Paris, ce 15 octobre
Je vous ai écrit une longue lettre par la Poste pour une petite fille que je vous prie de m'envoyer, Monsieur. Si vous ne l'avez pas reçue, mandez-le moi, je vous en prie, et pour lors je vous récrirai tout ce détail par une occasion plus sûre. Ne doutez jamais, je vous prie, des sentiments que j'ai pour vous.
A Paris, ce 13 décembre [1779].
Toujours bien des remerciments, Monsieur, je n'ai qu'une chose de plus à vous demander au sujet de la petite fille que vous m’enverrez. C’est qu'elle ait une bonne prononciation ct si, pour cela, il vous était nécessaire de la prendre d'un an où deux plus âgée, je m'en rapporte à vous absolument.
J'ai demandé à Darwine, de sellier, différentes choses, entre autres une voiture, des tapis. Je ne sais pas trop comment faire
venir tout cela, mais comme je n’en suis pas du tout pressé, si
(1) La clef dor de chambellan,
vous connaissez quelque occasion sûre, je vous serais bien obligé de la lui indiquer pour qu'il en profite.
Adieu, Monsieur. Je voudrais bien trouver quelque occasio# de vous rendre dans ce pays-ci les attentions que vous avez pour moi,
Paris, ce 12 février [1780].
J'ai reçu ce matin votre lettre, Monsieur, et je vous renouvelle mes remerciments. Saint-Denis (1), qui vous remettra ma lettre, doit revenir ici à Pâques ; il pourra peut-être me ramener la petite fille que vous voulez bien m'envoyer. Je ne vous cacherai pas que je suis un peu effrayé de la naissance de celle dont vous me parlez. Je crains que, quand elle aura été élevée avec soin, ses parents ne désirent la reprendre ou qu’il ne faille faire quetque chose pour sa famille qui me paraît bien nombreuse. J'en aurais préféré une absolument isolée, mais, si vous avez pris des précautions pour que celle-ci soit comme si elle n'avait pas de parents dans le monde, je n'en rapporte absolument à vous, Monsieur, et vous prie d’être persuadé de ma reconnaissance.
À Paris, ce 17 avril 1780.
Je ne sais ce que vous étes, si c’est un dieu ou un diable, mais il faut que vous soyez l'un ou l’autre, pour avoir trouvé le petit: ange que vous m'avez envoyé (2). Je sens que, je ne pourrai
() Marchand de chevaux, chargé par le prince de lui acheter un beau cheval anglais. (Genlis, Mém. III, 134)
(2) Anne ou Nancy Syms, dite Paméla, née le 28 février 1774 à Gander Bay, près de Fogo (Terre-Neuve), de William Brixey, capitaine de vaisséau marchand et de Mary Syms, fille de colon anglais. Abandonnée par son amant qui l’avait emmenée à Bristol (Angleterre), la mère se retira dans le Comté de Hants à Christchurch dont le R. Thomas Jeans, ancien chapelain de l’ambassade anglaise à Paris, était vicaire. C’est ce clergyman qui négocia avec Mary Syms la remise de l’enfant à son ami N. P. Forth, le 4 février 1780. Forth ui annoncée au duc en ces termes : « J’ai l’honneur d’envoyer à V. A. S. la plus jolie jument et la plus jolie petite fille de l’Angleterre. » (Genlis, Mém. III, 134.)
Sur le roman de Paméla et cette prétendue énigme de l’histoire, voyez ;
Jamais vous en lémoigner assez de reconnaissance, car il faut que vous vous soyez donné des peines incroyables pour trouver une aussi charmante créature et aussi semblable dans tous les points à ce que je vous l'avais demandée. Je voudrais bien qu” vous puissiez désirer quelque chose de ce pays-ci ; je vous assure que je n'aurai jamais de moments plus agréables dans ma vie que ceux Où je pourrai vous prouver toute ma reconnaissance. En attendant, ne doutez pas, je vous prie, Monsieur, de La sincère amitié que j'ai pour vous.
A Paris, ce 16 mai 1780,
J'espère que vous avez déjà reçu, Monsieur, tous mes remérciments de la charmante petite créature que vous n'avez envoyée. J'espère que j'en aurai bientôt d’autres à vous faire, car. je désirerais bien que vous pussiez faire obtenir un passeport à Jean Singleton que j'ai envoyé en Angleterre me chercher quatre juments de course pour qu’il pût revenir aussitôt qu'il les aura achetées et par Calais, sur un bâtiment parlementaire. Si cel était possible, j'en aurai facilement un (1) de notre Cour. Si vous pouvez me le faire avoir de la vôtre, je vous en serai bien obligé.
Vous pourrez peut-être fort facilement me faire gagner un pari dont il a été fort question aujourd’hui à dîner et qui n’a pas été terminé. On a pris pour juge le Club de Newmarket.
Voici l’énoncé du pari :
Quand on propose devant plusieurs personnes de parier tant, que telle chose est ou n’est pas, el qu'une personne a répondu
Gérald Campbell, Edward and Paméla Fitz-Gerald. Londres, 1904, in-8 ; Amédée Britsch, Mme Lafarge et le roi Louis-Philippe. La légende et l’histoire. (Le Correspondant, 10 avril 1913) ; J. Turquan et Lucy Ellis, La belle Paméla. Paris, 1923-1924, 2 vol, in-8. Ce dernier ouvrage, qui ne manque ni de verve, ni d’information, est gâté par le parti pris. L’auteur, mêlant l’authentique et l’apocryphe, et sollicitant jusqu’au texte des romans et nouvelles de Mme de Genlis, s’est évertué à nier l’évidence pour complaire, semble-t-il, aux descéndants de son héroïne.
(1) Un passeport ou laissez-passer.
s s ] 3 } 6 LETTRES DE LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH D ORLÉANS
à la proposition DONE (1), celui qui a proposé est-il engagé avant d’avoir répondu aussi DONE.
Si je pouvais par votre moyen savoir l'avis du Club, je me conduirais en conséquence (2). Adieu, Monsieur, je vous souhaite une bonne santé et d’ailleurs tout ce que, vous pouvez désirer.
Paris, ce 15 novembre 1780.
Vestris (3), que vous connaïssez fort bien, me prie de lui donner une lettre de recommandation. Je ne crois pas pouvoir le, recommander mieux qu’à vous, Monsieur, connaissant votre goût et votre manière d’obliger. Je profite aussi de cette occasion pour vous prier de m'envoyer, s’il vous est possible, l'extrait baptistaire ou de baptême de la petite fille que vous m'avez envoyée; et dont je ne saurais vous faire trop de remercîments, car elle est charmante. Si vous voulez bien y joindre un almanach pour. l’année 81, je vous en serai sensiblement obligé. Adieu, Monsieur, je‘voudrais bien vous être bon à quelque chose dans ce pays-ci.
A Paris, ce ? juin [1781].
Comme un étourdi, Monsieur, j'ai oublié de vous écrire pour vous prier de faire avoir des passeports à Thomas et à Singleton qui me ramènent des chevaux. Si vous voulez bien leur faire avoir aussi jun ordre pour qu’on leur donne trois vaisseaux en état de transporter trente ou quarante chevaux, je vous en seraù infiniment obligé. J'aurai un passeport de ce pays-ci pour qu’ils arrivent à Calais. Je connais par expérience votre obligeance, ce qui fait que je me suis adressé à vous, de préférence à tout au-
(1) Tope-là.
(2) « Par amour-propre trop circonspect, et peut-être avide en paris... » écrira du duc le prince de Ligne en 1798.
(3) Vestris cadet, le « diou de la danse » et son fils allaient, malgré la
guerre, se produire outre-Manche. Selon Bachaumont (28 février 1781), ils n’eurent pas toujours à se féliciter du public anglais,
rt, D:
A NATHANIEL PARKER FORTH fl
tre, Adieu, Monsieur, recevez, je vous prie, mes remerciments
sur les services que vous m'avez déjà rendus et sur ceux que
3 a A , ; « J espere que vous me rendrez encore, et soyez sûr que j'en serui toujours reconnaissant.
Paris, ce 27 juin [1781].
Je viens de faire faire, Monsieur, un dessin (1) de mes fülles, de Mme de Genlis et de ses filles, dans lequel vous verrez aussi le
portrait de la petite fille que vous m'avez envoyée, que Mme de
Genlis aime comme les siennes propres et dont je ne saurais trop
vous faire de remerciments parce qu’elle dst véritablement charmante, que je désirerais faire graver en manière noire par le meilleur graveur (2) de Londres. Je vous serai infiniment obligé de vouloir bien vous charger encore de cette commission. J’espère que vous voudrez bien vous charger d’arranger tout avec lui pour le prix et pour tout ce qui s'ensuit. Vous trouverez aussi un portrait de Mme de Genlis seule, que je désirerais qui fût gravé aussi.
Adieu, Monsieur, je vous importune souvent de mes commissions, mais aussi, c’est votre faute : pourquoi les faites-vous si bien ? Ne doutez jamais, je vous en prie, de la reconnaissance que j'en ai.
\ Je vous serai bien obligé de m'envoyer l'adresse du graveur que vous aurez choisi.
Villers-Cotterets, ce 26 juillet [1781].
Fitz-James (3) m'a fait part de votre lettre, Monsieur. Je dési-
(1) Par Sylvestre Myris, né vers 1750, selon les uns en Pologne, selon les autres en France de parents polonais, et attaché comme maître de dessin à l'éducation des enfants d'Orléans. La Harpe avait tourné un sèptain pour mettre au bas de cette estampe, intitulée la Gouvernante. (Corresp. littér. Paris, 1804, t. III, 247.)
(2) Valentin Green (1739-1813), le célèbre graveur de S. M. Britannique. (3) Jacques-Charles, marquis de Fitz-James, né à Paris le 26 nov. 1743,
d | ; 1 y a "8 LETTRES DE LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH D ORLEANS
rerais bien que vous fissiez graver celui de Mme de Genlis en manière noire aussi; quant au prix, je m'en rapporte à vous absolument. Si vous voulez bien faire dépêcher un peu les graveurs, je vous. en serai bien obligé.
Adieu, Monsieur, je voudrais bien pouvoir vous être bon à quelque chose dans ce pays-ci, pour reconnaître toutes vos obligeances pour moi.
Paris, ce 12 février [1782].
Je serai certainement charmé, Monsieur, de vous voir à Parts. Je n'ai dans ce moment-ci rien à vous demander d'Angleterre: Je vous serai seulement bien obligé si vous pouvez me rapporter, le DESSIN DE LA PLUS GRANDE GRAVURE parce que je voudrais y changer une des figures, l’une de mes filles étant morte (1) et ne désirant par conséquent plus avoir son portrait, je voudrais: voir s’il est possible de mettre autre chose à la place. Si cela ne se peut pas, je vous prierai de dire que j'y rénonce absolument.
Je suis bien fâché de n'avoir dans aucune de mes maisons urt appartement à vous proposer, j'espère que vous vous logerez près du Palais-Royal et que je vous verrai souvent. Vous pouvez être sûr que je ne parlerai point de votre arrivée (2). Je vous prie, Monsieur, d’être persuadé du plaisir que j'aurai à vous voir et à vous être utile dans ce pays-ci.
N'oubliez pas, je vous prie, de me rapporter le dessin de la plus grande gravure. Recevez, je vous prie, mes remerciments des superbes boucles (3) que vous m’avèz envoyées, elles sont admirables et font l’étonnement de tout le monde.
marié le 26 décembre 1768 à Marie-Claudine-Sylvie de Thiard et l’un des familiers du prince.,
(1) L’aînée des jumelles, Mile d'Orléans, décédée le 6 février 1782.
(2) Forth devait venir à Versailles en mission secrète. Le 14 mars 1782, il passait une heure et demie dans le cabinet de Vergénnes.
(3) Boucles pareilles sans doute à celles qu'avait lancées le prince di Galles (Thackeray. Les quatre Georges, trad. Le Foyer, Paris, 1869, p. 141).
à À NATHANIEL PARKER FORTH ÿ $
LE puc À MME For“.
À Paris, ce 2 avril[1782].
Je ne sais, Madame, comment vous témoigner ma reconnaissance de toutes les jolies choses que M. Forth n’a remises de votre part. La bassinoire fait l'admiration et l’étonnement de tout ce pays-ci. Je voudrais bien qu'il produisit quelque chose qui pût vous plaire, Comme je crois que ce qu’on y fait le mieux est la porcelaine, j'espère que vous voudrez bien en accepter quelques pièces qui m'ont paru assez agréables parce qu’elles réunissent la collection des oiseaux, d’après l’ouvrage de M. de Buffon. Ils n’y sont pas encore tous, mais j'aurai soin qu’elle soit complète, à mesure qu’ils paraîtront. J'espère, Madame, que vous voudrez bien me donner de vos nouvelles et me croire votre très humble serviteur.
Voudriez-vous bien, Madame, dire bjen des choses pour mot à M. Forth et lui annoncer qu’il recevra bientôt un gros paquet de moi et que je le prie de me faire savoir à qui il faut que je l'adresse à Douvres pour qu’il lui arrive sûrement.
LE buc A N, P. FoRTH, Paris ce 26 juillet [1782].
Vraisemblablemènt, Monsieur, je me suis mal expliqué avec vous, car vous me supposez un plan de conduite et une manière de vivre qui n'est point du tout celle que je compte avoir. Entre autres choses, vous croyez que j'irai à Londres pour y briller. Ce n’est point du dout là mon projet. La maison que je vous ai prié de me chercher était, à ce qu’il me semble, une maison de cinq à six mille livres de loyer avec les meubles, et par conséquent d'environ quarante mille écus d'achat, si vous trouviez plus facilement à acheter qu’& louer. J'aurais cependant préféré ce dernier. C’est exactement un pied-à-terre que je désire avoir
à Londres, où je puisse arriver de Paris quand bon me semble, et n'avoir à rendre compte de ma conduite à personne.
Vous voyez que cela est bien loin de vouloir tenir un grand état et recevoir tous les princes et seigneurs. Mais, pour vous rendre com,-e de tous mes projets, ayant une fois ce pied-àterre, el y ayant passé quelque temps pour me mettre un peu au fait du pays, pour lors il sera possible que je loue de temps. en temps une grande maison pour y tenir l’éclat dont vous parlez, y recevoir M. le Duc de Chartres (1) et peut-être mes enfants.
Mais ce que je désire à présent est exactement un trou et rien de plus, un trou cependant où je désire avoir, ou au moins fort à portée, des écuries pour douze chevaux et comme je vous a dit, donnant SUR UNE PROMENADE. 1l m'est absolument égal qu'il soit dans le quartier des gens de bon ton.
Vous voilà, j'espère, bien au fait de mes projets pour P'Angleterre, de mes désirs pour mon établissement dans ce pays. Ainsë je suis tranquille. D'ailleurs tous les arrangements à faire entre vous et moi ne seront pas difficilas, car il y a longtemps que je connais vos soins et vos attentions pour moi et que j'espère que vous ne doutez pas du désir que j'ai de vous en REOUEER ma, reconnaissance. û
Ce n’est pas tout. Vous devez vous ressouvenir que,, quand vous êtes venu à Paris, je vous ai prié de m'envoyer encore une petite fille. Je ne me flatte pas qu’elle sera aussi gentille que Paméla. Mais, choisie par vous, elle sera sûrement bien. Je voudrais l’ävoir au mois de mars prochain et voici les choses essentielles qu’il faut qu’elle ait absolument : <
6 ans passés, c’est-à-dire entre 6 et 7 ans,
blonde ou brune, cela est égal, mais pas rousse,
el, par-dessus toutes choses, blanche,
ne sachant point le français du tout. re
Je me meurs de peur que vous ne vous repentiez de faire st bien mes commissions, car je sens que j'en abuse par trop. Aussi
(1) Il voyageait d’ordinaire incognito sous le nom de comte de Joinville. \
À NATHANIÉL PARKER FORTH il
je vous en demande mille pardons, Monsieur, mais J'espère que vous me mettrez un jour à l'épreuve et vous verrez que je ferai toujours ce qui pourra vous être agréable avec bien du plaisir.
Adieu, Monsieur. Voudriez-vous bien. vous charger de mes compliments pour Mme Forth et de lui dire que je suis honteux qu'elle n'ait pas encore la porcelaine. Mais les ouvriers de ce pays-ci ne finissent point.
Je vous dois, à ce que je crois, 100 louis. Faites-moi dire À QUI VOUS VOULEZ que je les remette.
Envoyez-moi, je vous en prie, ur plan de Londres.
[Début d'août 1782].
Lettre demi-dictée, demi-écrite.
Votre dernière lettre m'est arrivée hier, Monsieur, et je n'ai aucune connaissance de la première. Vous auriez déjà reçu la porcelaine, si un petit changement que j'ai commandé ne l’avait empêché d’être finie aussi promptement que je le croyais. Vous ne pouvez même pas l'avoir encore d’ici à un mois ou cinq semaines. Je vous suis bien obligé des boules et vous prie de me les envoyer aussitôt que vous pourrez. Quant à la maison pour [mon ami] elle est un peu plus chère qu’il ne le désirait, mais il passera par là-dessus et la gardera volontiers, si elle est auprès d’une promenade. Je vous serai bien obligé de me mander où elle est et de m'envoyer, si cela est possible, un plan de Londres détaillé (ce que l’on ne trouve point à Paris) avec l’endroit où elle est marqué dessus.
Je crois que c’est un pur hasard si je n’ai pas reçu votre première lettre et que vous pouvez nécrire tout simplement, en toute sûreté.
[De sa main]. Comme j'étais dans le bain, j'ai dicté le commencement de ma lettre. Quant au remboursement, je désirerais qu’il ne se fit pas en une fois et en tout ; je vous avouerais que j'aurais mieux aimé louer qu’acheter.
Cependant j'attends le plan et votre réponse pour nven réjouir tout à fait ou vous prier de prendre d'autres arrangements.
Adieu, Monsieur, bien des compliments à Mme Forth. Tout le monde parle de paix ; ainsi j'espère que je me trouverai bientôt en Angleterre. Répondez-moi, je vous en prie, le plus tôt que vous pourrez. |
Paris, ce 8 août [1782]. :
J'espère avoir bientôt de vos nouvelles, Monsieur ; tout le monde reparle ici de paix plus que jamais. On ne doute pas qu’elle ne soit faite cet hiver. Ainsi je désire par conséquent mon petit pied-à-terre. Je vous prierai de n’en point parler à Monsieur Ducrest, si vous le voyez, qu’il ne vous en parle. Ce Monsieur Ducrest est un homme que j'aime beaucoup ; il est frère de Mme de Genlis, il va en Angleterre pour la santé de sa femme (1). Je lui ai donné votre adresse comme celle de l’hommz le plus obligeant que je connaisse et qui pourrait lui être le plus utile. Je vous le recommande, Monsieur, et vous prie de ne pas douter de toute mon amitié.
Ces vilains faiseurs de porcelaine n’ont point encore fini ; ils me la promettent cependant pour dans huit jours. \
Paris, ce 15 août [1782],
Je réponds, Monsieur, à la lettre que vous m'avez écrite en date du 27 juillet (et que je n'ai reçue, je ne sais par quel événement, qu'il y a quatre jours) article par article :
1° Les meubles 2.000 louis, à jugement d'experts ou jurés. Je ne m'en soucie point. Les experts ou jurés, dans ce pays-ci, sont obligés de prendre au prix de leurs estimations. J'imagine
(4) Charies-Louis Ducrest, né le 28 avril 1747, avait épousé le 12 février 1775 Marie-Louise-Bonne-Alexandrine de Canouville dé Raffetot. Elle mourut-à Nice le 24 octobre de cette année 1782, dans sa vingt-sixième année, laissant un fils César, qui sera élevé à Bellechasse avec les princes.
que les mêmes règles existent en Angleterre, Je ne veux point de ces meubles, aimant mieux les choisir, quitte à payer plus cher.
2° La maison, quoiqu'elle soit plus chère que je n'avais d’abord imaginé, j'en suis enchanté, vous en fais mes remerciements, comme vous l'aviez prévu et la garde avec plaisir, en vous priant cependant de me faire dire pour combien de temps est le bail, le n° de la maison, etc sans quoi, en affaire, on ne sait à quoi s’en tenir.
Me voilà donc avec une maison dans PORTLAND PLACE (1) LOUÉE 350 LOUIS PAR AN. J'attends de vous une lettre pour savoir combien de temps je puis compter sur cette maison. Sans meutbles (je me fais un plaisir de les choisir en arrivant à Londres). Il me reste à savoir de quelle manière je dois payer le loyer de cette maison, quelles en sont les taxes et vous prier de vouloir bien y mettre un concierge, jusqu'à ce que j'aie pris quelques arrangements à cet égard. Quant à ce que je vous dois d’ailleurs, nous arréterons notre compte quand bon vous semblera, Je connais trop votre obligeance et votre honnêteté pour m'en embarrasser un moment. Vous connaissez ma reconnaissance de toutes vos attentions, au moyen de quoi je suis parfaitement tranquille et attends votre réponse à celle-ci, en même temps que celle aux deux dernières que je vous ai écrites, en vous priant toujours de faire bien des compliments à Mme Forth,
Paris, ce 18 août [1782].
Plus j'ai de relations avec vous, Monsieur, et plus je m'attache & vous, plus je vous donne de commissions et plus je vois qu'il est agréable de vous en donner. Ainsi, si je vous importune beaucoup dorénavant, c'est votre faute : pourquoi m'avez vous donné tant de satisfaction ?
; ) N° 35. Forth y habita lui-même, d’accord avec le prince, d'octobre 1782 à octobre 1788,
Tout ce que vous avez fait jusqu'ici pour les gravures mé paraît parfait ; faites d’ailleurs tout ce qui vous conviendra. J'ai une confiance aveugle en tout ce que vous ferez, je suis payé pour cela. Si vous voulez bien tirer l'argent qui vous sera nécessaire sur M. Perrégaux, (1), banquier à Paris, je vous en serai bien obligé, je vais le prévenir en conséquence. Quant à. ce que vous a proposé un marchand d’estampes pour les plaques, je ne m’oppose point du tout à ce qu’elles soient vendues, après que j'en aurai eu une certaine quantité d'épreuves ; au contraire même ! car l'artiste qui a fait le dessin n’a demandé en grâce de les laisser vendre pour sa réputation et je serais charmi de lui faire ce plaisir. Ainsi vous ferez sur cela tout ce que vous jugerez convenable. JE MEN RAPPORTE A VOUS absolument comme SUR TOUTES AUTRES CHOSES, je! vous le répète encore, et vous prie d’être également persuadé, Monsieur, de toute mon amitié et de la reconnaissance que j'ai des. soins que vous voulez bien prendre pour moi.
A Saint-Leu (2), ce 25 août [1782].
Vous devez avoir reçu, Monsieur, à présent une lettre de moi où je vous mande, avant d’avoir reçu les derniers détails que’ vous me faites par celle-ci, que je suis charmé de la maison que vous m'avez louée, que je vous prie seulement de me défaire des meubles, si cela vous est possible ; si cela ne vous l'est pas, je les garderai, le mal ne sera pas bien grand. J'aurais mieux aimé les choisir moi-même, quitte à les payer un peu plus cher, comme je vous le mandais, parce que je suis persuadé que les
(1) Alphonse-Claude-Charles-Bernardin Perrégaux, mort comte et sénateur de l’Empire en 1808. Venu très jeune de Neuchâtel (Suisse) à Paris, il dirigeait alors une banque considérable qui résista à la Révolution, reprit
de plus belle après le 18 brumaire et devint ensuite la maison Jacques Lafitte et Cie.
(2) St-Leu-Taverny, à 19 km. au nord de Paris, « maison charmante », aujourd’hui détruite, que le duc de Chartres avait achetée pour ses enfants
qui y passaient chaque année la belle saison avec Mme de Genlis. (Mém. III, 154). L
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meubles, ainsi que les femmes, il faut les prendre selon la fanlaisie du moment. Voilà la seule objection que j'ai à faire et à laquelle je ne tiens pas beaucoup d'ailleurs.
Recevez tous mes remerciments. Je suis enchanté de la position de la maison ; tout ce qu'il y a d'anglais ici n'a dit que c'était un quartier tout neuf. Envoyez-moi, je vous prie, le plus tôt que vous pourrez, les plans de Londres.
Quant à l’arrangement que, vous me proposez, je l’accepte avec grand plaisir, à cela près de la clause de payer un tiersi et les fræis, Vous me ferez grand plaisir d’y loger quand vous viendrez à Londres ; outre la satisfaction que j'aurai de vous rendre ce petit.service, j'aurai celle d’être sûr que ma maison sera bien tenue et bien entretenue. Je me servirai avec plaisir. des meubles que vous y aurez mis, dans le premier moment de! mon arrivée, en attendant que j'ai fait les acquisitions nécessaires à un ménage, Car je veux arranger cette maison de manière que j'y arrive de Paris, comme j'arrive à Monceau : c’est une de mes fantaisies que l’on trouvera peut-être extraordinaire, mais n'importe ! Voilà donc une affaire terminée et bien entendue entre nous. Il ne me reste plus qu’à signer le bail que jà vous prie de passer pour moi, sous le nom de Louis-Philippe- Joseph, Comte de Joinville. Vous me ferez savoir ce qu’il est nécessaire de faire pour cela, et, si L. P. J. Joinville a besoin de: caution, j'espère que vous voudrez bien lui en servir.
Adieu, Monsieur, vous ne me parlez plus de mes boules. Je serai cependant bien aise de les avoir, ainsi que la petite fille, pourvu toutefois que vous ne vous fassiez pas lapider pour cela. Vous connaissez l'amitié que j'ai pour vous et par conséquent la part que je prends à ce qui vous arrive d'heureux. J'espère que Mme Forth est rétablie à présent. Je vous prie de lui faire mes compliments. |
[Début de septembre 1782).
Monsieur Grecn m'a parlé d'un arrangement à faire pour ?c changement que je désire qu’il fasse à la gravure de mes deux
filles. Il n'a dit que celui que lui avait expliqué M. Myris lui serait fort incommode à faire ; je comprends bien que, comme cela lui donnera beaucoup plus d'ouvrage, il faudra lui donner plus que nous n’en n’étions convenus.
Je m'en rapporte & vous sur l’arrangement qu'il y a à faire avec lui pour cela et je lui ai dit que je vous en écrirais ; ainsi tout ce que vous ferez sera bien fait. Je vous demande seulement de lui faire faire les changements nécessaires, d’après le dessin que: je vous enverrai, en convenant avec lui de ce qu’il faudra lui donner de plus pour sa peine.
Adieu, Monsieur, j'attends de vos nouvelläs avec impatience. Vous devez avoir reçu unc lettre de moi, il y a fort peu de jours, datée du 25.
Paris ce # octobre 1782.
La manufacture de Sèvres m'a enfin envoyé, Monsieur, une partie de la porcelaine dont je vous avais parlé, il y a déjà si longtemps (1). Comme il n'y «a qu’un homme qui peint ces sortes d'oiseaux, ils disent qu'ils ne peuvent pas aller bien vite dans ce genre-là. D'ailleurs ils ont été obligés de tout quitter pour fournir les présents que M. le Comte d'Artois a fait à son pissage. à Madrid (2), ce qui fait qu’ils n’ont pu m'en donner davantage. Je l'ai adressé, ainsi que vous me l’aviez marqué, à Monsieur Peter, consul anglais à Ostende, pour vous la faire remettre. Elle doit être partie aujourd’hui.
J'ai fait part de votre lettre à Mme de Genlis qui est enchanlée. Elle me charge de vous demander si cela ne vous incommoderait pas beaucoup de la garder jusqu'au mois de janvier ou de février, parce qu’elle r'aura pas de quoi la loger com modément avant ce temps-là. Cette demande n’est, comme vous
sentez bien, que dans le cas où cela ne vous dérangerait pas du
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(1) Du 39 sept. 1792, — Livré à Mgr le Duc de Chartres : service fond bleu céleste pointillé, oiseaux d’après M. de Buffon. (12 compotiers, 2 beurriers, 2 seaux à glace, 1 jatte à punch et mortier) contre facture de 1836 livres,
| acquittée le 15 mai 1783. (Arch. Manufact. de Sèvres).
(2) Le frère du Roi se rendait au camp de Gibraltar,
A NATHANIEL PARKER FORTH à 17
tout. Ainsi mandez-moi tout franchement si vous le pouvez et, si vous ne le pouvez pas, au juste dans quel temps vous comptez l'envoyer.
Quant aux meubles, je vous avoue que j'ai toujours la méme répugnance pour les avoir et que, si vous pouvez m'en défaire, vous me ferez plaïsir.
J'ai fait un pari que je crois que j'ai perdu Mais n'importe, je veux être condamné dans les règles, et pour cela, je vous! Prierai de me mander, après avoir pris des renseignements sûrs, quel était l'armement du RAINBAU, vaisseau de cinquante canons, qui à pris une de nos frégates appelée l'HÉBÉ, combien d'hommes d'équipage et le calibre des canons. Adieu, Monsieur, recevez encore tous mes remerciments. Je pars pour aller me promener en Italie, pendant trois mois environ ; ainsi, je vous serai bien obligé de ne m'envoyer tout ce que je vous ai demandé (excepté les plans de Londres que je n'ai pas encore reçus et que je voudrais bien avoir) que vers la fin de janvier.
Voulez-vous bien vous charger de mes compliments pour Mme Forth et me mander si elle a été contente de la porcelaine. Je désire bien qu’elle lui plaise ; si elle avait quelques commissions à me donner pour l'Italie, je m'en chargerais avec bien du plaisir, |