‹ Lettres de la duchesse de Broglie-- 1814-1838Chapitre 17 sur 33 · Sa belîe-sœur, madame Auguste de Staël · texte numérisé non relu

Sa belîe-sœur, madame Auguste de Staël

iCO LETTRES HE LA DUCMESSE DE nROGLIE.

A M. Guizot.

Coppet, 19 décembre 1827.

Cher ami, j'ai toujours voulu vous écrire sans le faire. Victor vous a écrit, cela vaut mieux. Vous allez le revoir, cela vous fera plaisir; je suis bien aise qu'il se distraie, ce séjour a été si triste. Il y a pris de l'oppression; j*espère qu'il en sera débarrassé pour la session, car c'est incommode. Il vaut mieux ne pas parler à Victor de son oppression, s'il ne le fait pas lui-même, car, n'y pas penser, est ce qui sert le mieux. J'attends ici que mademoiselle Randall, qui va bien, soit en état de partir : ce sera dans huit ou dix jours. Vous avez, je sais, une amie bien malade, cela doit vous être particulièrement douloureux. C'est une excellente personne, et qui a été avec vous dans toutes vos douleurs; les liens d'affection

commune sont bien puissants. J'en avais tant de ce genre avec Auguste. Il y a des choses qui ne sont plus sur la terre que dans mon cœur aujourd'hui ; il y a mille détails inconnus à tous, et cela me cause une sensation de solitude, quoique je me sente encore bien entourée, quoique j'apprécie plus vivement que jamais tout ce que j'ai. Mais la douleur d'Adèle * fait disparaître la mienne à mes propres yeux. C'est une vivacité et une continuité bien rarement ou presque jamais réunies; son esprit est aussi concentré dans sa peine que son cœur. C'est affreux, cela fait bien sentir qu'il faut appeler les idées à son secours, car la pauvre créature humaine succombe sous les sentiments. Cependant elle est loin de succomber; une piété profonde, un sentiment de devoir très énergique sont de grands appuis. Comment souffrent ceux qui ne croient pasi Ce sont des choses qu'on ne comprend pas, ou plutôt ne naît-il pas toujours une foi chez ceux qui souffrent réellement I Cela est probable. Son mari a laissé un Évangile tout crayonné; et

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