LETTRE XXX
(ISseplembrr 1761.)
CoBtinuation de la lettre précédente, et des défauts de cette
première méthode.
Dans les voyages par mer, la méthode indiquée d'observer tant la route qu'on tient que la longueur du chemin parcouru, semble être d'un très-grand secours , parce qu'on n'y est pas obligé de changer
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de route atout moment , comme il arrive lorsqu'on voyage par terre; car tant qu'on a le même vent, on peut poursuivre la même route.
Aussi les pilotes qui dirigent les vaisseaux sont trèsrattentifs à observer exactement la route que le vaisseau tient, et à mesurer le chemin qu'il parcourt; ils tiennent un journal exact de toutes ces observations; et à la fin de chaque jour, ou encore plus souvent, ils tracent sur leurs cartes marines, qui représentent l'étendue de la mer, le chemin qulb ont parcouru , et sont , par ce moyen , en état de marquer sur les cartes, pour chaque temps, le point où ils se trouvent , et dont ils connaissent par conséquent tant la latitude que la longitude. Aussi, tant que le cours se fait régulièrement, et que le vaisseau n'est pas trop agité par quelque tempête, les pilotes ne s'y trompent pas beaucoup; mais quand ils ont raison de se méfier, ils ont recours aux observations astronomiques, d'où ils concluent la hauteur du pôle , laquelle étant toujours égale à la latitude du lieu où Us se trouvent, ils la comparent avec celle qu'ils ont marquée sur la carte, confo^ mément à l'estime du chemin. S'ils la trouvent d'accord, c'est une preuve que leur estime est juste; s'ils découvrent quelque différence, ils en concluent avec sûreté qu'ils se sont trompés dans l'estime du chemin et de la route; ils examinent alors l'un et l'autre plus soigneusement, et ils tâchent d'y rapporter les justes corrections, pour accorder l'estime avec l'observation de la hauteur du pôle, ou de la latitude qui lui est égale.
DE Là DJiTERlflNATION BE8 LONGITUDES. 205
Dans de petits voyages cette précaution peut être iflisante^ parce que les erreurs qu'on y commet y sont presque d'aucune conséquence; mais, dans } longs voyages, ces petites erreurs peuvent s'acimuler au point qu'à la fin on se trompe trèsossièrement, de manière que le lieu où l'on se ouve effectivement diffère considérablement de dui où l'on s'imagine se trouver sur la carte. Jusqu'ici j'ai supposé que le voyage se fait assez ûublement : qu'on s'imagine maintenant qu'il irvient une grosse tempête, pendant laquelle le ûiseau est assujetti aux plus fortes secousses tant lu vent que des flots; alors il est bien clair que oute l'estime de la longueur et de la route du che» nin est entièrement dérangée, et qu'il n'est absolunent plus posâble de tracer sur la carte le chemin qu'on aura parcouru.
On pourrait bien, après un tel dérangement, déterminer par des observations astronomiques la latitude du lieu où l'on se trouve; mais cela ne découvrirait que le parallèle de ce lieu, et on resterait encore toujours très-incertain sur le point de ce parallèle qui répond au lieu du vaisseau.
Tout revient donc à reconnaître aussi la longitude de ce lieu, qui nous montre le méridien sous lequel il est situé; et alors l'intersection de ce méridien avec le parallèle trouvé donnera le véritable endroit du vaisseau. V. A. comprend par là comtûen il est important de mettre les pilotes en état de découvrir aussi la longitude du lieu où ils se trouvent.
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OVf ce ne sont pas non-seulement les tempêtes cfuî nous mettent dans cette néoessitë; même lorsque te voyage se fait paisiblement, on peut se tromper très-grossièrement dans l'estime tant de la route que dé la longueur du chemin. Si l'on poDvait sup|>oser que la mer fût en repos, alors on aurait bien des moyens de s'assurer assez exactement de la route et de la longueur du chemin, quoiqu'en des voyages de long cours cela pourrait causer des aberrations très-considërables. Mais il n'est que trop certain que la mer a en plusieurs endroits de rapides courants , de sorte qu'elle ressemble à une rivière qui court suivant une certaine direction. C'est ainsi quon a observé que la mer Atlantique coule continuellement par le détroit de Gibraltar dans la Méditerranée; et le grand océan Atlantique 9 entre l'Afrique et l'Amérique a un cou* rant très-considérable de l'orient vers l'occident; de sorte qu'on va beaucoup plus promptement de l'Europe en Amérique qu'on n'en i^evient.
Si ces courants étaient constants et connus, ce serait un grand secours pour y régler notre estime; mais on a observé qu'ils sont tantôt plus, tantôt moins rapides, et qu'ils changent souvent' de direction; ce qui dérange tellement l'estime des plus habiles pilotes , qu'on ne saurait plus s'y fier sans s'exposer au plus grand danger. On n'a que trop d'exemples que des vaisseaux ont cru être encore fort éloignés des endroits remplis d'écueils cachés sous la mer, lorsqu'ils y sont échoués et péris. Ensuite on s'est aperçu que les courants de la mer
DE LA ûérERXllIATION BES LONGITUDES. SÛV
vaient causé ces malheurs y en tant que Testime lea pilotes en a été dérangée.
En effet , lorsque la mer elle-même a un mouveaent dont elle coule comme une rivière, siilvant me certaine direction y les vaisseaux qui s'y trouvent en sont emportés sans qu'il soit possible de 'en apercevoir. Quand on est emporté par une ivière, on s'en aperçoit aisément en regardant le ivage, on bien le fond de la rivière; mais en mer >D ne voit aucune terre , et la profondeur en est inssi trop grande pour en pouvoir voir le fond. 11 Q^ a donc pas moyen de s'apercevoir sur mer si l'on en est emporté; et c'est par cette raison qu'on se trompe très-grossièrement, tant dans la route ipe dans la longueur du chemin. Soit donc qu'on et égard aux tempêtes ou non , on est toujours oUigé de chercher d'autres moyens pour déterminer la longitude des lieux où l'on parvient; et c'est sur les divers moyens qu'on a proposés jusqu'ici pour parvenir à cette connaissance de la longitude, <pej'aurai l'honneur d'entretenir V. A.