LE MARQUIS DUCREST 4 N. P. FORTH
Londres, ce 14 août 1788.
J'ai l'honneur de vous envoyer, Monsieur, le mémoire dont je vous ai parlé. Je vous prie de le; lire avec la plus grande attention ; je crois qu'il en vaut la peine et qu’il est difficile de proposer une affaire plus lucrative et plus solide,
En parlant du prêt de neuf millions, fait par la compagnie à M. le. Duc de Chartres pour former un dépôt qui serve de süretés aux propriétaires qui voudront faire assurer (1) leurs maisons, vous verrez, Monsieur, que je ne stipule aucun droit de commission, parce que ce n’est pas une affaire à traiter avec les banquiers. Cependant, comme je suis autorisé à donner jusqu’à 5 pour % de commission, ce qui ferait une somme de 450 mille livres pour les neuf millions, et que je connais votre attachement aux intérêts de M. le duc de Chartres, et le crédit que vous avez dans ce pays-ci, — que d’un autre côté, en trouvant des actionnaires pour la compagnie que je propose, si elle peut se former, ils pourraient demander un droit de commission et désirer en même temps que cela ne fût pas su, — je vous supplie d'avoir la bonté de vous charger de toutes les négociations vis-&-vis d'eux et d'y employer, si cela est nécessaire pour les faire réussir, jusqu'à la concurrence de 450 mille livres que j'étais autorisé à donner, et qui seront payées comptant et prélevées sur les neuf millions. Vous êtes plus propre que personne à conduire à bien cette grandè affaire, et je crois n'avoir rien de mieux à faire que de m'en rapporter aveuglément à vous.
(1) Ge projet de compagnie d’assurances au capital de neuf millions n’aboutit pas. Le prince, devenu duc d'Orléans, innovera en faisant assurer à Londres ses principaux immeubles parisiens. (Arch. Nat. R* 288).
J'ai l'honneur d'être, avec un inviolable attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. ° DUCREST. Si vous ne venez pas de quelques jours à Londres, mandez-
moi, jé vous prie, ce que vous pensez de mon mémoire.
LE puc À N. P. FoRrTH.
[Début de février 1784].
Je m'en vais donner ordre qu’on les reçoive dans mes écuries, Monsieur. Je les donnerai ou les prendrai pour le prix que vous n'avez mandé ou vous les rendrai à votre retour.
Adieu, Monsieur, soyez bien sûr, je vous prie, du plaisir que j'aurai toujours à faire quelque chose qui vous soit agréable.
MME DE GENLIS À MME FoRTH.
| [22 février 1784).
Mme de Genlis envoie savoir des nouvelles de Mme Forth. On joue demain à la Comédie-Française le Bourgeois-Gentilhomme (1), c'est un spectacle fort agréable. Si Mme Forth pouvait être tentée d’y aller, Mme de Genlis, lui offre la loge de M. le duc de Valois. Mme de Genlis ne peut sortir demain, mais Mme Forth ne fera rien contre nos usages, en y allant seule avec M. Forth. Elle est d’ailleurs la maîtresse d’y mener une ou deux femmes et trois ou quatre personnes, si elle le veut. Si cette proposition est agréable à Mme Forth, elle voudra bien le faire dire demain matin à Mme de Genlis, qui alors lui enverra sur-lechamp un billet de loge. La première fois que Mme de Genlis, ira, elle aura l'honneur d’en prévenir Mme Forth, afin d’avoir le plaisir de s’y trouver avec elle.
Mme de Genlis n’a point encore envoyé à Mme Forth l'es-
(1) Cette pièce n’a été représentée que trois fois aux Français en 1784 : le lundi 23, le vendredi 27 et le dimanche 29 février. Nous pouvons donc dater ce billet à coup sûr.
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lampe (1) qu'eile a eu la bonté de désirer parce que le doreur ne lui a point encore rendu le cadre.
Mme de Genlis embrasse Mme Forth de toute son âme et la prie de lui faire donner de ses nouvelles ainsi que de celles de M. Forth.
Dimanche au soir.
LE puc À N. P: ForTk.
[Paris, mars 1784].
J'ai toujours bien de la reconnaissance, Monsieur, des peines et des soirs que vous prenez pour moi. Comme je ne partirai pas sûrement de cette semaine, j'espère bien vous voir avant mon départ. Je vous enverrai toujours d'ici à deux ou trois jours l'argent que vous avez bien voulu débourser pour moi. Mais quant aux deux chevaux, je vous avoue que je n'ai pas du tout de souvenir de vous en avoir acheté. Vous m'avez prié d'en garder deux à vous dans mon écurie, que je serais bien fâché qui fussent à moi, surtout dans ce moment-ci où je vais en vendre beaucoup (2). Ainsi donc, Monsieur, je vous enverrai la somme que je vous dois, à ces soixante louis-là près, et ne partirai sûrement pas sans vous voir et dire adieu à Mme Forth.
Londres, ce vendredi ? [avril 1784).
J'ai trouvé tout en très bon état, Monsieur, et suis à merveille. L'appartement d'en bas est fort bien arrangé, mais vous avez fermé à clef les lieux à l'anglaise, ce qui fait un grand inconvénient. Je n'ai pas voulu en faira ouvrir la porte. Mandez-moi si vous n'y avez rien serré de bien secret parce que, pour lors, je dirais à Mme Thomas de la faire ouvrir et de prendre soin de ce
{) Le portrait même de la gouvernante, dessiné par Myris, gravé par Green, dont il est question dans les lettres 11 et 12 (British Museum, Print. Dept. Eity G. 3856).
(2) « La vente des équipages du due de Chartres commence. De 200 chevaux $S. À. n’en conserve que 30. » (Métra, 30 mars et 5 avril. Courrier d'Europe, 30 mars 1784), : 2
qui est dedans. Je n'ai pas le temps de vous en écrire davantage à présent, car j'entends passer la clochette (1). Adieu, Monsieur, je vous en écrirai davantage dans quelques
jours.