X INTRODUCTION
l'ombre des grands événements d’alors passe sur le front du prince. Il ne paraît s’en soucier que dans la mesure où ils traversent ses arrangements personnels. L’Angleterre lui plaît, non comme école de politique, mais comme villégiature où il se repose de ses obligations de prince du sang. Pareil à lécolier en vacances ou au soldat qui.a hâte de quitter l’uniforme, il court là où il croit n’avoir « de compte à rendre à personne ».
Indifférent à la politique, inappliqué à l’ambition, le duc déclare ici son amour de la vie libre et privée. Il appartient à cette suite de princes modernes qui souffrent de leur servitude plus qu’ils ne jouissent de leur grandeur et qui ont abdiqué de fait, dès leur majorité, par lassitude. Il se montre tout au plaisir de mander «lui-même ses menues commissions, de faire lui-même ses emplettes, de monter lui-même son ménage, d'ouvrir luimême la caisse où il trouve le fameux baromètre en miettes, cependant que la guerre d'Amérique excitait dans le royaume les plus nobles sentiments et les intérêts les plus âpres.
Ces lettres, qui se taisent sur ce qu’on est convenu d’appeler la grande histoire, constituent donc moins un document his-: torique qu’un document psychologique.
Pourtant le prince, si distrait qu’il soit en son privé, nous laisse entrevoir la douceur d’un état de guerre assez accommodant, bien caractéristique de l’Ancien Régime. Par ailleurs, son témoignage opportun, en même temps qu’il nous renseigne sur le fameux portrait de Reynolds dont la date restait jusqu’alors incertaine, met fin au prétendu mystère que l’esprit romanesque entretenait autour des berceaux de la belle Paméla et de la douce Hermine, grand’mère de Mme Lafarge.