‹ Lettres de la duchesse de Broglie-- 1814-1838Chapitre 6 sur 33 · Le corps du duc de Berry, expose après Tassassinat · texte numérisé non relu

Le corps du duc de Berry, expose après Tassassinat

pensé clans le moment, mais mademoiselle Bandall * m'a dit que cela pouvait avoir de grands inconvénients. Ne vous laissez pas entraîner par tous ces cris qui vous entourent ; c'est sa raison qu'il faut frapper d'horreur pour tous les crimes qui ensanglantent notre malheureuse patrie, mais ce n'est pas son imagination, qui ferait peut-être des associations d'idées bien fausses. Je sortirai à trois heures; si je savais vous trouver, je passerais chez vous car je vous aime bien.

.1 Madame Anisson du Perron.

11 avril 18iO.

Chère amie, j'ai tous les torls du monde envers toi, je me laisse gagner par tous les défauts de Paris, et entre autres par celui de ne pas écrire aux gens qu'on aime. Je pense

1. Mademoiselle Randall était une Anglaise, vieille amie de madame de Staël, qui vivait dans l'intérieur de la duchesse de de Brogliei

et je parle souvent de toi néanmoins; j'ai vu ton pelit garçon qui est bien genlil et bien portant. J'ai été dîner chez Eugène*, c'est-à-dire chez toi, mais j'ai été attristée par le souvenir de toi et de ta maison, et cela m'a empêché d'être gaie. Paris est toujours bien triste; le ministère ne va pas aussi bien que tu crois; il a bien une majorité, mais d'abord elle est fondée sur le côté droit, ce qui est mauvais par la raison que cela effraye le pays. Les ultras sont d'une tranquillité effrayante^ mais tout éclatera sur la loi des élections, c'est là que la question se tranchera. Alors, voici le dilemme : s'ils ne font que quelques changements à la loi actuelle, ils auront un cinquième bien vif, qui, au moins, changera le ministère; si, au contraire, ils présentent une loi d'élection telle qu'il en est queslion, toute favorable au cAté droit, et destructive de tout gouvernement représentatif, ils auront contre eux tout ce qui a l'ombre d'amour pour la liberté, cl rnncienne loi des élections sera un étendard quo l'on redemandera. dans peu de temps. Du

1. M. Kugôno Anisson, fiviv de M. HipïK>l\le Anisson, inar lio uKulnino do It^irantc.

reste, tout le monde convient que ce temps-ci ressemble beaucoup au temps qui précédait le 20 mars; je n'ai jamais ouï parler si ouvertement de révolution, de changement qu'on le fait à présent. L'Espagne a été d'un grand effet sous ce rapport. Quand je dis qu'on parle de révolution, ce ne sont pas les gens qui la désirent, mais les gens qui s'en affligent, qui en parlent toute la journée; les honnêtes gens ne peuvent que se tenir coi. On ne peut se lier avec personne, pas avec les gens qui détruisent, cela va sans dire, et pas non plus avec les gens qui veulent conserver parce qu'ils emploient des moyens bêtes et mauvais, et qu'on ne peut défendre un gouvernement comme un individu que par des moyens légitimes et consciencieux. Fais ce que dois, advienne que pourra, cela devrait être la devise de tous : gouvernement, peuple et individus, et cela serait le plus habile. Voilà bien de la politique. Il n'y a guère d'autres événements, excepte Narie Stuarty^ dont le succès a été prodigieux. Prosper en a joui en sa qualité de parrain. Il

Page 1