Le comte Dupleix de Mézy, directeur des Postes
la fille de madame de Krûdener, mais elle y vit incognito, sans prophéties ni miracles. Ce qui est plus triste, ce sont les horribles désastres du Valais, dont les journaux t'ont instruite, mais ce qu'ils n'ont pas dit, c'est que si l'on n'y met ordre, cela recommencera l'année prochaine, car le lac se reforme déjà. Mais je suis bien bête de te dire cela, car vous autres Parisiens, au milieu de vos affaires, les montagnes tomberaient sur notre dos sans que vous y prissiez garde. J'ai encore vu ici M. et madame de Bubna*, faits bourgeois de Genève en récompense de l'avoir délivrée de M. Capelle, le conseiller d'État. M. de Bubna est un gros homme rusé, mais d'assez bon sens, et la meilleure preuve à naes yeux, c'est sa conviction intime que les alliés doivent quitter et quitteront la France. Je voudrais bien savoir quelque chose de précis là-dessus, et je te saurai bien bon gré de m'écrire ce que tu sais. Cette pauvre madame de Menou a passé dix jours à VÉc%l de Genève avec la
1. Le comte de Bubna, général autrichien, qui avait pris part à la guerre contre la France en 1814 et en 1815.
rougeole; j^ai ea la lâcheté de n^y pas mettre le pied jusqu'à la fin^ je la craignais pour mes deux filles et aussi pour Alphonse^ mon petit frère, qui est maintenant avec moi. Elle est allée à Saint-Geryais et viendra à Coppet après. Je compte faire une course de quelques jours en Suisse et revenir à la fin d'août, où j'attends la visite du grand Beugnot et de sa compagne.
Adieu, ma chère amie, ma lettre est, je trouve, bien insignifiante, et mes récits sont assez niais, mais en couches on est assez bête, et tout paraît bon ; du moins j'étais ainsi, et j'espère que tu seras de même. En tout cas, écris-moi dès que tu le pourras, et aime-moi un peu, que je t'ennuie ou non. Embrasse le nouveau-né pour moi, M. Henri est trop grand garçon. Mille tendres souvenirs à Prosper, si lu no peux m'écrire, prie^le de te remplacer.
A Madame Anisson du Perron.
8 juin 1819.
Ma chère Sophie, je te remercie de m'avoir répondu si exactement, c'est fort gentil à toi. Comme je suis presque aussi méthodique que madame de la Briche*, je t'écrirai à présent tous les quinze jours. Je suis méthodique par excès de décousu, car si je ne me fais pas de règles fixes, je ne sais plus où j'en suis. Je n'irai pas à Aix, je passerai l'été à Coppet. Je n'en suis pas fâchée, car je me suis arrangé une petite vie d'étude qui me convient beaucoup . Je viens de lire (à ma honte, pour la première fois), Vauvenargues, et j'en suis ravie. Je crois que la vie de Paris développe l'esprit pour la lecture; quand on a beaucoup causé et entendu causer, on retrouve avec plus de plaisir dans les livres les