‹ Lettres de la duchesse de Broglie-- 1814-1838Chapitre 18 sur 33 · Adèle Vcrnety veuve de M. Auguste de Staël · texte numérisé non relu

Adèle Vcrnety veuve de M. Auguste de Staël

cela a été le soutien unique d'Adèle; elle n'a pas perdu ce sentiment de la bonté de Dieu que sa mère a si fort, et que souvent uiie violenle douleur ébranle. Je Tai plus que jamais, ce sentiment, par la grâce de Dieu; j'ai aussi le besoin de bien comprendre et mettre à profit tout ce qu'un tel événement m'enseigne. Cher ami, je ne vous parle pas d'autre chose, et cependant il y en a de bien importantes; j'y penserai plus tard; mais il me semble que je ne suis pas encore appelée à le faire, et je ne songe qu'au regret qu'Auguste n'ait pas eu cette occasion de manifester tout ce qu'il était. Et pourtant, je sais qu'il a aujourd'hui une gloire pure et éternelle. Votre article m'a bien touchée. Mille choses à tous les vôtres ; vous-même, vous savez combien je vous aime. Remerciez de ma part M. Duchatel, qui m'a écrit.

A M. Guizot.

Broglie, ce 4 août 1828.

Je vous remercie, cher ami, ainsi qu'Élisa de vos bonnes lettres, et surtout de votre promesse de nous arriver bientôt. Il me semble qu'il est inutile d'écrire de longues lettres; je n'ai rien de nouveau à écrire; j'aurais de ces choses à dire qui sont faites pour de longues causeries, mais non pas pour s'écrire de loin. Au lieu de tout cela, on me fait grand plaisir en m'écrivant des nouvelles, en me tenant au fait de ce qui se passe. Victor travaille à force à un article sur la peine de mort qu'il vous destine, et qui, à ce qu'il me semble, sera bien distingué. Nous avons ici madame de Caslellane qui s'accommode assez bien de notre vie, quoiqu'elle soit régulière comme de coutume, et que, de plus, nous soyons tous un peu

ir»4 LETTRES DK LA DUCHESSK DE BROOLIE.

abattus. Mais elle s'arrange de tout cela très doucement. Elle voudrait bien être encore ici quand vous viendrez; moi, je voudrais que cola fût le plus tôt possible. Je le désire pour moi-même, et puis, je le désire aussi vivement pour Victor; vous savez comme vous lui êtes nécessaire, et que son esprit n'a pas sa satisfaction sans le vôtre. Notre existence tranquille me plaît toujours beaucoup. Broglie est plus joli que jamais. J'ai beaucoup pensé à vous pendant ces jours si tristes pour vous tous; je puis dire aussi pour moi, car elle était une amie bien précieuse, et fait partie de ce passé dans lequel je vis beaucoup.

L'expédition de Grèce me paraît admirable; je voudrais bien avoir vingt ans, être un homme et y aller; c'est une superbe destinée! Adieu, cher ami, je vous quitte pour écrire un mot à votre mère. Je vous attends tous avec une bien vive impatience; il me semble que nous sommes incomplets à Broglie sans vous; j'espère un long séjour, et je me repose doucement sur cette pensée. Mademoiselle Randall est toujours arrêtée dans ses mouvements; mais elle en prend son parti avec une

admirable patience. Adieu, très cher ami, vous venez.

A M. Guizot.

Broglie, 8 août 1828.

Il y a déjà quelque temps, cher ami, que je croyais ce que vous m'annoncez *; je voulais vous en parler si je l'avais osé, et vous dire une chose qui vous aurait été douce, mais qui vous le sera de même aujourd'hui. Dans une conversation que j'eus avec votre femme, la seule où elle me parla tout à fait de sa fin, . elle me dit positivement qu'elle souhaitait que \ vous vous mariassiez; elle me répéta plusieurs fois qu'elle chargeait vos amis de vous le dire ; qu'à votre âge vous ne pouviez renoncer au bonheur, et qu'elle avait le besoin que vous en

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