‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 103 sur 246 · CXI.— A Monsienr le Maître · texte numérisé non relu

CXI.— A Monsienr le Maître

Sur un sermon de saint Bernard qu*eile croit qu^on pourrait

mettre après leur règle.

Lundi 2 mat (1650).

Mon très-cher neveu^ Je ne sais d'où m'est venu un écrit d'une traduction d'un petit sermon de saint Bernard que je vous envoie. Il me semble qu'il seroit fort bon sUl étoit en meilleur sens et en meilleurs termes^ et quMl viendroit bien

1 Le docteur Amauld.

GW.—- A MADEMOISBLLB PASCAL. 109

après notre règle. Je crois qu'il s'en trouvera parmi les petits sermons de ce père qui sont sur la vie religieuse ou spirituelle qu'on y pourroit encore ajouter^ au lieu de la yie de saint Benoit, qui aura meilleure grâce |>armi celle des saints fondateurs des ordres. Pour les degrés d'orgueil, nos sœurs les désirent fort, parce qu'encore qu'ils ne soient guère relevés, ils ont la propriété de faire grande honte, parce qu'ils découvrent fort bien les finesses de la superbe, et l'on ne cherche pas en cela la doctrine mais la correction. Enfin, avisez à nous faire un petit livre portatif où il y ait des choses bien substantielles.

Mon neveu de Sacy seroit d*avis qu'on ne laissât point perdre les deux sermons de saint Bernard sur les cantiques de l'infusion et de l'effusion. 11 les faudroit mieux mettre au bout des trois petits traités. Je ne sais pourquoi je dis cela, car je n'ignore pas qu'on a tant d'affaires qu'on ne sait laquelle doit être la première ; je voudrois bien que ce fût notre règle.

Adieu, mon cher neveu. Je suis toute à vous en Notre-Seigneur Jésus-Christ. ^

GZII.— A Mademoiselle PascaL

Aa sujet de ce qu*e11e avait proposé pour essayer d*obtenir permission de passer au moins quelque temps à Port-Royal.

Vendredi 3 juin {h eHO).

Ma très-chère sœur. Nous reçûmes hier seulement celle que vous avez écrite de ma sœur Barmontet, du U du passé ; elle vous fait réponse et vous témoigne son inquiétude de ce que l^on pense à troubler son dessein. Je lui donnai sa lettre innocemment, ne croyant pas qu'elle la dût prendre si à cœur; mais elle pleura beaucoup, à quoi je ne pus apporter autre remède que de la faire parler à M. Singlin qui venoit d^arriver des champs. Il lui a conseillé d^écrire à monsieur son frère pour empêcher ses poursuites, et lui demander au moins du temps pour continuer le dessein qu'elle a de travailler pour ellemême, pendant quoi les choses pourront changer et la délivrer du fardeau qu'on lui veut imposer.

Je crois^ ma chère sœur, que vous aurez maintenant la

170 UTTRBS M LA KÈHI AGlfÂi.

réponse de H. Singlin du fA du passé. Je ne sais ce qu'il tous mande^ sinon quMi me fit Thonneur de me parler de ce que vous lui proposiez pour Yotre retour S qui étoit de tous jeter céans pour tenter si tous pourriez obtenir permission d'y demeurer au moins un temps. Il agita beaucoup ce des^ sein, après quoi il me semble qu'il conclut que vous pourriez voir si cela vous réussiroit. Vous écrivez maintenant, ma chère sœur, pour savoir si vous devez attendre H. votre beau-frère '; la voie seroit plus sûre et plus convenable que toute autre; et sans ce retardement il ne faudroitpas penser à autre chose, et en ce cas vous ne pourriez pas échapper de ses mains, parce qu'il faudroit, comme vous dites, qu'il vous remit entre celles de H. votre père. Mais d'ailleurs aussi vous auriez cette raison de demander une retraite, en laissant une si bonne compagnie en votre place. H. Singlin dit qu'il n'y a que vous qui puissiez juger ce qui sera le mieux; c'est pourquoi il faut beaucoup prier Dieu devons faire choisir Iss voies qui lui seront plus agréables et qu'il lui plaira de bénir. Nous le ferons de notre côté, ma chère sœur, la soumission que vous témoignez nous obligeant de nous intéresser beaucoup dans ce qui vous touche^

M. Singlin et H. de Rebours vous recommanderont à Dieu avec grande charité. Je ne puis être importunée, ma chère sœur, de ce qui vient de votre part, je vous supplie de le croire; et qu'étant déjà devant Dieu ce que vous désirez pleinement d'être un jour, nous sommes aussi à votre égard ce qu'il nous obligera d'être à l'avenir; c*est pourquoi il ne faut plus, sll vous plaît, employer personne pour exiger de nous, pour exiger tout ce que vous pouvez désirer selon Dieu, puisqù^l nous a rendue,

Ha très-chère sœur.

Votre très-humble et très-atfectionnée servante,

Sœur Agnès, K*^ ind.

J'ai oublié de vous dire une parole que H. Singlin m'a dit de vous mander, qui est qu'il ne faut pas commettre monsieur

* Elle était alors à Clermonl.

> M. Périéf.

CX111.«*A MADtllOlSnUI FA8CUL. i7l

votre beftti-^frère avec tncnsieui* votre père, c^est^^dlre vous servir de lui pour des choses qu'il auroit désagréables.

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