CXLIV.— A LA SOEUR MARIB-DOROTHÉE DE L^INGARNATION
Je ne doute point que vous n'ayez une entière franchise avec M. Singlin^ le voile que vous aviez sur le cœur à son égard étant levé. Tout se fait tout à la fois quand il plaît à Dieu d'arracher la racine qui produisoit une quantité de méchants petits fruits d'amertume et de soupçons qui étouffoient la bonne semence. Il n^y a plus maintenant ou'à augmenter et à croître de jour et de nuit, comme dit TÈvangile^ par les influences continuelles de la grâce qui s'est rendue visible et sensible en vous. C'est la meilleure manière de satisfaire à Dieu pour n'avoir pas toujours voulu ce qu'il deman* doit de nous, que dé le vouloir à présent avec plénitude de cœur^ puisqu'il donne une pleine et entière rémission, où il trouve un amour sans réserve.
Madame d'Aumont vous remercie de votre neuvaine; mais elle ne demeure pas d'accord que vous l'ayez faite pour une intention si particulière, en quoi vous vous êtes pu méprendre^ ne croyant point être dans Tétat où vous avez présupposé qu'elle fût. Pour moi, je crois que c'est l'efTet de votre prière qui lui a ôté non-seulement Fameriume, mais le souvenir même qu'elle en ait eu. Il vaut mieux à l'avenir que vous ne demandiez plus rien à Dieu pour elle que ce qu'elle-même demande plus instamment; car elle sent fort bien ses besoins ayant la lumière tout entière et la bonne volonté, et une partie de la patience qu'il faut avoir pour attendre que Dieu nous délivre. Que si elle en avoit un peu davantage, je veux dire de patience, el\e possideroit $on âme, selon la parole de Jésus-Christ, et ne se troubleroil jamais de rien.
Je suis bien aise que vous ayez vu mon neveu*; on apprend la sagesse et le recueillement dans sa conversation. Pour l'ouvrage, je ne trouverois pas d'inconvénient que l'on se servit du temps et qu'on remit les Saints pour une autre année. Il me semble que vous pourriez faire écrire ma sœur Marie Gabriel* en rotant d'obéissance, puisqu'aussi bien doit-elle revenir; elle est fort diligente. Nous ne savons où sont les
^ M. de Sacy.
* La sœur Marie de Sainl-Gabriel de la Barre. Elle est morte le 39 février 1656.
lettres de M. de La Place; je pensois les avoir à Saint-Jean, mais elles n'y sont pas ; enseignez-nous^ sUl vous plait, où nous les pourrons trouver. Nous envoyons à M. de La Place la Vie de la M. Had. Qu'on la renvoie, s'il vous plaît, quand il l'aura vue, et qu'elle ne soit pas gâtée, car elle est à madame d'Aumont.
Je vous supplie très-humblement de me continuer votre souvenir devant Dieu. La charité véritable n'est point aveugle, mais lumineuse; c^est pourquoi, comme vous l'avez grande pour moi, elle ne vous permet pas d'ignorer mes misères pour les exposer à Dieu. Je vous donne à lui comme vous m'y donnez, et le supplie de faire de vous et de moi tout ce qu'il lui plaira.
Ma sœur Marie-Augustine est fort malade d^une pleurésie et fièvre continue depuis jeudi. M. Renaudot la trouve en péril. Elle seroit bien aise de mourir, et il se trouve qu'elle a offert sa vie n Dieu pour la conservation de celle de notre mère. Recommandrz-la au dedans et au dehors, s'il vous plaît.
Ha sœur Marie-Théodore est bien sage, elle ne cause avec personne et fait bien son devoir. Elle m'a dit, comme un effet de votre absence qui lui a obtenu la grâce de vaincre sa peur, qu^elle n'en a plus maintenant en passant par Sainte-Thérèse. Je lui ai dit de ne plus compter les jours depuis que vous êtes partie, et qu'il faut donner ce qu'on aime à Dieu sans marchander avec lui.
Je salue très-humblement MM. de La Place et de Siicy, ma sœur Madeleine, ma sœur Marie-Charlotte, à qui j'écrirai avant sa profession, s'il plait à Dieu.
CXLV.— Ala sœnr Marie-Charlotte de Ste-Claire Amanld d'AndiUy.
Sur robli(;alioii d^acquérir la dévolion.
Ce2i novembre 4 651 .
Ma très-chère sœur, Je commencerai celle-ci par un mot de votre lettre où vous me dites que vous avez un extrême désir de vivre en vraie religieuse. Vous devez souvent offrir cette pensée et ce sentiment à Dieu^ atln qu'il vous l'imprime dans le cœur autant que vous en avez la lumière dans l'esprit; car on n^a pas toujours ces deux choses en pareil degré, parce