‹ Lettres de l'intendant Bigot au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 12 sur 15 · LXI · texte numérisé non relu

LXI

Montréal, 30 octobre 1759.

J'ai recu hier au soir la lettre dont vous m'avez honoré le 26. Vous êtes à présent informé de la tranquillité où nous sommes. M. de Vaudreuil a donné des ordres pour faire entrer en quartiers les deux bataillons ; il va en faire autant, à ce que je crois, pour les deux compagnies de grenadiers, Je crains fort que

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nous ne puissions pas avoir assez de bateaux pour chez Vous. Monsieur le général à marqué à M. d'Hébécourt d'en envoyer, Lorsque M. Dumas partira pour Jacques- Cartier, il les mènera, J ’enverrai aussi par lui les équipements et les vivres que vous me demandez ; mais, pour des poêles, il n’y en a pas un seul. M. de Bourlamaque en demande aussi pour l’'Ile-aux-Noix et l'ingénieur pour le fort Lévis, On m'envoie des Trois. Rivières des plaques que l’on a fait percer aux forges, que je ferai passer à ce dernier fort, et ils feront les poêles en pierre

Si Messieurs ies commandants des deux bataillons me demandent des souliers, je leur en ferai donner, Les Secours que vous avez tirés en bœufs nous soulagent : il faudra bien en tirer de la côte du Sud pendant l'hiver,

Bicor,

P.S. — M" Péan est très sensible à votre souvenir É elle vous fait mille compliments,

Montréal, le 1er novembre 1759,

J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28,

Je vois avec grand plaisir que vous vous préparez à revenir, M, Dumas doit partir demain ou après-demain, Béarn entrera plutôt en quartiers qu’il n’auroit fait ; Car

M. de Vaudreuil n’en aura pas besoin, Je vais donner ordre aux Trois-Rivières pour le logement de M. de Caire.

Montréal, 9 novembre 1759.

J'ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5.

Je n'étois flatté que vous seriez venu à Montréal avant le départ de nos paquets pour la cour, et je vois que vous attendez M. Dumas pour quitter l’armée, Je le croyois si bien que je n’eus pas l’honneur de vous écrire par lui. Le vent de nord-est l'aura retardé, Vous aurez sans doute fait vos dépêches à Jacques-Cartier,

M. le marquis de Vaudreuil vous envoie M. Le Mercier pour prendre vos paquets. La saison est si rude qu’il n’est pas surprenant si les travaux de Jacques- Cartier n’avancent pas.

J'ai vérifié que les remèdes pour ce poste sont partis le 26 octobre par la barque l’Assomption, et adressés à M. Tonancour, pour les faire tenir à Jacques-Cartier ; et les habillements ont été embarqués sur la barque la Thérèse, que le vent de nord-est retient ici.

Nous attendons à tous moments les goélettes chargées des effets de Québec. La représaille de M. Murray étoit mal placée sur des domestiques à qui il avoit permis de se rendre à Québec.

Le zèle des Acadiens pour la France est constant ; ils ont fait plusieurs prises à la mer, mais malheureusement peu de vivres.

Tous les officiers anglois partent demain pour Saint- Jean par terre, et les autres par eau; ce sera un

embarras de moins pour Montréal, BIGorT.

P.S. — M'"*° Péan me charge d'avoir l’honneur de vous faire mille compliments de sa part.

Montréal, 22 avril 1760.

Je ne serai tranquille que lorsque je saurai que vous êtes arrivé à Jacques-Cartier en bonne santé et à bon port. M. Fournerie m'a assuré que l’on ne pourroit y aborder de huit jours et encore plus difficilement en bas. Je suis bien persuadé que vous lèverez le plus

d'obstacles que vous pourrez, mais à l'impossible nul

u’est tenu.

Je crains fort qu’il n’y ait eu du retardement dans la marche de Languedoc, par le défaut de bateaux à Sorel. La Reine y en a pris; il y en avoit cependant dans le bassin de Chambly quinze ou dix-huit, dont M. Duverny sétoit servi, et quinze au fort Chambly qui étoient raccommodés, Il y en avoit suffisamment pour ce régiment, à qui il n’en revenoit que vingt-six.

J'en avois prévenu M. de Roquemaure, dont je n'ai point eu de réponse.

Je donnerai demain un bateau à M. Delbreil, qui veut vous mener les ouvriers qu’il a, appartenant aux bataillons de terre, Il emportera avec lui le plus d'attirail qu'il pourra, de la cavalerie et surtout les équipements.

Il nous a resté du bœuf et du pain des approvisionnements faits pour le départ de l’armée; j'ai donné deux grands bateaux pour les porter à l’armée, et j'ai donné ordre aux patrons de me ramener les bateaux. Je vous prie de ne pas vous y opposer; car il ne nous en reste plus.

Je fais des vœux pour que vous puissiez surprendre M. Murray, et que les bordages vous permettent de faire une heureuse descente,

M. de Mantbray part demain de grand matin avec deux bateaux chargés des équipements de la colonie et des outils et autres besoins du poste, Je ne perdrai pas de vue cette partie; elle est de trop de conséquence, et je prie M. de Bougainville de me demander son urgent nécessaire, et que je l'aurai à quelque prix que ce soit, ou que cela sera impossible,

Je lui fais passer demain des raccommodeurs de canots d’écorce, des charpentiers et des matelots, et je compte que Parent est à présent en chemin pour s’y rendre avec sa brigade d'ouvriers.

J'ai l'honneur de vous souhaiter une bonne santé.

Bicor.

P. S.— Je suis bien mortifié de n’avoir pas pensé à votre départ que j'avois des bouillons liquides en fiole.

Une fiole fait une soupe d’un pot d’eau, en la faisant mitonner ; elles sont fort bonnes, On les rend liquides en mettant la fiole dans l'eau chaude, Je vous en envoie une caisse de trois douzaines par M. Delbreil,

La goélette ne peut arriver pour prendre la chaux et tout ce que le vaisseau du Roi n’a pu prendre ; le vent d’en haut en est cause.

Montréal, 24 avril 1760.

J'ai remis à M. Delbreil Ja boîte aux bouillons dont j'ai eu l'honneur de vous parler ; elle n’a pu en contenir que trente-quatre fioles. Cet ofticier porte avec lui l'équipement de la cavalerie. J'attends la goélette de Sorel, pour vous en faire passer l’attirail qui reste ici. Il'a toujours fait beau, à un jour près, depuis votre départ ; Dieu veuille que cela dure, vous en avez d'autant plus besoin que je crains beaucoup de difficultés pour descendre à terre, à cause des bordages, Nous attendons avec bien de l’impatience de vos nouvelles.

Montréal, 2 mai 1760.

Vous venez de sauver notre pauvre colonie, Sans votre expérience, votre fermeté, et le coup d'œil prompt

que vous avez pour attaquer avec avantage l'ennemi, la bataille étoit perdue: toutes les lettres que nous avons reçues le disent, Recevez-en, je vous prie, Monsieur, mon compliment qui est d'autant plus sincère que personne ne vous est plus attaché que moi,

J'espère que vous couronnerez cette journée qui vous est si glorieuse par la prise de Québec. Il faut pour cela que les secours anglois n'arrivent pas, De la façon que vous y allez, on voit bien que vous ne voulez pas qu'ils vous trouvent encore en besogne,

M"° Péan est bien sensible à votre souvenir. Elle pleure bien M. Denis qu’elle aime beaucoup; elle ne le compte que blessé dangereusement; et elle ignore que son frère soit mort; elle le juge blessé légèrement ; je la préparerai à cette nouvelle pour le premier courrier,

Personne, Monsieur, ne fait des vœux plus sincères (que moi) pour votre conservation et pour un parfait succès. Outre l’intérêt de la colonie, la part particulière que je prends à ce qui vous regarde m'y engage. Honorez-moi, je vous supplie, de la continuation de votre amitié,

BIGOT

P. S.— Vous devez avoir reçu depuis plusieurs jours la goélette où est la chaux et trois milliers de poudre, J’ai marqué à M. Landriè ve de vous faire voir la facture. Il y a encore quatre milliers de poudre à Lachine venus du fort Lévis.

Montréal, 3 mai 1760,

J'oubliai hier d'avoir l’honneur de vous marquer que M. Vauquelin avoit seize mille cartouches à son bord ; ilest bon que vous le sachiez, quoique cela soit une petite ressource,

Je me ressouviens aussi que, lors du siège de Louisbourg, en 1745, l'ennemi nous laissa entrevoir des échelles qu’il portoit derrière un rideau, comme pour nous les cacher, et que cette vue seule fatigua beaucoup la garnison pendant le siège. Vous en avez de faites ; et, si M. Murray en apercevoit le transport en différents endroits autour de la ville, je pense que cela l'inquièteroit.

Je vais faire préparer un hangar pour renfermer les prisonniers qui nous viennent; car il y auroit plus d’Anglois que de François à Montréal.

J'ai l'honneur de vous souhaiter une parfaite santé ; je ne peux que faire des vœux pour sa conservation, Je voudrois pouvoir vous être utile pour vous soulager dans vos détails. Je ne suis bon à rien pour le présent, dont je suis mortifié ; mais, si votre entreprise vient à sa perfection, je me rendrai promptement auprès de vous.

3IGOT,

P. S. — J’envoie le présent courrier auprès de vous, parce que vous en manquez.

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