CLXV.— A Xademoiselle Perdreau
Combien il importe d*eiDplojer le temps k penser k son salut. — Reconnaissance que nous devons à Dieu quand il nous fait celte grice.
De PorURayal, 22 août 4652.
Ma très-chère sœur, Nous avons été bien aises de recevoir
« Charles le Maître de Vallemont, qui mourut pieusement au dehors de Port-Royal de Pans, le 24 juin 4 652.
* Mademoiselle Bignon, fille de M. Bignon, avocat général. Elle mourut le 24 juin.
i3S LBTTRES de la mère AGNÈS.
votre lettre^ qui nous a ôtées de la peine où nous étions de n'avoir point de vos nouvelles. Il faut louer Dieu de donner encore du temps à nu)nsieur votre frère pour penser à son salut^ quoiqu'il soit bien à craindre qu'il ne remploie pas à un usage si saint. 11 faut faire en cette occasion ce que dit Notre- Seigneur Jésus-Christ : laisser les morts ensevelir les morts, et |)rendre sujet de la misère où les autres sont réduits de passer leur vie dans de si grands périls de perdre leurs corps et leurs âmes, en tirer, dis-je, un motif d'admirer la miséricorde de Dieu, qui nous donne une volonté toute contraire, qui est celle de n'être jamais du monde et de ne servir que lui seul. Nous devons bien craindre, ma chère sœur^ de ne reconnottre pas assez cette grâce et de tomber dansFingratitude de ces lépreux de l'évangile de cette semaine , qui furent plus misérables après leur guérison qu'ils n'étoient auparavant. Dieu vous fournit une occasion de ne tomber pas dans cette faute par le retardement qu'il apporte à votre dessein , et vous lui devez offrir cette suspension pour reconnoissance, éUint raisonnable que vous ayant acquis cette grâce par Ja vertu de sa croix et de ses souffrances, puisqu'il n'y a point d'autre cause de toutes les grâces que nous recevons^ il est, dis-je, raisonnable et très-juste qu'il nous coûte quelque chose pour posséder les dons de Dieu. J'espère néanmoins^ ma chère sœur^ que Dieu vous donnera par sa bonté l'accomplissement de vos désirs^ et par l'intercession de saint Joseph^ votre médiateur^ auquel nous vous recommandons toujours pour nous joindre aux prières que vous lui offrez à cette intention.
Pour votre musique^ votre maître a raison de dire que les dièses, les tremblemens, les soupirs^ les passages^ etc.^ ne sont pus nécessaires au plain chant; c'est pourquoi vous pouvez maintenant ne vous appliquer qu'au plain-chant. Hais je ne sais ce que c'est que vous dites qu'ont fait ces messieurs sur le plain-chant. Nous l'apprenons à nos pensionnaires dans les livres d'église sans autre méthode particul^re^ sinon par des si et des za pour supprimer les nuances.
Nous avons été dans la crainte de quitter notre monastère |K)ur entrer dans la ville ; mais il n'en a pas été besoin jusqu'à cette heure, Dieu merci ! et l'on nous fait espérer bientôt la
CLXVl. — A MADEMOISELLE PERDREAU. 239
paix. Plaise à Dieu que nos péchés n'y meltent point d'empêchement^ en nous faisant la grâce de les quitter par une véritable conversion qui apaise sa divine majesté vers nous.
Notre mère vous salue de tout son cœur. Madame d'Aumont fait de même : elle a été malade depuis quinze jours; elle conmience à se porter mieux, Dieu merci.
Je suis toute à vous^ ma très-chère sœur^ et votre servante très-humble et très-affectionnée^ en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
GLXVI.— A Mademoiselle Perdreau.
Elle lui doDoe réponse au sujei d*un vœu pour lequel elle avait cou&ulté,
et lui parle de son frère.
De Port'RoycU, (27) novembre 4652.
Ma très-chère sœur, Nous ne reçûmes qu*hier, mardi, celle que vous avez pris la peine de nous écrire du 6. Je n^ai point trouvé votre lettre trop longue, n'y ayant rien que de bon et de nécessaire. Je vous répondrai seulement aux deux points qui ont besoin de résolution.
Pour ce qui est du vœu d'aller à Notre-Dame-de&-Ardilliers, nous avons consulté un Docteur^ lequel ayant considéré les circonstances de la saison où nous sommes, le peu de sûreté qu'il y a sur les chemins, et qu'en faisant ce voyage vous perdez l'occasion de la compagnie de M. Pignan, il croit qu'on vous peut commuer ce vœu en un autre, qui sera d'aller à Notre-Dame-des- Vertus quand vous serez ici, et d'envoyer à Saumur l'argent que vous auriez employé à votre voyage pour faire dire des messes, et de prier quelque bonne personne d'y aller pour vous. Vous mettrez bien ordre à cela étant ici, parce qu'il y a une bonne demoiselle qui a demeuré céans, à qui vous pourrez vous adresser.
Pour ce qui est de votre mal^ si vous avez commencé vos remèdes, vous ferez bien de les achever; mais si vous n'avez encore rien fait, il vaudra mieux venir comme vous êtes^ et l'on vous traitera ici, car H. Pignan ne pourroit pas vous attendre si vous tardiez si longtemps, et son assistance vous sera fort avantageuse.
240 LBTTRBS DB tA HÈRE AGNÈS.
Pour ce qui est de monsieur votre frère^ il vous donne sujet de faire à son égard ce que dit le Fils de Dieu^ de laùser k$ morts enêevelir les morts. Il n'y a point de créature qui soit capable par elle-même de donner à une autre la moindre pensée de son salut; il faut que ce soit Dieu qui dissipe ses ténèbres par un rayon de sa lumière, et qui remue leur cœur pour les empêcher de courir à leur ruine. El cependant il faut (aire soi-même ce que dit Jésus-Cbrist au même lieu : Vous qui avez trouvé la vie, allez et annoncez le royaume de Dieu. Cesi annoncer le royaume de Dieu, que de quitter toutes choses pour le chercher; et lors on se rend plus ca|)able de demander à Dieu et d'obtenir de sa miséricorde le salut de ceux qu'on aime, que si Ton s'employoit à les exhorter quand Dieu n'y oblige pas.
Je ne vous plains guère de toutes les épreuves qu'on vous a faites. C'est la punition de ne vous être pas résolue de demeurer à votre voyage de Paris. Quand Dieu nous offre la grâce et qu'on ne l'accepte pas dans le moment, il coûte après beaucoup pour la recouvrer. Je sais bien que vous aviez des raisons qui paraissoient raisonnables, et que vous n'auriez pas^ voulu manquer à Dieu volontairement; c'est pourquoi aussi il ne vous prive pas de votre désir, mais il vous le fait acheter bien cher.
Notre mère vous assure de sa charité Madame d'Aumont vous salue. Et moi, ma chère sœur, je suis toute à vous en Jésus-Christ, Notre-Seigneur.
CLXVn.— A la sœur Marie-Angéliqae de Sainte-Thérèse
Amanld d'AndiUy.
Au sujet d*une tieuvaine qu'elle lui avait demandée; elle Tengage de la faire à Jésus-Christ dans rincarnation, à la sainte Vierge et à saiot Gabriel.
Vers décembre 4652.
Ha chère sœur. Je vous supplie de croire que je m'estimerois heureuse de vous pouvoir servir en la manière que vous le désirez.
Poiur ce qui est de faire une neuvaine |)our vous au Saint-