CLVII. — Déclaration de la mère Agnès an sqjet des calomnies
dn père Brisacier.
CeUe déclantion fut imprimée alors dans la Défense de la ceniwre de M. farchevèque oonue Touvrage de ce jésaile.
30 jamner 4 652.
Je soussignée , sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, religieuse et prieure indigne du monastère de Port-Royiil du Saint-Sacrement, reconnoiset certiQe qu'aucune que moi n'a composé récrit intitulé : Le Chapekt secret du Saint-Sacrement, que je l'ai fait plus de quatre ans avant que je connusse feu M. Tabbé de Saint-Cyran, sinon de réputation et |)our l'avoir vu une seule fois à notre monastère des Champs, auparavant que nous fussions établies en cette ville; et que je n'ai eu autre dessein en écrivant ce chapelet^ que de m'exprimer plus facilement, que je ne pouvois faire de vive voix, au révérend P. de Condren, supérieur général de l'Oratoire, auquel je désirai de communiquer ces pensées, et qui m'ordonna de les écrire. C'est ce que je fls avec grande simplicité, et les envoyai aussitôt à Mgr Tévèque de Langres, qui gouvernoit lors ma conscience, et il me fit l'honneur de m'écrire que je devois révérer ces pensées non comme miennes, mais comme pensées de Jésus-Christ en moi.
C'est ce qui me donna la liberté, que je n*avois osé prendre auparavant cotte approbation, d'arrêter mon esprit sur ces |)ensées, sans que j^aie néanmoins jamais désiré d'établir sur elles aucune nouvelle dévotion, et encore moins qu'elles fus-
GLVUl. — A LA SCBIR MARIK-DOROTHÉE DE L^INCARNATION. 227
sent en usage et qu'on en fit aucune pratique, soit en ce monastère^ soit ailleurs, comme aussi n'en a-t-on fait aucune. Je puis, au contraire, assurer que j'ai plutôt appréhendé que oe petit écrit vît le jour, et que ça été le sujet qui me fit lui donner le titre de Chapelet secret, croyant que ces pensées, que Dieu, autant que j'en puis juger, m'avoit données en Toraison, ne dévoient point être proposées à d'autres âmes pour s'en servir, de peur qu'elles ne les prissent à contre-sens.
Je déclare de plus que les impiétés et les blasphèmes que quelques-uns ont voulu trouver dans quelques paroles de cet écrit, en se persuadant qu'il ne tendoit qu'à ruiner les effets d'amour que Dieu a témoignés |{our nous, et nommément au sacrement de rEucharistie et au mystère de l'Incarnation, ont toujours été et sont encore, par la grâce de Dieu, très-éloignés de mes sentimens, de mes intentions et de mon esprit.-
C'est ce que je suis prête d'assurer même avec serment, s'il en est liesoin , devant qui que ce soit, et principalement devant Mgr l'archevêque de Paris, notre supérieur; m'étant sentie obligée à' faire cette déclaration très-véritable et trèssincère, parce que j'ai appris depuis peu avec douleur que quelques-uns, attribuant faussement ce Chapelet sl M. l'abbé de Saint-Cyran, en ont fait un des principaux fondemens des étranges calomnies dont ils s'efforcent de diffamer sa mémoire.
Faii au monastère de Port-Royal du Saint-Sacrement^ ce 30 janvier 1652.
Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul.
GLVIII.— A la sœur Marie-Dorothée de nncamation Le Conta.
KUe se réjouit de sa guérison. — Elle Teiborte k réprimer les badiueries
d*uiie sœur.
Dimanche 1 1 féi>rier (1 652).
Ma très-chère sœur, Il ne vous restoit qu'une maladie pour témoigner à Dieu la solidité de votre changement, puisque Dieu vous a fait la grâce de la souffrir sans effroi et avec rési-' gnation, comme je crois, de mourir aussi bien en un lieu qu'en un autre. Je me réjouis que vous soyez guérie, ou peu
i^ Lettres de La mère agnâs.
s'en faut. Celte maladie tous servira à vous ôter le scrupule que vous auriez eu du Carême. Nous devons penser toutes deux à nous bien acquitter du jeûne spirituel, qui ne diminue point les forces^ mais qui les augmente.
Je vous envoie la Considération d'aujourd'hui * transcrite^ mais mal, n'ayant qu'une feuille^ et celle de la Purification. Nous avons encore les deux dernières demandées.
Je vous donne le bon jour^ ma chère sœur. Je n'a vois osé dire à madame d'Àumont que vous étiez malade, jusqu'à hier au soir qu*elle me le demanda. Elle est bien aise que vous en soyez quitte : elle se porte mieux aussi.
Je vous supplie de dire a ina sœur Marie-Charlotte * que je la visite en esprit, pour lui ramentevoir d'offrir son mal à Dieu, et de l'accepter pour la guérison de son âme.
Je ne vous dis rien hier sur un point de votre lettre, faute de temps. C'est sur les badineries de ma sœur Gabrielle à notre égard. Je sais bien que vous improuvez ces choses-là, mais je craindrois que vous n'eussiez de la retenue à les empêcher, par quelque réflexion de ce que ces badines en penseroient ; et il faut passer par-dessus avec une force et une vigueur qui les corrige, et user même de menace de découvrir la chose aux confesseurs ; car, à moins de cela, elles ne se soucient pas de tout ce qu'on leur en dit, et quand on les prend par la conscience elles se rendent, car elles craignent Dieu. Je ne vois pas plus de sagesse dans celles qui sont de la maison. Vous savez les âpretés de ma sœur N. pour avoir ce qu'elle veut, et vous avez vu depuis peu ce qu'a fait ma sœur N. Il y a de la conformité dans le mal et dans le bien, autant à celles qui sont de la maison que celles qui n^en sont pas.
* Dimanche de la quinquaffésime [Pâques, 34 mars). De Sainie-Claire Arnauld d*AndilIy.