‹ Lettres de la duchesse de Broglie-- 1814-1838Chapitre 28 sur 33 · Valet de chambre de mon père et maître d'hôtel · texte numérisé non relu

Valet de chambre de mon père et maître d'hôtel

âoO LETTRES DE LA DOCHESSf DE BROGLIE.

A Madame la vicomtesse d'ffaussonville.

Novembre 1836.

Mon cher enfant, comment as-tu pu comprendre le dimanche si juridiquement que de croire qu'il fallait l'ennuyer tout le jour? Le sabbat est fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat. Cela ne fait aucun plaisir au bon Dieu que tu aies passé ta journée à maudire la nature entière.

Si lu avais été le promener, voir quelques jolies choses, enfin passer ton temps de ton mieux, cela aurait beaucoup mieux valu. Je crois que jusqu'à ce que la grâce de Dieu nous fasse trouver notre plaisir dans de longues méditations, il faut éviter seulement le dimanche ce qui donne de la peine aux domestiques et les trop grandes dissipations.

Je n'aimerais pas que tu allasses le dimanche

LETTRES DE LA DUCHESSE DE BROGLIE. ^5l

à l'Opéra et la nuit au bal, mais si tu recevais ou allais voir des amies, si lu te distrayais par la conversation ou la promenade, je crois que lu ferais très bien. Tu peux aussi prendre ce jour pour ta correspondance ; il y a toujours beaucoup de choses que l'on ne peut pas faire les autres jours, et qu'on peut remettre à ce jour-là. En tout, mon enfant, ce jour nous est donné par Dieu, qui a créé tous nos plaisirs, comme un repos du corps et de Tesprit, pour nous soulager des soucis et des travaux, et non pour nous ennuyer. Je te dirai là, comme pour la santé, de mettre de l'intelligence dans l'accomplissement de ce commandement, d'y chercher ton bien comme lu le Irouves; si tu n'avais que ce jour-là pour les plaisirs du monde, je te dirais de prendre ce jour-là ; ayant tous les autres, je crois que tu trouveras de la douceur à avoir un jour un peu plus paisible, sans Iris-^ tesse pourtant.

XGVII

A Madame la vicomtesse (THarnsonvUle.

15 novembre 1836.

Ma pauvre petite, que je voudrais te voir. Il me semble que ma jeunesse s'en est allée avec toi; j'ai des moments d'abattement, et je pourrais dire d'ennui, si ce n'est que c'est un vilain mot qui h fait trop de dégâts dans ma famille et que je ne veux pas prononcer.

Nous menons une vie fort paisible, quasi comme à Broglie; je lis M. Jouffroy (le morceau de philosophie qu'il vient de publier). Je relis Pascal, je trouve cela sublime.

Je te recommande de lire : si j'avais Ion âge et du temps, je me mettrais à étudier toutes choses. La métaphysique est plus que jamais à l'ordre du jour ici parce que M. Doudan lit et écrira, j'espère, sur M. Jouffroy. On discute beaucoup sur la substance, sur la cause, sur Dieu

même. Dimanche dernier, M. Andebèze a fait un sermon admirable sur la présence de Dieu, je t'ai regrettée.

A Madame la vicomtesse (TBaussonviUe.

Paris, 20 décembre 1836

...Quel bonheur, chère enfant, de commencer l'année ensemble, et combien il nous faudra remercier Dieu d'une année si pleine de bénédictions... Les haines politiques sont affreuses, en ce moment. Rien n'est si triste à voir, c'est un bien cruel spectacle que voir des hommes qui ont marché côte à côte, se déchirer, livrer leur passé pour se faire plus de mal, et prétendre mener un pays, y remettre l'ordre et la morale, au nom de ces passions violentes et aveugles...

J'ai été voir la grand'mère de ton mari :

elle a l'air bien paisible, comme si elle ne

Soi LETTltES DE LA DUCHESSE DE BROGLIE.

souffrait point de son inBrmité *. A chaque instant, elle dit : j'ai vu telle personne, cela prouve beaucoup d'oubli de sa situation, et, par conséquent, d'elle-même. C'est à quoi je travaille sans y réussir encore ; je voudrais me détourner de mes propres impressions pour valoir mieux, et aussi pour être plus heureuse, mais je n'y réussis pas encore assez.

A Madame la vicomtesse d' Haussonville .

23 décembre 1836.

... J'ai passé la matinée d'hier à l'Académie, je connaissais le discours de M. Guizot qui est bien beau. Il y avait une foule innombrable ot toute la société; beaucoup de robes noires du deuil de Charles X. Les femmes étaient en immense majorité, et elles ont envahi toutes

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