LUI
A Madame Anisson du Perron,
Coppet, 5 décembre 1827.
Chère Sophie, Victor a tant à faire que je t'écrirai moi-même un mot, quoique j'en aie peu la force. Ne me fais pas parler de ma douleur, chère amie *, tu la comprends, tu sais ce que c'est qu'une union fraternelle, et la nôtre était bien rare. Conçois-tu Tespèce de fatigue d'exprimer ce qu'on éprouve de déchirant? Mais je me sens pressée d'exprimer que la grâce de Dieu me soutient, que je reçois la
1. M. Auguste de Staël venait de mourir après quelques mois de mariage et avant la naissance de son enfanti Madame de Broglie, partie pour le voir sur la nouvelle de sa maladie, était arrivée trop tard.
vérité des promesses de TÉvangile que Dieu se révèle aux cœurs qui souffrent et qui le cherchent. Je voudrais que mes souffrances puissent servir à amener ceux que j'aime vers cet Évangile qui nous sauve. Les douleurs de cette maison sont affreuses. Chère amie, pardonnemoi de n'en pouvoir parler. Ma sœur * est déchirante, et douce et soumise comme un ange. Sa mère est une martyre, mais tous nous sommes enfants de Dieu, tous nous savons qu'il nous aime, tous nous voyons Auguste dans son sein. Mademoiselle Randall vient d'être malade de fatigue et de peine; cela a été un surcroît, mais je suis sans inquiétude aujourd'hui. L'enfant est bien, Dieu l'a protégé. Adieu, chère amie, si je pouvais te faire comprendre la douceur que je trouve dans ma foi au milieu de ma peine. Je t'embrasse et je t'aime de toute mon âme.