‹ Lettres de L.-P.-J. d'Orléans duc de Chartres à Nathaniel Parker Forth (1778-1785): Publiées avec une introduction et des notesChapitre 7 sur 19 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

pouvait, à proposer que d’un accord mutuel, l'armement des troupes et des vaisseaux cessàt sur les deux rives de la Manche. Il fut ainsi alternativement, selon Vergennes (1), « un ange de paix et de guerre » : ange de paix, quand il s’employa à atténuér les incidents de mer qui se multipliaient chaque jour plus graves entre Îles deux nations aux aguets, ange de guerre, quand le 22 août 1777 il tenta d’intimider le ministère français pour favoriser l’emprunt que lançait lord North. De ce jour, il devint un personnage en vue et prit à l’automne, durant le voyage de Fontainebleau, figure d’ambassadeur.

George III lui avait alloué quatre cent livres sterling de traitement par an, plus cent livres par mois pour ses débours, car il jugeait nécessaire à son service que son envoyé particulier vécût à Paris à grands frais. N. P. Forth s’entendait à: représenter. C’est alors qu’il connut le duc de Chartres. Cet Anglais pétulant, bel homme de cheval et impatient voyageur, était fait pour s’accorder avec le jeune prince dont les propos inconsidérés servaient à son information. La Cour, hormis Maurepas, était anglophobe : l’envoyé de George IIT trouvait au Palais- Royal un appui utile. Quand l’Angleterre rappela son ambassadeur (17 mars 1778), Forth suivit lord Stormont, non sans s’être laissé aller, dans le cabinet de Maurepas et dans celui de Vergennes, à de vifs effets d’audience. L'avocat ne sut contenir le dépit d’avoir été joué et d’avoir, en fin de compte, perdu le procès que son souverain lui avait confié.

Les relations épistolaires n’en continuèrent pas moins avec le vieux ministre, surtout avec le duc de Chartres. C’est à cette liaison, formée sur les champs de courses, à la chasse, au jeu et dans toutes les réunions de plaisir, que nous devons les let-

tres qui suivent.

() Lettre au marquis de Noaiïlles, 30 nov. 1777.

Lettres de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, Duc de Chartres,

à Nathaniel Parker Forth (1778-1785)

Le Paris, ce 1} mai 1778.

Recevez, je vous prie, Monsieur, tous mes remerciments de vos attentions pour moi. Les chevaux et les chiens (1) ne pouvaient m'arriver dans un moment où ils me fussent plus agréables car j'avais présentement besoin de l’un et de l’autre. J'ai chärgé Foissy (2) de vous demander un livre que l’on ne trouve point & Paris. Je pars pour Brest (3) dans l'instant et r’ai pas le temps de vous assurer que j'aurai toujours grand plaisir à

vous servir. (

Paris, ce 27 décembre [1778].

Je vous serai bien obligé, Monsieur, si vous voulez bien faire

mettre, dans un ou deux des papiers de nouvelles les plus à la

(1) Forth lui avait envoyé de Londres, le 10 mai, huit chevaux et vingt chiens, conduits par Tom. L’ambassadeur anglais, lord Stormont, rappelé, avait quitté Paris dès le 21 mars, mais les hostilités tardèrent dans la Manche jusqu’à l’été. D’ailleurs l’état de guerre n’interrompit point les communications d’une rive à l’autre. Voyez la réponse de Versailles à une demande de passeport pour un gentilhomme anglais, 17 nov. 1778. (Mme du Deffand, Lettres, éd. Toynbee, III, 472.) Forth s’emploiera plusieurs fois durant la guerre à faire lever l’embargo pour les gens de Louis XVI ou des princes qui viennent quérir des chevaux.

(2) Ecuyer du prince.

(3) Faire l’inspection générale de l’armée navale rassemblée dans cette rade, ÿ

mode, le paragraphe que vous trouverez dans cette lettre, le plus iôt possible après que vous l'aurez reçu (1). Je r'ai que le temps de vous souhaiter le bonjour pour ne pas perdre l’occasion de Milord Cholmondeley (2) qui part dans l'instant. Adieu donc,

0 ee . T °, : «© Monsieur, au plaisir de vous voir dans quelques mois, j'espère,

Comme l'entrée des papiers anglais est défendue à présent en France, je vous serai bien obligé de m'envoyer par un des

courriers le papier où sera ce paragraphe,

A Paris, ce dimanche 3 [octobre 1779].

J'imagine, Monsieur, qu'à Londres comme à Paris, quand on a envie de retirer un enfant de ce que l’on appelle les Enfants trouvés, (3) en remplissant quelques formalités, on en est le maître. Si cela est ainsi, vous me ferez un très grand plaisir de vouloir choisir dans le nombre de ceux que le Roi d'Angleterre fait nourrir, une petite fille brune, jolie, âgée de six ans seulement, qui n'ait surtout pas le nez trop long et ne sache pas un mot de français. Je désirerais que vous voulussiez arranger: les choses de façon que jamais personne ne püût la réclamer, parce que mon projet est de la faire élever avec mes filles qui.

ont trois ans et par ce moyen qu’elles apprennent l'anglais en

jouant avec cet enfant. Je vous demande pardon de vous donner encore cette peine. Maïs je me trouve si bien de m'adresser à

(1) Le paragraphe fut-il inséré ? Je l’ai recherché en vain dans les diverses collections de journaux conservées au British Museum. Sans doute étaitce une nouvelle relative au combat d’Ouessant où à la charge de colonel général des hussards que le Roi venait d'accorder au duc de Chartres.

(2) George-James Cholmondeley (1749-1827) d’abord vicomte puis comte Malpas, enfin Marquis de Cholmondeley, petit-neveu d’Horace Walpole, l’un des Anglais le plus répandus dans la société française, celui-là même qui s’entremit entre Franklin et lord Shelburne pour l’échange des premiers mots de paix (fin mars 1782). Les Cholmondeley passent et repassent dans les lettres de Mme du Deffand.

(3) I y avait à Paris deux hôpitaux des Enfants-Trouvés, l’un établi au faubourg Saint-Antoine, l’autre vis-à-vis l’Hôtel-Dieu, tous deux desservis par les sœurs grises et entretenus aux frais des communautés de prê-

tres et de moines. Celui de Londres, rebâti depuis 1747 au nord de la ville,

était renté par plus de dix mille souscripteurs,

A NATHANIEL PARKER FORTH j 6)

vous que je ne m'en corrigerai pas. Si le moyen que je vous propose pour avoir cette petite fille n’était pas possible et que vous en connussiez un autre, je vous serais bien obligé de l’employer. Je désirerais qu’elle arrivât à Paris dans le courant de l'hiver.

Adieu, Monsieur, recevez, je vous prie, tous mes remerciments. Jai entendu dire ici. que le Roi d'Angleterre venait de vous donner une marque de sa satisfaction (1). J'espère que vous ne doutez pas de la joie que j'aurais que cela fût et de l’intérêt que je prends à tout ce qui vous regarde.

J'ai dit à un nommé Biger, qui est attaché à la petite écurie du Roi, de passer chez vous avant de revenir en France. Je vous serai bien obligé de me répondre par lui, C’est un homme fort sûr.

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