CXXXII.— A Mademoiselle Pascal
Devoirs de ceux qui aiment It vérilé.
44 juin 4651.
Notre mère ' m'écrit qu'elle mande à N. qu'il faut pfttir sans agir dans ces rencontres, parce que ce n'est pas à nous autres filles à nous mêler de parler des vérités, mais seulement à nous taire, à nous humilier et prier pour ceux qui sont obligés de défendre l'Eglise. Je ne sais si cette personne a besoin de cet avis; mais il est certain que la plupart de ceux
* Ce fut en conséquence de ce billet que M'i« Pascal composa, sur le mystère de la mort de Jésus-Christ, des méditations, qui ont été imprimées loos ce titre : Pensées édifiantes sur le mystère de la mort de N.-S, Jésus- Christ^ à b fin du volume intitulé : Entretiens de la mère Angâiquê, 1 1 reproduites depuis dans les Lettres, Onuscules et Mémoires de M'*' Périer et de Jacqueline, sceurs de Pascal, par M. Faugère, et dans Jacqueline Pascal, par M. y. Goosin.
• La mère Apgélic|ue. Elle était à Pori-Rojal-dta-Ghanpa depuis le mois de mars, et revint ^ Paris le 24 juin 1 6M .
qui aiment la vérité font des fautes; et c'est pourquoi on applique ces paroles du pseaume, ut destruas inimicum et ulUh rem à cette rencontre^ parce que souvent ceux qui défendent la vérité ne le font pas par l'esprit de Dieu^ non plus que ceux qui la combattent.
CXXXIU.— A ime religieuse de Port-Royal.
Elle Tavertit de ses défauts, et lui parle des austérités corporelles, de la fidélité à ne rien faire que par Tordre de Tobéissance, de Toffice divin, de la sainte communion, etc.
49 juin 4654.
Ma très-chère sœur^ Vous ne doutez pas que ce ne soit une chose absolument nécessaire, pour profiter en la voie de Dieu, d'ouvrir son cœur à quelqu'un^ et, autant que Ton peut^ multiplier les personnes^ pourvu que ce soient celles que Dieu nous donne, c'est le mieux; mais pour ce qui est de la manière de le faire^ je veux dire de vive voix ou par écrite cela est indifférent, et il faut choisir celui qui vous est plus facile^ afin de ne point faire d'effort à votre esprit sans besoin.
Vous avez grande raison de renouveler vos actions de grâces à Dieu dans le souvenir de ses miséricordes sur votre âme, qui sonl très-signalées eu égard à l'état dont il vous a tirée, et d'où il étoit impossible que vous pussiez sortir sans un secours tout miraculeux. C'est aussi la reconnoissance la plus proportionnée que celle qu'il vous inspire, qui est de vous affectionner de plus en plus à la pénitence, et la meilleiu'e de toutes sera celle qui vous appliquera à la correction des défauts que vous remarquez en votre lettre. Pour l'austérité du corps, il me semble que vous vous y portez avec peu de réserve, et même vous y excédez bien souvent en faisant plus que Ton ne trouve à propos que vous fassiez; en quoi vous rabaissez la grâce que Dieu vous fait pour ce regard, en y mêlant votre humeur naturelle qui tient trop ferme dans les choses qui lui semblent bonnes; et vous devez avoir moins d'appréhension de manquer en ce point que dans la mortification de l'esprit, de laquelle je crois que vous êtes autant i>ersuadée que de celle du corps; mais comme la première est plus difficile, vous y avancez aussi beaucoup moins, quoique les fautes qu'on