‹ Lettres de L.-P.-J. d'Orléans duc de Chartres à Nathaniel Parker Forth (1778-1785): Publiées avec une introduction et des notesChapitre 6 sur 19 · INTRODUCTION STI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION STI

Il se posait en ami de la France. « Ecoutez la voix d’un citoyen, d’un cosmopolite qui aime également la France et l’Angleterre », protestait-il à Maurepas le 8 avril 1777. Obligeant, vaniteux et candide, il ne cachait point le plaisir qu’il avait de Se mêler à la haute société française, Il plaisait parce qu'il était heureux de plaire. « Je brille, je suis écouté, je suis admiré », note-t-il à diverses reprises dans son laconique journal, Sous des dehors étourdis, il déguisait « infiniment d'esprit et beaucoup de finesse », observait Vergennes (1) qui finira par l’apprécier davantage.

Il sut prendre Maurepas, resté badin, par la gaîté autant que par la flatterie. Le vieux ministre, seul grand seigneur de sa génération qui eût appris l’anglais et connût quelque peu l’Angleterre, jeta son dévolu sur le protégé de lord Mansfield. Les circonstances étaient délicates, épineuses, depuis que les Insurgents avaient rompu avec la métropole. En France l’opinion, la marine et le commerce poussaient à les soutenir. Maurepas n'avait foi ni dans les députés américains, ni dans les ressources de son pays, ni dans la volonté de Louis XVI. Il craignait d’engager à nouveau le royaume dans une guerre sanglante et coûteuse avec la Grande-Bretagne. Contre Vergennes et Sartine, il tenait pour une prudente neutralité. Ne pouvant négocier avec lord Stormont, l'ambassadeur officiel, à l’insu de Vergennes, — il voulut disposer pour sa propre politique d’un secret à lui, d’un émissaire à lui. Le 13 février 1777, il propos? donc aux ministres anglais d’agréer N. P. Forth comme son homme de confiance : c’est pour répondre à ce désir que, par lettre scellée du 23 février suivant, écrite après dîner par le comte de Suffolk en sa maison (Duke Street, Westminter) et signée sur-lechamp par les trois lords North, Weymouth et Suffolk, N. P. Forth fut annoncé à Maurepas, au nom de George IIT, comme son envoyé particulier & la Cour de Versailles.

Voici cette lettre de créance dont l'intéressé gardait religieuse-

(1) Lettre à Montmorin, 16 mars 1782. A x Û

XIY INTRODUCTION

ment copie. C'était de ses papiers celui dont il tirait le plus d’orgueil, puisqu'il lui permettait de se qualifier « ancien ministre de la Cour d'Angleterre »,

à Londres, ce 23 février 1777:

Monsieur le Comte,

M. Forth nous a fidèlement remis la lettre que Votre Excellence a bien voulu lui confier, datée le 13 février, et selon vos vœux, nous avons eu l’honneur de remettre au Roi, notre maître, la lettre qui y était incluse de Sa Majesté Très Chrétienne. ,

Nous avons mis sous les yeux de Sa Majesté la prière que Votre Excellence lui a adressée en faveur de M. Forth ; et c’est avec une vraie satisfaction que nous avons l’honneur de vous annoncer qu’en considération de la haute réputation dont vous jouissez si justement dans toute l'Europe, Sa Majesté a bien voulu l’écouter.

Nous croyons que les bontés que Votre Excellence veut bien avoir pour M. Forth, et la confiance qu’elle juge à propos de reposer en lui, sont justement méritées, et c'est en considération de ces titres que Sa Majesté nous commande de i’annoncer à Votre Excellence, comme son envoyé particulier à la Cour de Versailles.

Il a nos instructions privées, qu’il aura l’honneur de mettre sous vos yeux, et auxquelles vous ajouterez ce que vous jugerez à propos.

Nous avons l’honneur d’être,

Monsieur le Comte, avec lä plus haute considération de Votre Excellence les plus fidèles et obéissants serviteurs

North

Weymouth à SUuFolk, a à Monsieur

Monsieur le Comte €e Maurepas...

La mission de N. P. Forth se passa en longs “entretiens confi-.

- dentiels dans le cabinet du vieux ministre qui l’admettait à toute

heure, et en allées et venues de Paris à Londres, —- soit par Cafais et Douvres, soit plutôt par Dieppe et Brighton, — voyages

trop fréquents pour ne pas attirer sur lui l'attention de la police

et des nouvellistes.

Il avait pour instructions de maintenir la paix entre les deux royaumes et pour ce, d'effacer les soupçons de Maurepas à AE à : : :

l'égard des intentions britanniques, de l’amener même, s’il se

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