‹ Lettres de L.-P.-J. d'Orléans duc de Chartres à Nathaniel Parker Forth (1778-1785): Publiées avec une introduction et des notesChapitre 14 sur 19 · LE puCc'A N. PEFORTH · texte numérisé non relu

LE puCc'A N. PEFORTH

A Brighton, ce dimanche 31 juillet 1785.

Je suis, de ce moment-ci seulement, décidé à ne point aller à Londres, Monsieur. Je compte rester ici jusqu'à jeudi et j'irai. d’ici à Paris en droiture en passant cependant par Tunbridge (1). Ainsi, si vous voulez venir me voir, vous me trouverez ici jusqu'à jeudi matin et vendredi matin à Tunbridge. J’enverrai en partant d'ici six ou sept jolis chevaux, mais mauvais pour la course, à vendre chez Tattersall. Je vous prierai de lui dire d'envoyer l'argent qu'il en aura chez M. Hammersley. Adieu, Monsieur, au plaisir de vous voir bientôt, j'espère ; si vous avez quelques, commissions pour la France, je m'en chargerai, comme vous

savez, bien volontiers.

A Paris, ce dimanche 14 août [1785].

J'espère que l’on aura dit, Monsieur, à Milord Mansfield que j'avais envoyé, avant de partir, savoir s’il était arrivé et je vous prierai de lui dire combien j'ai eu regret de ce qu'il ne l'était pas et de ce que l'heure de la marée à Douvres me pressait, de manière à ne pouvoir pas l’attendre. Je m'en remets à vous pour bien expliquer mes regrets à cet égard (2).

Si vous n'avez pas encore fait porter mon portrait chez !e Prince de Galles, je vous prierai de suspendre jusqu’à ce que je vous écrive de nouveau, mais de toujours commander la bordure ainsi que nous en sommes convenus. Si M. Reynolds a en-

fils, le troisième comte Mansfield, né à Paris le 7 mars 1777. Tous deux avaient sollicité l’honneur de recevoir Mme de Genlis à Wandsworth Hill, lorsque la gouvernante revenait d'Oxford. (Lettre de lord Stormont à Forth, 11 juillet 1785).

(1) Tunbridge Wells, petite ville d’eaux ferrugineuses, dans un joli site du Kent, à mi-chemin de Londres ét de Brighton. «

(2) Lord Mansfield admit de bonne grâce ces excuses, mais il dut apaiser l’indignation de Forth qui trouvait mauvais que le prince n’eût pas attendu le grand-juge, son protecteur et son dieu. (Lettre de lord Mansfield à Forth, 26 août 1785).

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vie de le faire graver, je ne demande pas mieux ; vous pouvez lui dire que je lui donne touté liberté sur cela, mais je ne veux pas que ce soit à mes frais (1). J'espère, dans peu de jours, recevoir de vos nouvelles et quelques boîtes de pilules que je vous ai demandées. N'oubliez pas non plus mes chapeaux. Si Conflans (2) était parti et ne les avait pris, envoyez-les avec la caisse (3) de Mme de Genlis qui peut arriver à présent en sûreté, & l'adresse de. M. Levue à Calais, pour étre envoyée à M. le Duc de Chartres & Paris. Voilà pour ce moment-ci, Monsieur, tout ce que j'ai à désirer de votre obligeance ordinaire pour moi ; il ne me reste qu'à vous prier de faire bien des compliments à Mme Forth et de compter sur ma RECONNAISSANCE.

LS

A Monsieur Forth, Portland Place n° 35 à Londres.

À Paris, ce 27 août 1785.

La difficulté d’avoir des chevaux anglais de carrosse à Paris m'a déterminé, Monsieur, à envoyer un homme à moi s'établir en Angleterre pour m'en acheter à mesure qu’il en trouvera. Je l'envoie loger dans ma maison. Je vous prie de lui faire donrer une bonne chambre en bas, une de celles que Smith a habitées. Comme c’est un excellent sujet dont je suis fort sûr, je lui donne la garde et le soin des habits que je laisse là, ainsi que de quelques paires de draps et de serviettes que le voyage de Mme de Genlis apprit qu’il était nécessaire d’avoir et que j'aù chargé Smith de lui remettre. Je lui ai dit qu'il ne devait se méler en rien de la maison, ni des meubles, seuiement prêter

(1) Le portrait du colonel général des hussards fut gravé à la manière noire par John Raphaël Smith (1752-1812), dit Smith de Derby, graveur de S. À. R. le prince de Galles. (Bibl. Nat. Est. Ec. 106.)

(2) Louis-Gabriel, marquis de Conflans d’Armentières, et fils du maréchal né en 1735, mort en 1788. Ce familier du prince passait volontiers la Manche. Un « Lovelace militaire », dit Lévis qui l’a mis dans sa galerie de portraits.

(3) Une caisse de cristaux.

main-forte contre les voleurs (1), s’il er venait. Je suis sûr que vous n'aurez pas à vous en plaindre et je ne vous l'aurais pas envoyé sans cela.

Comme je vous écrivais cette lettre, je reçois la vôtre. Je trouve comme vous ct les amateurs qu'il est un peu Cher, mais il en faut bien passer par à. Ainsi donc je vous serai bien obligé de tirer sur Hammersley, comme vous me le proposez, la somme de 250 quinées (2). Je serai fort aise aussi que vous en fassiez faire une copie en buste par le peintre de votre ami et que vous me l’envoyez ici parce que, si j'en suis content, je lui en ferai faire une en entier (3). Quant à la gravure, comme je vous l'& mandé, je ne veux rien donner pour cela, mais je ne veux pas non plus y rien gagner. Une douzaine ou deux d’estampes est tout ce que j'en souhaite. Adieu, Monsieur, voilà bien des conmmissions. J'y ajouterai de vous prier de faire bien des compliments à Mme Forth et de ne jamais douter de mon amitié peur

vous et de ma reconnaissance, Mme de Genlis me parle tous les.

jours de la sienne.

ETF

(1) Les voleurs de Londres étaient réputés. Ils déménageaient les maisons presque sous l’œil des patrouilleurs, surtout l’été quand les plus riches quartiers de la ville étaient déserts. Aussi nombre d’Anglais emportaient-ils leur mobilier à la campagne, abandonnant le reste au hasard. (La Gore Op. cit., p. 9, 16 et 17.)

(2) Soit 6.625 fr., la guinée valant environ 26 fr. 50. Reynolds, devenu premier peintre du roi à la mort de Ramsay (août 1784), se trouvait alors au comble de sa fortune. Il savait administrer son talent qui lui rapportait, bon an mal an, plus de 6.000 iv. st. Le prix croissant de ses toiles avait marqué le progrès de sa réputation : en 1755, il ne demandait que 15 guinées d’un portrait ; en 1781, deux cents guinées.

(3) Le portrait peint par Reynolds était de grandeur naturelle. L’on con-

naît deux copies « en entier » de cette fameuse toile : Pune appartient au duc d'Orléans actuel, l’autre à Miss Pennell qui la tient de son grand-oncle FIrlandais Wilson Croker (1780-1857), homme politique et écrivain. La toile du Musée Condé, qui a gardé son éclat, est une réduction, peut-être même le point de départ du chef-d'œuvre. Sir Thomas Lawrence Ia gardait dans son atelier et l’attribuait à Reynolds lui-même. À sa mort, élle fut achetée 40 Livr. st. (1.000 fr.) par le peintre Richard Evans qui la céda au düc d’Aumale en août 1856. (Dossier du Musée Condé.)

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A NATHANIEL PARKER FORTH di

MME DE GENLIS 4 N. P. FoRTH.

Je profite du départ de M. de Pont (1), intendant de Meiz, pour vous demander, Monsieur, un nouveau service. Il est iniéressant pour le sort à venir de Paméla que je la fasse naturaliser dans six semaines et j'ai besoin pour cela de quelques titres qui puissent prouver qu'elle est née anglaise. Le seul qu’on désire et qui me tiendrait lieu de tous les autres, ce serait an certificat de Milord Mansfield qui assurerait que Paméla est née anglaise, fille de la nommée Mary Syms, et cette espèce de certificat aurait telle forme qu'il plairait à Milord, pourvu qu'il fût signé de lui. Ce serait une preuve suffisante car, dans tous les pays du monde, l'attestation d’un grand homme est un türe authentique. Obtenez-moi cette grâce de Milord Mansfield, je vous en conjure, Monsieur, j'y attache le plus grand prix, ce sera une nouvelle obligation que je vous aurai, je la sentirai bien vivement, et il me sera doux de devoir aussi à Milord Mansfield une grâce si intéressante et d'ajouter encore un nouveau sujet de reconnaissance à toute l'admiration que j'ai pour lui (2).

M, de Pont qui aura l'honneur de vous remettre cette lettre est un homme d'esprit, un magistrat considéré, jouissant d’une grande fortune, don il fait un noble usage. Je suis amie de sa femme et vous me ferez bien grand plaisir de l'accueillir avec.

(1) Messire Jean de Pont, chevalier seigneur de Mandreu et de Forges, maître des requêtes, conseiller honoraire au Parlement de Paris, d’abord infendant de Moulins, puis de Rouen, avait épousé en mai 1766 Mlle de la Touche, fille de l’intendant des menus plaisirs du Roï. Il avait assisté Mme de Montesson, comme témoin, pour son mariage secret avec le duc d'Orléans (vendredi 23 avril 1773). Sa femme servait de trait d’union entre « la tantâtre » et Mme de Genlis ; c’est elle qui négocia le mariage de Pulchérie avec le vicomte de Valence. (Genlis, Mém. III, 324).

(2) Le contrat de mariage de Paméla avec Edouard Fitz Gerald, contrat passé le 26 décembre 1792 devant M‘ Dorez, « notaire républicain de la résidence de Tournai en Flandre », fait mention de deux dépositions faites dévant « Honorable Guillaume, comte de Mansfield, grand justicier d’Angleterre », toutes deux en date du 25 janvier 1786, qui autorisent la citoyenne Stéphanie-Félicité Dücrest Brulart Sillery à assister Anne-Caroline Stéphanie Syms, âgée de 19 ans environ, connue en France sous le nom de Paméla, native de Fogo, dans l’île de Terre-Neuve, fille de Guillaume Brixey et de Marie Syms. )

YANVER

votre obligeance ordinaire ; il a le plus grand désir de faire connaissance avec vous.

Je vous prie, Monsieur, de me rappeler au souvenir de Mme Forth et du charmant Naghty, et de ne jamais douter des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d’être, Monsieur, votre très

humble et très obéissante servante.

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