Le mariage de M. Guizot avec mademoiselle Élisa Dillon
eussiez encore. Ce fut une commission positive qu'elle me donna, et si vous m'en eussiez donne l'occasion, je ni'en serais acquittée plus tôt. Elle ajouta que son rêve le plus cher avait toujours élé d'être longtemps malade, et de connaître à fond la personne qui prendrait sa place, de la suivre d'avance, et de prévoir qu'elle la remplacerait. Elle n'a point nommé Élisa, mais il est bien clair qu'elle y pensait. Vous savez sûrement tout cela, mais vous en aurez une assurance de plus. Certainement, dans le lieu où elle est aujourd'hui, il n'y a plus aucune jalousie, rien d'exclusif, et ceux qui y habitent sont comme les anges de Dieu ; mais il est doux de penser que, même sur celte terre, elle était arrivée là par la hauteur de son âme. Sans doute, nous communiquons avec ceux qui ne sont plus, ils en savent long sur notre pauvre cœur; mais cette pensée ne nous effraie point, car, en leur supposant la connaissance entière comme Dieu, nous leur supposons aussi son infinie pitié. Aucune union ne me présente plus l'idée d'accord et de bonheur f je ne voyais aucune destinée complète pour Élisa hors celle-là, et elle seule pouvait
VOUS rendre le bonheur. Oui, cher amî, Dieu vous traite avec grande bonté; pourquoi s'inquiéter pour savoir si cela est juste ? il vaut bien mieux croire que c'est une grâce comme tout ce qu'il fait pour nous. Vous savez que je ne me pique pas de mériter, et je ne demande pas mieux que de vous voir vous trouver un bonheur au-dessus de votre droit. Mais je sais bien que c'est aussi votre pensée. Je me réjouis de voir Élisa si heureuse. Le bonheur pur est un si beau spectacle. Venez nous le donner bien vite. Hélas I il existe si rarement; la vie, et nous-mêmes surtout ne nous en laissent pas jouir longtemps. J'écris à votre mère, et puis aussi à cette chère Élisa, je ne puis vous dire combien je jouis pour elle; je n'avais pas besoin de cela pour l'aimer, mais, certainement, cela resserrera encore nos liens, si elle le veut bien, comme je le crois. Adieu, bien cher ami, adieu. God bless you.
A M. Guizot.
Caaterets, ce 20 juillet 1829.
Cher ami, Victor me charge de vous dire qu'il allait vous envoyer un article ce matin, quand il a trouvé que la fin n'était pas assez claire, et qu'il s'est remis à le refaire un peu, ce qui lui prendra deux ou trois jours. (Il partira sans faute après-demain 22, et sera à Paris vers le 26.)
Notre voyage s'est bien passé, mais notre séjour est assez triste parce que Alphonse a pris une douleur de rhumatisme sur les dents et sur la joue qu'on appelle une névralgie, ce qui n'est point dangereux, mais le fait beaucoup souffrir et le prive de toute jouissance. La vie décousue ennuie Victor; nous nous sommes dispensés de toutes visites, et ne prenons aucune part aux plaisirs du lieu. M. Jules de La Rochefoucauld fait sauter à force les
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paysans pour son argent, et me paraît s'ennuyer lui-même de l'amusement qu'il donne. Nous avons vu deux fois M. le duc de Fitz- James, c'est tout. Victor refera son article de Broussais, mais je vous dirai que l'air des montagnes lui a redonné de l'oppression (ce que je vous prie de ne pas du tout répéter, parce qu'il nous revient des condoléances qui donnent l'air plus grave à ce mal qu'il ne l'est), mais ce que je vous dis à vous pour que vous ne le poussiez pas, parce que l'absence de sommeil, unie au travail, lui ferait vraiment du mal, et vous savez que pour la Revue^ il fera toujours tout ce qu'on lui demandera. Dites mille tendresses à Élisa pour moi, et combien le cœur me bat pour ce moment pénible qui l'attend, et quels vœux je forme pour son bonheur. Embrassez aussi votre mère, je lui écrirai bientôt, mais les lettres à Adèle, à madame de Sainte- Aulaire et à madame X...
me prennent tout mon temps. 11 est charitable de nous écrire à Cauterets.
Mille tendresses.