‹ Lettres de L.-P.-J. d'Orléans duc de Chartres à Nathaniel Parker Forth (1778-1785): Publiées avec une introduction et des notesChapitre 9 sur 19 · MME DE GENLIS A N. P. FORTH · texte numérisé non relu

MME DE GENLIS A N. P. FORTH

Trouvant une excellente occasion, Monsieur, pour faire venir la petite fille que vous voulez bien me destiner, je vous supplie d’avoir la bonté de la remettre & la femme de chambre de Madame Swinburne (1) qui l’amènera à Paris. Permeilez-moi, Monsieur, de profiter de cette circonstance pour vous remercier, ainsi que Mme Forth, des soins que vous avez bien voulu prendre l'un et l’autre, relativement à cette enfant. Ma chère petite Paméla

(1) Henri Swinburne (1743-1803) voyageur et archéologue, quatrième fils d’un baronnet catholique du Northumberland, avait été élevé en France, à l’abbaye de La Celle en Brie. Il avait épousé en 1767 Martha Baker qu’il avait rencontrée à Paris, catholique comme lui et ancienne élève des Ursu-

lines. Le ménage, fort bien aceueilli dans les cours catholiques du continent, séjournait volontiers dans le midi de la France ou en Italie.

est encore un sujet de reconnaissance et je sens tous les jours plus vivement tout ce que je vous dois à cet égard. Si vous avez des commissions à donner dans le pays que j'habite, je vous demande la préférence, je les exécuterais avec autant de plaisir que de zèle,et d’empressement.

M. le duc de Chartres est parti pour l'Italie ; il sera à Rome depuis le 16 de ce mois jusqu’au 7 janvier. Il sera le 12 de janvier à Venise. J'ai l'honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.

DUCREST COMTESSE DE GENLIS de Belle-Chasse, ce 10 novembre 1782.

Paméla me prie d’avoir l'honneur de dire & Mme Forth que she loves her with all her heart and kisses her thousand times.

Le Duc À N. P. FORTH.

Paris, ce 22 novembre [1782].

Je vous envoie, Monsieur, une lettre du dessinateur où il y a quelques corrections qu’il désirerait que le graveur fît à son dessin. Je vous serai bien obligé de la faire traduire et de lui envoyer. Il était impossible d’en choisir un meilleur, à en juger d’après les gravures que vous m'avez envoyées, qui sont superbes (1). Je suis bien fâché que le Monsieur qui me les a apportées n'ait pas eu besoin de moi dans ce pays-ci ; je lui aurais rendu Service avec bien du plaisir, d’après l'intérêt que vous y prenez. Mais je n’en ai pas entendu parler depuis. Il a remis chez moi les gravures pendant que je n’y étais pas et n’a point même laissé son adresse, ce qui fait que je n'ai pu le remercier. Adieu, Monsieur, je vous remercie bien de toutes les peines que vous prenez pour moi ; j'ai bien de l’impatience de vous voir pour vous le dire moi-même.

() Le prince se connaissait en gravure ; il avait lui-même essayé de buriner d’après les dessins de Carmontelle, (Bibl. Nat. Est, Album des Amateurs.)

MME DE GENLIS À N. P. Fort.

Je ne puis vous dire, Monsieur, à quel point je Suis pénétrée du triste détail que vous me faites et de tout l'embarras qu’il vous a causé : recevez tous les remerciments que je vous dois et soyez persuadé de toute ma reconnaissance. Je désirerais bien sincèrement que vous voulussiez la mettre à l'épreuve. Je trouverais un grand plaisir à vous prouver combien elle eist vraie.

Ma fille cadette (1), & laquelle cette pauvre enfant était destinée, ne se console pas de son accident. Elle s’en regarde comme la cause innocente, puisque, si on n’eût pas dù la lui envoyer, elle n'aurait pas été inoculée. En conséquence, le premier mouvement de ma fille a été de me demander de la faire toujours venir, afin, dit-elle, qu’elle püt la soigner et la rendre aussi heureuse qu'elle peut l'être. Cette humanité dans une jeune personne de quinze ans n'a pu que me causer une extrême satisfaction. Cependant la raison m'obligeait & me refuser à cette demande. Alors ma fille m'a priée de permettre qu’elle fit sur ses menus plaisirs une pension de cinquante écus à la pauvre petite, ce qui n'a paru très naturel. J'ai l'honneur, Monsieur, de vous envoyer la première! année de cette petite pension que je vous supplie de faire passer sur-le-champ à la mère de l'enfant. En outre, je vous demande en grâce de faire voir cette enfant aw pius habile oculiste de Londres, et, si l'on peut lui conserver l« vue et quérir l'œil malade qui lui reste, je paierai avec gran® plaisir les soins de l’oculiste.

Et, lorsque mes affaires seront arrangées, j'augmenterai sürement la petite pension que ma fille fait à cette pauvre enfant. Vous pouvez, Monsieur, le faire dire à sa mère et de plus, qu’indépendamment de la pension, je lui enverrai certainement d'ici & cinq ou six mois un secours extraordinaire qui n'aura rien de commun avec la pension et qui pourra monter au moins & quinze

ou vingt louis.

(1) Pulchérie ou Péky, née en 1767, mariée le 3 juin 1784 à Cyrus-Marie Alexandre de Timbrune, comte de Valence,

Je suis touchée au delà de l'expression, Monsieur, de la bonté que vous avez de vouloir bien chercher encore une autre enfant, mais, de grâce, qu’elle soit également saine et jolie, afin que nous ne retombions pas dans le malheur que nous avons éprouvé. Permettez-moi, Monsieur, de vous renouveler encore, ainsi qu'à Mme Forth, mes sincères remerciments et l'assurance des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.

DUCREST COMTESSE DE GENLIS de Belle-Chasse, ce 4 janvier 1783.

LE puc À N..P- ForTx.

Paris, ce 6 mars 1783.

J'ai vu, Monsieur, par la lettre que vous àvez écrite à Mme de Genlis que je devais en avoir reçu plusieurs de vous. Je n’en ai eu aucune connaissance ; apparemment qu'elles auront été perdues ou que l’on n'aura pas voulu que je les reçoive. Cela est égal à présent.

Je ne puis rien vous mander de positif à l’égard des projets : que j'ai de voyager en Angleterre. J'espère bien y aller faire ur ”

petit voyage dans le courant du printemps ou de l’été, mais je ne suis pas encore décidé sur le temps. Cela dépend de beaucoup de circonstances qui sont encore fort douteuses, Mandez-moi seulement, je vous prie, à qui il faudra que j'adresse les personnes que je voudrais envoyer dans la maison que vous m'avez louée. Je désirerais le savoir plus tôt que plus tard, parce qu’il y a quelqu'un de ma connaissance qui va en Angleterre dans une quinzaine de jours que je serais bien aise qui pût y loger. Ainsi, j'espère que vous me ferez dire à qui il faut qu’il s’adresse, si par hasard vous n'étiez pas à Londres dans le moment de son arrivée.

J’ai vu avec bien du plaisir que vous et Mme Forth étiez contents du service que je vous ai envoyé. Je suis fort étonné que

vous n'en ayez pas reçu davantage et vais m'occuper qu'il soil

complété le plus tôt possible, Adieu, Monsieur, vous connaissez

mon amitié pour vous et le plaisir que j'aurai de vous voir. J'atends votre réponse avec impatience.

Paris, ce 23 avril [1783].

Je compte avoir le plaisir de vous voir bientôt à Londres, Monsieur, mais pas pour aussi longtemps que je le désirerais car des affaires que j'ai ici nvobligent d'y être revenu à la fin de mai (1). Ainsi j'aurai tout au plus trois semaines à passer à Londres. J'espère m'en dédommager l’année prochaine. Smith, que vous connaissez, vous remettra ma lettre. Je lui ai défendu de dire à d’autres qu’à vous que j'allais arriver. Ainsi j'espère que vous me garderez le secret et que l’on dira que j'ai prêté ma maison à des Français qui vont y venir loger pour quelques jours seulement. J'ai bien de l’impatience de me trouver à même de vous remercier moi-même de toutes les peines que vous vous êtes données pour moi. Je ne vous dis pas le temps précisément parce que je ne le sais pas positivement, mais vous pouvez être sûr que je ne serai pas une heure dans Londres sans vous le faire dire, comptant toujours que vous m'en garderez le secret. Adieu, Monsieur, au plaisir de vous voir bientôt, j'espère.

Je vous serai bien obligé, Monsieur, de remettre au porteur du présent billet 60 guinées ou de les lui faire remettre par le correspondant de M. Perrégaux, dont je ne suis pas le nom. J'espère dans peu avoir Le ‘plaisir de vous voir à Paris.

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