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PETITS PAPIERS DU CONSERVATOIRE

Le sympathique Garcin — Garcin (Jules), et non pas Garcin (Lazare) quoique il soit dans le train — a dirigé la scène finale du troisième acte des Maîtres chanteurs. Avant ce morceau de résistance, nous avons eu la Symphonie en ut mineur^ que j'aimerai jusqu'à mon dernier souffle — Vut pour la vie I

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— L'exécution en a été merveilleuse, idéale, enthousiasmante, à part une note de supplément que s'est indûment payée le contrebasson trop vorace, qui ferait bien mieux de payer les miennes. Cette fête des oreilles a été suivie d'un concerto de Georges Pfeiflfer, joué par une beauté sombre dont l'œil semblait interroger, mi-clos, les hures sinistres des abonnés... Ledit concerto n'est pas, du reste (excusez-moi), de ceuxquejepfeiffère:

j'aurai voulu qu'il fût joué à mi , non, à huis clos !

Quant aux Maîtres, ils ont été exécutés très convenablement. A toi, ami Garcin, je ferai observer que le rythme de la marche a été trop pressé, point suffisammeïît solennel, stattlichy comme on dit là-bas. En revanche, le mouvement de la valse m'a semblé juste, et le choral de Hans Sachs, pris très largement, a produit un saisissant effet. L'orchestre a donné trop de sonorité dans l'accompagnement du Preislied, chanté un peu vite

par Engel. Soulacroix est bon et même excellent en Beckmesser*. Mais le rôle de Sachs paraît bien trop haut pour Auguez dont la voix ne domine pas suffisamment.

Coupures inévitables, ô deuil I Pour la petite phrase d'Éva : Keiner wie du^ on Ta fait dire par le premier soprano du chœur dont nous avons apprécié du moins la bonne volonté.

J'ai pleuré sur le texte des Maîtres chanteurs, si nerveux, si coloré et si vivant, traduit, hélas! in Wilder Art...

^ Nous complétons ici les renseignements de rOuvrcuse ; la premières fois qu'il entendit le chant bouffe de Beckme.-ser, M. Gounod laissa tomber — sérieusement — les paroles suivantes : « Si, nous autres, nous écrivions de pareilles choses, on nous sifflerait. » Du reste, Wagner n'a jamais trouvé grâce devant M. Gounod qui lui a décoché, dans la France, le 18 avril 1887, un article signé: « Gallus », dont le musicien de Bayreuth se relèvera difficilement. {Note de l'Éditeur.)

23 février 1890.

Monsieur le Directeur,

La victoire est aux gros bataillons. Cet adage contribue à expliquer les triomphes de M°^® Amalie-Friedrich Materna, tyrolienne mastodontesque, K. K. Hof-Kammer- Sdngerin de TOpéra de Vienne, dont le prodigieux diamètre égale ie prodigieux talent.

Mais il ne suffirait pas cependant à en rendre compte. Cette cantatrice -Krupp est tout bonnement une des plus extraordinaires artistes de ce siècle, tenant de la Krauss et de la célèbre Schroeder-Devrient : voix su-

perbe, diction exquise, sens tragique exceptionnel, et, enfin, compréhension profonde des rôles. Par malheur, ces qualités incomparables ont faibli avec le temps, et, si l'âme est restée la même, les moyens physiques ont baissé. Bien que le timbre de la voix ait gardé sa pureté idéale, le s|on a perdu une partie de sa force et de son ampleur.

Nos jeunes gens affirmaient qu'à Bayreuth, Tan dernier, ce mammouth qui a avalé une fauvette leur avait déjà donné une réelle déception. Dans le début de la scène entre Parsifal et Kundry, au deuxième acte, page essentiellement Maternelle, si j'ose ainsi m'exprimer, la cantatrice, empêchée par l'extravagance de son embonpoint, avait conservé une immobilité invraisemblable, digne de ce dôme central de l'Exposition universelle dont elle a déjà les majestueuses proportions. Pour moi, qui, simple ouvreuse, ne peux guère aller à Bayreuth pour y com-

parer les mérites divers de M"" Materna, Sucher, Malten ou autres, j'ai été simplement enchantée, ravie, transportée au septième siècle, comme disait Charles Lalou.

Maisd'abord, apprenez quelù, Symphonie en fa, du vieux Ludwig, a été fort bien exécutée. Œuvre étrange, délicate et joyeuse, d'une rare perfection, et qui se présente comme un repos, une halte de pure musique (pardonnez à ce style I) entre ses deux éclatantes voisines, la Symphonie en la et la Neuvième symphonie.

Rien n'existe qui soit plus souriant, plus noblement achevé, d'une écriture plus élégante et plus généreuse en même temps. Le public réserve trop volontiers ses bravos pour les 81 mesures du Scherzando^ si fin et si spirituel, transformation d'un petit canon dédié à Maelzel, celui-là même dont notre Patron a avalé le métronome (il l'a, d'ailleurs, remarquablement digéré). C'est le Tempo di minuetto que je préfère, dussé-je paraître vieux jeu à Pierre de Bréville — ironique

Lenz moderne — qui nous délaisse, hélas !

pour exhiber au Châtelet l'opulence de ce pardessus fourré d'astrakan que lui offrit jadis, à l'issue d'une audition de Sainte Rose de Lima, un groupe de mélomanes enthousiasmés. Faites de bonne musique, jeune gens, sic itur ad astrakan.

Comme le disait Louis-Philippe aux délégations de la Garde nationale, « c'est toujours avec un nouveau plaisir » que j'ai réentendu la Ballade symphonique de Chevillard, {i( auteur tout enflammé de belles audaces »

d'après Bruneau qui, lui, ne s'enflamme jamais), puissamment dirigée par papa beau-père. C'est orchestré d'une façon charmante. Mais pourquoi, ô Monsieur Gendre!

nous faire de la musique à programme sans programme ?

Enfin, voilà M""* Materna, aux appas redoutables ! Elle nous dit la Toute-^Puissance de Schubert, et disparaît. Vient alors Siegfried lilyll, exécuté avec une perfection dont vous

n'avez pas idée : nulle part on ne fait aussi bien. Patron susceptible^ j'aurais voulu te sauter au cou, tellement tu m'as paru gentil ~ plus gentil encore que le joli brun tout jeunet qui me fait régulièrement de l'œil, au dernier rang des seconds violons. La Danse macabre a bien marché, mais nos désirs étaient ailleurs. Houfflack j a dit supérieurement son solo de violon^ à la grande joie des admiratrices du parquet, « les Houfflackettes », comme les nomme Foujaud.

Le sourire aux lèvres. M™® Materna s'avance de nouveau, et commence : Starke Scheite schichtet mir dort.,. La salle, toujours candide, se réjouit d'entendre si bien prononcer ritalien, et le misanthrope Servières, plus perspicace, s'étonne qu'elle ait cru devoir chanter une si belle page en anglais.

Quant à d'Indy, tout ému, il ôte machinalement le haut de forme rivé jusque-là sur sa belle tête pâle. Tiersot retire pareille-

ment son chapeau^ qui est mou^ à Tégal de ses convictions wagnériennes. Eh ! dis donc, ténorisant (quoique enrhumé !) ne pourraistu me chanter quelque jour cette mélodie Fannyculaire» que tu interprétas l'autre soir, salle Pleyel, en chaussettes blanches et escarpins vernis ?

Oh! la splendide scène! Comme on y devrait traîner les batraciens de la critique ! 11 y a là des beautés tellement évidentes, que le plus Vitu de tous les Kerst ne les saurait nier. La grosse Materna y a été sublime, et le patron s'y est distingué pour sa part, ainsi que ses cuivres, les trombones à tout faire aussi bien que les tubas. Je pleure toujours à penseï" que la voix est écrasée par Torcbestre, tandis que, là-bas, on ne perd pas une syllabe; mais qu'y faire? tant que Tar-

^ Il n'est peut-être pas inutile d'expliquer que rOuvreuse veut ici faire allusion à une remarquable mélodie de M. Julien Tiersot, sous-bibliothécaire au Conservatoire, intitulée Fanny^ et interprétée par lui, salle Pleyel. (Note de V Éditeur.)

tillerie instrumentale sera tout en haut de l'estrade, face au public, ses coups de mitraille éteindront toutes les autres voix.

Au Cirque, quand le motif du Walhall fait son entrée, « passé aux tubas », comme disent les gens de police, il me semble que je reçois Louis Besson sur la tête. J'accuserai aussi les violons de ne pas avoir assez d'attaque dans les batteries qui constituent le Feuermoîiv, et le patron de prendre un peu trop vite le retour du thème des Rheintôchter^ dans le ton de si bémol [Des Rheines schtommende Tôchler) . Mais qu'importent ces détails ! Quand le dernier accord de ré bémol a tonné dans le Cirque, je n'ai pu y tenir : oubliant la réserve que m'imposent et mon sexe et mes fonctions, j'ai joint mes petites mains applaudisseuses aux formidables battoirs de Poujaud et de Messager — Arcades ambo, comme dirait Thumaniste Benoît. Ivre d'enthousiasme, le bon poète Henri de Régnier casse son monocle, et ce bris fait étinceler de

joie les yeux trop spirituels de celle qui daigne accompagner Vanor aux musicales vesprées.

Le concert a fini par Touverture du Freischûtz, cet immaculé chef-d'œuvre, exécuté avec une intelligence de mouvements plus sûre que l'autre fois. Cela m'a fait plaisir: je ne me soucie guère de formuler des remarques pour une vaine satisfaction d'amour-propre, mais pour la réputation de nos chers concerts et de leur chef bienaimé. C'est mon patriotisme, à moi, mon patroniotisme si vous voulez.

Chez Edouard, la Jupiter- Symphonie (pourquoi- Jupiter ?) n'a été que médiocrement exécutée, à l'exception de l'Allégro vîvace qui, lui, a été saveté d'une façon indigne. Pendant le beau finale fugué, une demi-douzaine de ces petits calicots ambitieux, musiciens de raccroc qui mériteraient d'être fessés avec leurs chanterelles grinçantes, ont bafouillé lamentablementé

Oh ! le plaisant projet d'Edouard qui, désireux de nous faire entendre un peu de musique russe, délaisse Glazounow, Borodine, Rimsky-Korsakoff, et s'en Va choisir Childebrand Tschaïkowsky ! Sous prétexte d'un concerto de ce Moscovite piteux, le nihiliste Sapelnikoflf a exercé des sévices graves sur un piano à queue, sans être touché des protestations bruyantes de la victime. Pourtant il a plutôt Taîr bonasse, ce gauche blondin au cou dan3 les épaules, aux cheveux mal taillés à la séminariste « qui s'appelle Nikoff», conime disait l'incorrigible Willy. Mais quelle écœurante oUa-podrida, sans caviar, hélas ! ce Tschaïkow^sky de malheur avait chargé son compatriote de nous faire avaler ! on eût dit du Benjamineff Godardsky : des motifs étriqués, d'une fausse élégance de garçon coiflfeur, noyés dans une sauce prétentieuse et longue, auxquels succèdent inopinémentde grotesques tintamarres chaudronoïques dont Sophie Menter aux cheveux

inouïs, Holmes assoifée de fracas, Paderewski sinistre et glacial, Roger-Miclos, Pfeiflfer, Diémer, et toute une redoutable légion depianistes applaudissaient les invraisemblables charivaris. Enchanté de ces bravos, l'opérateur se levait toutes les cinq minutes, plongeait en avant, à gauche, à droite, une main sur son cœur, puis recommençait à maltraiter son Érard en tâchant de rattraper l'orchestre qui ne l'attendait pas, sans doute pressé d'aller dîner en famille.

C'est dans les Jocrisses de f Amour /je crois, qu'une fleuriste répond au vieux monsieur de rigueur: « Votre broche, je la refuse comme bijou, mais je l'accepte comme sentiment. » Ainsi des inspirations tschaïkocasses ; partisan de Talliance russe, je les tolère, mais porter de ces broches-là, jamais!

Grâce à Paul Braud, reconnaissant envers le maître qui lui a fait remporter un si beau succès lors de son dernier concert, et à sonl ami Paul Fournier (le Paul Nord et le Pau

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Sud, comme on les appelle), grâce à Pierre de Bréville, dont l'enthousiasme illimité dépassait encore celui de Le Borne (quand Le Borne est franchi il n'est plus de limites), à Georges Vanor qui a quitté le Cirque pour amener un instant chez Colonne une adorable brune aux courts cheveux calamistrés, grâce à Bruneau fils, à LeroUe, grâce à la petite camarade de Willy qui se réveille à chaque pause pour se réchauffer en applaudissant, le public s'est laissé entraîner, et Franck, père de Psyché, Tutilsint de bonheur dans sa loge, a pu entendre d'unanimes et prolongés bravos saluer son apothéose, la seule partie dont je ne sois pas folle, d'ailleurs, en raison de son gounodage trop marqué.

Ce n'est pas à la modestie de ma petite camarade du Châtelet que l'on pourrait demander des renseignements techniques sur Psyché. Tout au plus oserait-elle faire remarquer, timidement, avec quel louable parti pris le maître confie à l'orchestre seul le soin

de représenter Éros et son amante, pour leur conserver le caractère tout idéal que le rôle purement épisodique des voix ne fait qu accentuer. Jamain, un ancien élève de Franck^ expliquait à quatre profanes combien est délicieuse la phrase descriptive du premier morceau, avec sa chute sur un accord mineur, particulière à César. J'ajouterai, pour faire montre à mon tour de ma petite érudition, que le second épisode de la première partie est construit avec un fragment desÉolides que nous avons jouées, la première année de nos concerts au Château-d'Eau. Ah ! ce n'est pas hierl Le patron avait alors de belles audaces!...

2 mars 1890.

Monsieur le Directeur,

C'est une ouvreuse agacée, énervée, qui vous griffonne ces lignes rageuses. Le patron, les p'tits bancs, les snobs, tout m'importune; les snobs surtout, qui ont osé prétendre que trois heures de musique, c'était trop pour leurs estomacs débilités. Notre orchestre a bien fonctionné d'ailleurs. La trilogie piccolominutieusement travaillée par Vincent a été mieux exécutée encore que de coutume, avec les variations de mouvement désirées par l'auteur dans la troisième partie.

Di^tized by VjOOQIC

Ce faux roux de Paderewski — la perruque de Rochefort sur la tête d'Henri IV moins la barbe — représente assez bien le pianiste tel que le décrivait Balzac. Mais quelle épouvantabre habitude ont ces pâles tripoteurs d'ivoire, élus au scrutin de Liszt, de nous assassiner de leurs grotesques compositions?

Après Kubinstein, nein ! après Paderewski, merci ! A côté de son édité Bellaigue dormait le bon Delagrave, et son paisible ronflement faisait une résonnance digne de son nom. Mais, en dépit des « chut » énergiques sortis de tous les poils de la barbe de Poujaud, le tortionnaire continuait à sévir, Tœil fixé sur les dents de Diémer, prêtes à remplacer les touches fracassées de rÉrard en détresse. La première partie s'est terminée sur une gamme descendante, aux furibondes octaves, quia fait sourire Bagès (il ne faudrait pas appeler Garnier Bagès); la troisième, odieuse de vulgarité, de vide, de petites flûtes stridentes, a ravi tout le Gotha du clavier, de la princesse Brancovan à

la vicomtesse de Trédern, sans oublier les Grand val, Legoux, de Guerne— toute la lyre !

Enfin, voici le salut enthousiaste aux voûtes de la Wartburg, lancé par Materna-Elisabeth (du Gévaudan), plus colossale encore que dimanche dernier — une Alboni mâtinée de Thérésa — mais quelle âme d'artiste !

Elle jette un coup d'œil amical à la Krauss, comme pour s'excuser de se faire applaudir dans cet air où la déesse de Reyssouze a récolté tant de bravos... « ffodie mihi, Krauss tibi », murmure Camille Benoît, incomparable poseur de latin.

Après Wagner, Haendel, car nous voulons montrer que le classique d'hier nous réussit aussi bien que le classique de demain. Point, ma chère 1 vous avez tort de distiller cette rogue musique de Colonne Macchabée Siveo ces minauderies de bonne ogresse, et ces petits bonjours dans la salle. Je ne parlerai pas de la Gôtterdàmmerungy car la géante y est sublime et le patron supérieur, quoiqu'il ait

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conduit un peu raide cette fois, et qu'il y ait certain Entsagungsmotiv qu'on ne distingue pas très bien au-dessous de VAlberichsfluch {dos Euch zum Unheil geraubt).

Un monde fou 1 Paul Braud, qui, devenu Franckiste par reconnaissance, fait au maître une réclame prodigieuse et crie dans les cafés, quand on lui sert un bock : « La bière est vide, alors c'est que Franck est vivant 1 » Non loin de Camille Bellaigue — qu'une conférence sucrée, quile too too, sur Grétry, a rendu le chou de Bruxelles, — voici Chevillard, plus aimable que... (mais ne brouillons pas les familles !), puis Chausson, sa Tempête sous son crâne : il semblait tenir en lisière le beau brun qui, seul de toute la salle, n'a pas applaudi Wallenstein.,. y qa nommé dlndy. Autre brun, Saint-Eené-Taillandier, profitant de ce qu'il n'y avait pas vêpres à Saint-Germain-en-Laye... Qui encore? Debussy, qui jette l'engrais de sa musique sur les Fleurs de Baudelaire, Delsart et sa

mèche, Mariotti, Bonheur, Hiie, de Bréville Il m'a semblé voir aussi Le Maréchal, critique plus doux que le Niel envers les paladilhes qui s'amusent à recmnmencer les HuguenotSy féroce pour les chercheurs de la nouvelle école. A déclaré jadis qu'il trouve dans Wagner c( un abus des sonorités qui lasse l'attention » et a condamné la Chevauchée des Walkyries sous prétexte que « cette musique guerrière a dû (!) enflammer les Prussiens quand ils pénétraient comme des nuées (??) par la trouée des Vosges. » Quitte ce souci, fils d'Adam (M™') et ne fais plus dire que, grâce à toi, le Soleil a des taches. Nos jours sont comptés, monsieur le Directeur. Bientôt le Cirque aura fermé ses portes, et le Châtelet ne tardera pas à suivre son exemple. Il faut que je reprenne un dessein trop longtemps ajourné; ce sera d'ailleurs combler les jœux d'un ami bien cher K..

Nous croyons savoir que M. Camille Benoît, dans une lettre confidentielle à l'Ouvreuse, avait exprimé

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Aujourd'hui, c'est Fimmense Vitu qui s'impose à mes rêves. Comment le peindre, hélas ! ce critique selon le cœur de Koning, cet érudit singulier, dont un rusé compère, celui qui a posé, sans le savoir du reste, pour le Lavaux de f Immortel, vantait « l'encyclopédique ignorance )> ? M, Auguste Vitu, dignement continué, m'assure-t-on, par son fils (connu sous le nom de Vitulus Augustule), est extrêmement amusant lorsqu'il reproche à M. Zola d'avoir un égal mépris « pour la grammaire et la morale » ; il Test encore lorsqu'il explique les modulations musicales, et nous montre comme quoi la tonique mi, étant élevée d'un demi ton, devient forcément un fa naturel...

On ferait une anthologie d'un furieux comique en découpant avec intelligence les articles de M. Vitu. Je n'en veux rappeler

le désir de voir relever quelques-unes des bourdes que les intransigeants de son espèce prétendent trouver dans les magistrales analyses de nos plus éminents critiques. (Note de l'Éditeur.)

qu'un ou deux. Bien qu'une pauvre ouvreuse n'ait pas grande compétence littéraire, je tiens à vous citer le compte rendu de Sapho {Figaro du 19 décembre 1885) comme spécimen de galimatias double et de prud'hommesque bafouillage. J'y trouve « des compro* missions vénéneuses cachées sous des amours sans frein... », et surtout cette phrase épique : (( Sales bêtes ! s'écrie la fille du peuple^ retrouvant le langage du ruisseau où Venfanta son père^ le cocher de fiacre, pour exhaler sa rage,., » Pour un futur académicien (car c'est un songe que l'on caresse volontiers autour de lui), ça n'est vraiment pas mal! Mais voici le feuilleton sur Lohengrin [figaro du 4 mai 1887), une merveille ! Charitablement averti par Eobert de Bonnières et Magnard qu'il n'eût pas à découvrir un chef-d'œuvre connu et admiré depuis trente- cinq ans sous peine de . devenir la risée universelle, rérudit jura d'éblouir tout le monde par sa science, son goût et la beauté de ses

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vues. II y réussit aisément; jugez plutôt:

Le « livret » de Lohengrin, nous dit-il, a été tiré par Wagner « d'un poème du xiii® siècle- attribué à Wolfram d'Eschenbach, qui lui-même avoue s'être inspiré d'un troubadour provençal nommé Guiot ou Kiot, etc. »

(Le pauvre ! il a confondu Lohengrin av^c le Parcival de Wolfram 1) Il ajoute un peu plus loin : «Arrêtons-nous sur cette pente.... »

(J'te crois !)•

« L'œuvre s'annonce par un prélude en la (majeur, Auguste 1 tu faiblis), dont les quatre premières mesures (non, mon ami, pas les quatre premières) servent de thème au prélude lui-même... Ce morceau progresse jusqu'à un tutti formidable où se mêle le son des grandes orgues (Oh ! la la !)... Eisa décrit sa vision dans une romance en to bémol....

Cet adieu (l'adieu au cygne) est chanté par Lohengrin sur un court arioso auquel s'enchaîne un chœur fugué d'un dessin mélodieux »..,. (et il prétend « avoir fait ses clas-

ses » ! !) Il trouve que la phrase initiale de la prière rappelle celle de Sarastro dans la Flûte enchantée,... A la première scène du deuxième acte, il critique « le système du tout à r orchestre » (exquis!). Il déclare que « le duo d'Eisa et d'Ortrude est énorme »

(pas tant que toi) mais en goûte « la strette finale » (?). Il parle du duo d'amour dont le motif (il n'y en a donc qu'un ?) se reproduit « successivement par sept ou huit tonalités différentes » (! ! !).

En voilà assez pour aujourd'hui, n'est-ce pas, ô mon cher Directeur? Mais ne pensezvous point que l'on pourrait arriver à faire quelque chose avec le public, si les critiques n'existaient pas ?

Une Ouvreuse du Cirque d'Été

?• S. On me signale, au Châtelet, l'aime présence de l'inclyte poète d'Ancœus, Fran-

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cis Viélé-GriflSin ! II a ostensiblement sifflé, non Touverture de Tannhâuser, mais la façon dont elle a été exécutée.

9 mars 1890.

On ferme ! on ferme ! II faut déposer le gentil bonnet rose, tout perdre à la fois, Wagner et Beethoven, les prouesses du patron, la vue même des disciples de Franck. Hélas !

les lauriers sont coupés ! comme disait, en des temps meilleurs, TÉdouard Diijardin, à rame décadente, tout ensemble, et épicière.

Ah ! ce dernier concert ! J'aurais voulu qu'il ne finît pas.... Je m'enivrais de musique à longs traits, le cœur à l'ai-ai-ai-se. Ce fut d'abord la Symphonie en la y merveille incomparable, dignement exécutée, sauf le premier

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morceau. Puis vînt Materna, en robe de satin broché rose crevette, semblant plus grosse qu'en sa robe noire de dimanche dernier, qui nous chanta une métodie extrêmement vieux jeu, mais élégante et jolie, de Rienzi. Court intermède : l'ouverture d\inila — Holà ! — de Salvayre, sans doute composée pour ceux d'Henri de Bornier... C'est à cent pieds au-dessous de zéro... Il y a surtout certains unissons de trombones à faire crever de rire les Huns et les autres, sans parler des élans du quatuor que je qualifierai volontiers de sternutatoires. Malgré la température élevée, un silence glacial a accueilli cette manifestation dont le patron^ vrai ! n'aurait pas dû accepter la responsabilité ! Il faut avouer cependant qu'après avoir accueilli Benjamin.,. Et puis, circonstance atténuante, il s'est arrangé de manière à ne pas pouvoir en donner une seconde audition I Toute la phalange du promenoir, déjà

presque au complet pour le décès de Salvayre d'Egmontsoreau, s'est massée pieusement autour de dlndy quand M"*® Materna a reparu sur l'estrade.

Il y avait là d'abord von Blowitz {a bove principium) , Paul Vidal , musicien pour pantomimes, chéri par Bouchor à l'égal de Bach, et dont un sourire éginétique retrousse la lèvre quand il entend parler de certaine œuvre mallarmiste mise en musique (rien que des flûtes et des harpes) ; Poujaud, plein de componction ; Bagès, à la fois frais et languissant, rose et vanné; le roi de nos jeunes mashers qui semble avoir comme son maître «l'âme d'un séraphin », Pierre de Bréville; Tiersot, à la barbe bifide « comme celle d'un serpent » ; le gracieux VioUat, l'aimable et chevelu Savard, et bien d'autres. Aux secondes s'agitait Ernst, ruisselant d'enthousiasme et de sueur, non loin du facétieux Fernand qui se fait annoncer, dans les salons gobeurs, sous le nom de

maestro Trovati {si non è vero^ è bene Irov...) et, à Tabride ce faux nez italien, fait applaudir ses œuvres par des invités qui se refuseraient à les entendre, signées Le Borne ; puis le peintre Bussierre *, le fauve Jacques Froissart. {Et des baisers, et des baisers, et des baisers I 11) poète lyrique vivant dé son état. Aux loges/ j'ai remarqué Chevillard, Henri de Régnier, lorgnant d'un air de décadence distincUy precious les enthousiasmes ambiants à travers son monocle vide de cristallinité oculaire ; aux premières, cet excellent Georges dont le R-hue-bezaM semble tiré à Hiie et à Diaz, sans, pourtant, mériter la flétrissure de « saleté musicale » que lui lança Wilder, un jour où le faro se digérait péniblement. Et Tassommant grincheux Adolphe JuUien, wagnérien ou se croyant tel, qui n'en a pas moins effarouché les bons

* Né à Cuisery (Saône-et-Loire), élève de MM. Cabanel et Puvis de Chavannes; 12, rue du Moulinde-Beurre. {Note de VÉditeur,)

vouloirs les plus sincères par ses attaques hargneuses contre toutes les tentatives, car il n'a rien épargné... sauf l'inepte Plutus du sieur Lecoq dont il a longuement vanté <c la touche délicate». — Pourquoi? — Rappelons que l'on doit à cet ours, pas léché du tout, la révélation du suicide d'Elisabeth dans Tannhâuser, et quelques autres trouvailles de ce tonneau. Mais la plus belle, c'est celle qu'il a déposée en bas de page de son indigeste compilation, à propos de Wagner, qui, tout en écrivant sa musique, étudiait Schopenhauer : « Quelle salade ça devait faire dans sa tête ! » Non, cerclezmoi ou j'éclate, Adolphe, car la tour (pas votre collaborateur Fantin), la tour Eiffel n'est, à côté de celle-là qu'un simple curedents.

Le prélude de Tristan a été magistralement exécuté, et enchaîné, comme Wagner l'a voulu, à la Mort d'Isetilt^ ce qui n'empêcha pas, l'an dernier, un jeune sous-Reyer trop

naïf de dénoncer ce raccord à Tindignation des fidèles — inutile de dire qu'il fut, pour cet excès de zèle, ramené vivement dans le rang par son brusque sous-oflF. Quant à ce cantique dlseult mourante, c'était divin!

la progression sonore m'a paru bien plus pondérée qu'autrefois; seul, le gruppetto de la Liebesverkldrung ne se détache pas assez de l'enchanteur bruissement de l'orchestre.

Materna et le patron m'ont ravie : j'aurais voulu les embrasser l'un et l'autre (j'imagine que c'est au patron surtout que cette étreinte aurait fait plaisir)...

Certes, elle est bien, cette ouverture pour Faust ! Seulement, encadrée par Tristan et la GÔtterdâmmerung, elle semblait forcément un peu pâle, « comme la Législative entre la Constituante et la Convention », disait ce vieux serin de Perrens. Mais un frisson parcourt les gradins, l'émotion serre les cœurs, l'estrade fléchit, Briinnhilde apparaît. Sublime, vousdis-je: jamais l'obèse Walkyrie

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n'a été plus en voix. Et emballée ! — comme Gouffé. L'orchestre, électrisé, faisait des prodiges; Charl... non, le patron! soulevait d'un bras vainqueur la tempête instrumentale, et les thèmes éclataient ! La fanfare de Siegfried sonnait en trompettes étincelantes sous le sifflement vertigineux des cordes, et la Liebeserlôsting, toute blanche de pure lumière, planait sur les rouges nuées ou s'écroule le WalhalL Mon petit sein d'ouvreuse palpitait éperdûment, en le voyant, Lui, notre maître redouté, si dédaigneux en apparence des remarques qu'on se permet, modérer de la main la fureur de ses tubas, élargir les mouvements là où il convient, mettre dans l'interprétation de cette formidable musique, avec la précision dont il est coutumier, l'intelligence dramatique, la chaleur, Vâme dont il est parfois un peu avare.

Ovations indescriptibles. Grande lutte à mains plates entre le Métronome impavide et la Chanteuse-Cannon. Elle voulait l'en-

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traîner avec elle au bord, non de Tabîme, mais de l'estrade. Avec une modestie de jeune vierge, il s'efforçait de résister à ces aimables efforts, mais il n'était pas de taille, et, après de dramatiques péripéties auxquelles la salle assistait, haletante, c'est la Materna qui Ta emporté (sans métaphore). Il a été enlevé à la force du poignet et a dû, pour une fois dif moins , venir prendre sa part des applaudissements et des bravos.

Paul Vidal contemplait ces enthousiasmes d'un œil un peu désabusé, avec un scepticisme, on eût dit, déjà vieilli. Faut-il donc croire, comme l'insinuait ce bel Arbi de Poujaud (qui bêchait ferme Ascanio en compagnie d'Ernst, à la première), faut-il croire que les années de cantate comptent double ?

Après le concert, « un groupe de musiciens et d admirateurs », comme dit Kœchlin, ont offert à M»"® Materna un petit flacon de jaspe, « parce qu'elle a bien jaspiné », disait à Willy Willa (Vitiosa). Triple-sec, plus ins-

truit, nous apprend que le jaspe a été choisi parce que « c'est la pierre dont était fait le Saint- Gral ! » J'admire cet érudit (c bien informé » qui ne sait pas que la plupart des bons auteurs font le Gral d'émeraude, et que Wagner Ta voulu tout simplement, comme la voix de la Materna, de cristal.

Un cruel accident m'enlève ma petite camarade du Châtelet ; je ne la verrai plus ; la honte Ta dévorée. C'est à la suite de l'exécution de Roméo et Juliette — fabuleusement foraine en dépit d'une répétition pousséejusqu*à deux heures — qui a scandalisé même les plus jobards des Colonnophiles. A la fin de la première partie, deux cors (Dieu ! que leur son était triste au fond des hautbois !) se sont mis à mugir lugubrement. On les regarde ; on plaint ces malheureux que, sans doute, un deuil de famille... Livide, Edouard s'arrête, faitdoublerle motif, et, àTentr'acte, il sanglote: « Mesdames, Messieurs, on a

l'habitude de réclamer pour les chanteurs une indulgence que le public ne refuse jamais ; je la demande pour mes cuivres ; ces deux instrumentistes sont malades et ont voulu jouer par leur dévouement inaltérable à Tart. Je vous supplie d'agréer mes excuses. » ma mère!

Dans la salle, outre les Massîacs coutumiers, Vallombroso, Poniatowski, Vanor, tricycliste malchanceux {Quo non descendam /), sa mignonne amie, en cheveux courts frisés, avec une tunique qui fera la mode, ressemblait à l'un de ces jeunes grecs, trop jolis.., mais je ne vais pas vous citer de TAnacréon, peut-être !

16 mars 1890.

tristesse du renouveau ! Sous les arbres des Champs-Elysées constellés de pousses smaragdines, passent des « tendresses » en robes claires, dénonciatrices du printemps; sollicités par les caresses de la brise, les lilas s'entr' ouvrent, peureux ; . . . hélas ! les violons muets reposent dans leurs petits cercueils d'enfants, les soupirs des hautbois ne charment plus nos âmes, les cuivres héroïques font silence, et le cor sommeille dans la forêt de rêve où Técouta Weber. Lugubre fin de mars ; Pascal disait vrai, ce mois est haïssable.

Puisque l'arène du Cirque est déserte et la féerie des musiques divines évanouie, pourquoi ton Ouvreuse ne brise-t-elle pas sa plume^ Patron sévère mais injuste, sans Pespoir de te voir ébarber fébrilement — comme tu le faisais d'un geste nerveux, si drôle I — ton numéro d'Art et Critique? \ Pourquoi?

Pour te donner la joie de voir dauber ton ami Edouard. Je suis sûre de ta bienveillante attention, cette fois encore. A moi Péreintement de la concurrence! J'y veux consacrer les restes d'une voix qui tombe et d'un bonnet rose qui déteint.

Dimanche, donc, je fus ouïr le Roméo et Juliette de notre vieil Hector. Tu ne me croirais pas, mon maître, si je te disais que la tristesse de Roméo, la fête chez Capulet et la scène d'amour sont exécutés là-bas comme che^ nous. Mais parlons du prologue. Où

* Nous croyons devoir rappeler qu'un certain nombre d« lettres de l'Ouvreuse ont paru dans la Pôvno Art et Critique, (Note de V éditeur,)

diable ce Colonne va-t-il recruter ses choristes? A quel mastroquet sont empruntés ces ténors gavés de pernicieux pîccolos échappés aux griffes de la loi idem? De quel Mont- de-Piété fantastique retire-t-il des basses aussi défraîchies? Et ce pauvre Mauguière, qui, jadis, chanta chez toi le jeune matelot de Tristan, avec quelle morne anxiété ifcontinue à chercher sa voie — ou sa voix:

comme tu voudras. Quelle sottise de confier à rinterminable Berthe de Montalant (rien de celle qu'on arrête) les adorables [strophes Premiers transports que nul n'oublie! quand il faudrait un contralto, un vrai, un de ceux que Gailhard ne possède plus depuis le départ de Richard-Voix-de-Lion, capable de donner à la mélodie vocale la chaleur passionnée, la pénétrante langueur que voulut Berlioz. Déplorable, l'exécution de la rixe au cours de laquelle les trombones, sans doute travaillés par les effluves printaniers, ont vagabondé trente secondes, forts de Tinatten-

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tion d'Edouard, à leurs rixes et périls; et Ton a trouvé bien longue à venir rarrivéê du prince qui met fin à ce charivari. (Entre nous, d'ailleurs, ce récitatif des cuivres m'a toujours semblé diflScile à digérer.) L'incomparable Convoi de Juliette a été dit d'une façon médiocre, assez confuse, surtout dans la seconde partie où le chœur a couvert sans vergogne la plainte monotone de l'orchestre.

Enfin, Auguez m'a peinée. Cet honnête et consciencieux chanteur, qui a du talent, même de la voix, a savonné son père Laurence au point de lui mériter les prénoms de Jean-Paul. Puis, empoigné d'une frénésie soudaine, il s'est pris à meugler désespérément le Cest moi qui les ai mariés ! à meugler, vous dis-je; ce n est pourtant pas Laurence des vaches. Je note, en passant, la subtile remarque du républicain Chausson qui fait constater à son voisin quelles déplorables conséquences eut pour Roméo et Juliette ce mariage religieux illégalement célébré avant

l'autre. Il est vrai que Christophe Colomb n'avait pas encore découvert la mairie...

Pendant l'entr'acte, j'ai vu Ernst qui prend des notes fiévreuses pour un immense article (Dieu sauve la Paix 1) Dans les couloirs, Tiersot rit de la stupéfaction de Kœchlin qui a déclaré « inexplicable » — en pleins Débats — l'omission de la scène des Tombeaux, Certes, elle est poignante, et à ne la considérer qu'au point de vue technique, très curieuse par l'emploi des thèmes de la scène d'amour dé- . formés, pour ainsi dire, mais Colonne a cent fois raison de ne pas la donner, puisque ce pince-sans-rire d'Hector (dans une note de la grande partition que Triple- sec pourrait consulter) conseille aux chefs d'orchestre de supprimer cette scène si leur public manque d'imagination. Edouard connaît son monde.

Cet homme sombre, tout là-haut, qui se fait petit, qui se musse, qui disparaît, craintif, je ne l'ai pu distinguer : on m'affirme

que c'est Mallarmé. Lui! Là, Stéphane — abdiquant le Cirque qui, parmi tant d'arbres, cabre à son fronton une enseigne équestre, signe de l'ordinaire spectacle intérieur, à qui^ pour un temps substitué, nuisit, en l'excluant, un intermédiaire et supérieur prodige instrumental — résigne à des fanfares non plus éparses en une orbiculaire vacuité, mais d'un face à face théâtral en une bouffée trop directe, issues, sa rêverie... Je vois encore Taimable Lionel Meyer, descendu, j'imagine, d'un conclave de cardinaux rusés et rasés, peints par Vibert; et Le Borne (prière de ne pas mettre d'accent aigu sur Ve final), qui semble amusé dçs incorrigibles exubérances de Colonne ; le fait est que ce capellmeister épileptique sem'ble prendre à tâche de ressembler au docteur Miracle, tandis que le Patron, plus posé, rappellerait plutôt le docteur Pierre,

L'entr'acte se prolonge; j'en profite pour savourer un numéro du Petit Journal, vieux

delà veille, oùronm'asignalé le compte rendu tout à fait malbâti, bossu et ascagneux du ' dernieropéradeSaint-SaënSjdûàLéonKerst.

Encore un de ceux que j'abomine, ce type du critique ignorantissime, qui prétend en musique, en littérature, en tout, et n'entend rien à la musique, rien à la littérature, rien à rien. Le pauvre se prend pour un fin connaisseur et le répète à tout bout de chant, sans se douter que sa prose exhale la même odeur que les lambeaux deEichebourg ou de Montépin jetés en pâture par les patrons de son Petit Journal aux habitués de leur rez-de-chaussée. C'est le Jules Lemaître des concierges, le Pessard des gâcheurs de plâtre. Avec cela, d'une grossièreté à lui mériter une place sur les voitures de la Compagnie Lesage, ce qui lui a déjà valu quelques renfoncements sérieux. Son article sur le Lohengrin — car c'est à cette occasion que tous nos critiques battirent leur plein — atteignit des hauteurs d'ineptie à fatiguer les

ailes de Taigle, Celui qu'il perpétra sur Ascanio ne vaut guère mieux. Le bouffon de la chose, c'est la façon galante dont il se pose en Chevalier de la Triste figure pour défendre Dulcinée Saint-Saëns qui se passerait fort bien de ce Don Quichotte à la Manque.

En style d'équarrisseur, il attaque les jeunes gens qui se permettent de juger Ascanio ennuyeux (( du haut de leur col cassé » (à toi, de Bréville !). Il me semble que, du haut de son faux-col crasseux, l'étonnant Kerst pourrait montrer plus de modestie. Après ça, puisqu'il est gobé par Marinonî, grand-croix de la Légion d'honneur!...

Ne parlons pas de Besson. Le sujet est vaste, mais on Ta déjà beaucoup pioché.

Puis, ne trouvez-vous pas que le corpulent Pansegrosse, ce Maternus des journalistes, relève de la critique moins que de la zoologie, voire de la tératologie? Oh! l'étonnante phalange que celle de nos aristarques musicaux ! La race des Scudo n'a pas dégénéré.

Je me rappelle encore les polissonneries de ce vieux pitre d'Albert Wolff, le skoptzi du Figaro, lorsque Parsifal fut annoncé à Bayreuth, et les explications de Flor O'Squarr sur la Walkure à Bruxelles, arec le motif de Hunding donné « par les cornets à piston », et Tarticle de rinnocent à qui Ton doit cette découverte, que le manque d'homogénéité orchestrale de Reyer provient de sa façon <( de répartir Tair entre les éléments sonores », et les innombrables trouvailles plus saugrenues les unes que les autres de l'inventive carpe éolienne ! Mais voici du nanan : une étude de notre cher Camille, ^ dont je vais vous montrer les principales perles... le bel élégant à la barbe blonde {suave rubens hya* cinthus, comme dit un autre Camille),* n'en voudra pas trop à sa petite folle d'ouvreuse: elle n'a pu résister au plaisir gourmand de

1 M. Bellaigue. (Note de VEditeurJ » M. Benoît. (Note de l'Éditeur.)

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