CL.— A nne Sœnr
Elle lui envoie la règle de saiot Benott, et rengage à la bien considérer
avant que de Tembrasser.
(Vers 4654.)
Ma très-chère sœur, Nous avons été bien aise d'apprendre de vos nouvelles par vous-même, et de ce qu« Dieu vous continue la volonté d*être à lui dans une voie plus étroite que celle que vous pourriez embrasser pour vivre cbétiennement dans le monde. Je vous envoie notre règle pour contenter madame votre mère, que je supplie pourtant de ne vous la pas faire pratiquer pendant que vous êtes avec elle, parce que vous n'y réussiriez pas. Et prenez garde que dans la fin du quatrième cbapitre saint Benoit dit que le lieu et Tétat propre pour pratiquer ce qu'il enseigne, c'est le secret et la solitude d'un monastère, bors lequel les âmes qui tendent à la religion sont comme le poisson hors de Teau. Je crois, ma chère sœur, que ce que vous avez vu pratiquer de la règle vous fera mieux juger si les forces de votre corps et de votre esprit vous permettent de l'embrasser, que ce que vous en lirez, qu'on ne comprend presque pas en le lisant Vous y trouverez des vertus excellentes que vous n'avez pas vues exprimées dans nos actions parce que nous en sommes fort éloignées; mais saint Benoît dit que sa règle est une école dans laquelle nous devons apprendre jusqu'à la mort, et il restera toujours des degrés de perfection où nous n'arriverons point. C'est pourquoi on ne demande pas que les religieuses soient parfaites, mais seulement qu'elles ne perdent jamais le désir de travailler à le devenir.
Je loue madame votre mère d'avoir désiré de savoir la règle à quoi vous voulez vous engager, et de vouloir que vous la considériez bien auparavant; mais ce dessein ne vous seroit pas si avantageux, parce quUl témoigneroit que votre bonne volonté a des bornes et que vous voulez capituler avec Dieu. C'est un si bon maitre, ma cbère sœur, qu'il faut se donner à
^ Elle était encore dans le monde quand la mère Agnès lui écrivit cette lettre. (Note du M$,)
son service sans vouloir savoir ce quMl exigera de nous. C'est assez qu'il nous assure que son joug est doux et sa charge légère; mais comme il n'y a que ceux qui s'y soumettent qui éprouvent la vérité infaillible de celte promesse, c'est pourquoi les autres ont tant de peine à le croire; et je ne voudrois pas même vous alléguer ces paroles sacrées pour ne faire pas une trop forte impression sur votre esprit, n'étoit que je présuppose que Dieu vous les a déjà imprimées dans le cœur et que vous êtes du nombre de celles qu'il attire par l'odeur de ses parfums, qui sont les exemples de sa très-sainte vie.
Nos sœurs du noviciat vous assurent de leur affection et de leurs prières. Je suis....