu'un amas de vapeurs humides, leurs pores sont bien ouverts ; mais puisqulls sont entourés de l'air dont les pores sont bien fermés, cet éther comprimé dans les nuages n'en saurait échapper qu'assez insensiblement. Mais si quelque personne ou quelque autre corps à pores ouverts approchait d'un tel nuage, on y remarquerait les ntlémes phénomènes que l'électricité nous

DL TONNSBBE. 163

fait voir : uue étiocelle en Bortirait y mai» ce serait uoe étiDcelle bien forte, ou plutôt un écbdp réel. Outre cela, le corps en éprouverait un coup trèsrude, à cause de Tmipétuosité avec laquelle Téther du nuage entrerait dans les pores du corps. Cette violence pourrait bien détiuire la structure du corps : et enfin la terrible agitation de l'éther qui échappe du nuage étant non-seulement une lumière, mais aiiasi an vrai feu, elle serait capable d'allumer et brûler les corps combustibles.

V. 4. reconnaîtra ici le vrai phénomène de la foudre } et pour le bruit du tonnerre, la cause en est très-manifeste, puisque Téther ne saurait être DÛS dans une si terrible agitation, sans que l'air lui-même a'en reçoive les plus vives secousses, qui, le mettant dans un gi*and ébranlement, doivent nécessairement produire un grand bruit. I^ tonnerre éc^te donc toutes les fois que la force de réther contenu dans les nuages peut pénétrer jusqu'à un corps où Féther se trouve dans son état naturel, et dont les pores sont ouverts ; il n'est pas même nécessaire que ce corps touche le nuage immédiatemen t.

Ce que j'ai dit sur les atmosphères des corps électrisés a principalement lieu dans les nuages âectriques ; et quelquefois dans le temps d'un orage nous sentons cette atmosphère électrique par un air étouffant, auquel certaines personnes sont trèssensibles. Ensuite, dès qu'un tel nuage commence à se résoudre en pluie, l'air, en Revenant humide, est chargé d'une semblable électricité, par laquelle

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le coup électrique peut être porte à des corps for éloignés.

On observe que la foudre frappe très-aisémen les corps fort élevés, comme les sommets des cb cliers quand ils sont faits d'une matière à porc ouverts, comme de métal; et une forme pointu n'y contribue pas, peu. La foudre frappe aussi ais< ment dans Teau, dont les pores sont aussi trè ouverts; mais les pores à corps fermés, comme 1 verre, la poix, le soufre et la soie, ne sont guèr sujets au tonnerre, à moins qu'ils ne soient foi mouillés. Aussi observe-t-on que quand la foudr passe par une fenêtre , elle ne pénètre pas par 1 verre, mais toujours par le plomb dont les carreau: sont joints ensemble. On pourrait presque assure qu'une telle maison de verre, liée avec de la poixe d'autres matières à pores fermés , nous mettrait i l'abri des effets de la foudre.

LETTRE XXL

(11 août 1 761.)

Suite de cette explication.

Le tonnerre et la foudre ne sont donc autre cliosi que l'effet de l'électricité dont les nuages sont doues et comme un corps électrisé, lorsqu'il approcb d'un autre corps qui se trouve dans son état natu rel, y lance une étincelle avec quelque bruit, et ; décharge le supesflu de son éther avec une grand impétuosité, la même chose arrive dans un nuag*

électrique ou surchargé d*éther, tnais avec une force incomparablement plus grande , à cause de la terrible masse éleclrisée, et où, selon toute apparence , I et lier est réduit à un beaucoup plus haut degré (le compression que nous ne sommes en état de le porter par nos machines électriques.

Donc, lorsqu'un tel nuage approche des corps propres pour s'y décharger de son élher, cette (léchai-ge doit se faire avec une terrible violence : au lieu d'une simple étincelle, lair sera pénétré cTuu grand éclair, lequel ébranlant Tétlier contenu dans toute la région voisine de l'atmosphère, y produit une lumière très-vive; et c'est en quoi consiste l'éclair.

Or, en même temps, Tair lui-même est mis dans une très-forte agitation, accompagnée d'un mouvement de vibration, d'où résulte le bruit du tonnerre : ce bruit arrive bien en même temps que leclair, mais Y. A. sait que le son demande toujours un certain temps pour être transmis à une certaine distance, et que le son ne parcourt, chaque seconde, qu'un espace d'environ mille pieds, pendant que la lumière se communique avec une vitesse incomparablement plus grande; et c'est pourquoi nous entendons le tonnerre toujours plus tard que nous ne voyons l'éclair : et, par le nombre de secondes qui s'écoulent depuis Féclair jusqu'à ce que nous entendions le tonnerre, nous pouvons juger de la distance où le tonnerre est engendré, en comptant mille pieds pour chaque seconde.

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