CLXVII. — A LA 80B(JR MARIE- ANGÉLIQUE DE SAINTE-THÉRÈSE. Ui
Sacrement, il me semble que ce mystère regarde plus les âmes ferventes et avancées dans la perfection, que non pas les imparfaits qui ne méritent d'y participer que rarement et par indulgence; c'est pourquoi j'ai pensé de la faire à Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'Incarnation, à la sainte Vierge et à saint Gabriel, Tun de vos patrons. Vous regarderez le Fils de Dieu incarné comme le réparateur de nos misères^ qui vient pour nous délivrer du joug de notre captivité^ c^est-à-dire de DOS péchés^ et qui veut pour cela que nous ayons recours à lui et que nous le regardions comme TAgneau de Dieu qui est tout plein de douceur et de bonté pour tous ceux qui vont à lui quoique chargés de défauts; car il est venu pour ôter les péchés du monde, pourvu que Ton ne soit pas attaché à ses fautes, étant dit qu'il ôte les péchés, et non pas qu'il les arrache, n'agissant point envers les âmes qui lui résistent. Vous regarderez la sainte Vierge comme celle qui a reçu la plénitude de la grâce de ce mystère, et qui Ta reçue ensuite de son humilité, comme elle le dit elle-même dans son cantique; ce qui nous oblige d'être dans la même disposition, non-seulement pour le néant de la nature qui étoit le motif de son abaissement, mais encore pour celui du péché commun à tous les hommes, et de plus pour tant de péchés particuliers qui nous doivent tenir dans la confusion que dit saint Benoit, de n'oser seulement lever les yeux au ciel, appréhendant à toute heure d'être présenté au jugement épouvantable de Dieu. Vous regarderez saint Gabriel comme choisi de Dieu pour annoncer ce mystère, et pour cela appelé force de Dieu, parce que c'est dans rincarnation qu'ont été établies ces violences qu'il se faut faire pour se sauver, et qui ont commencé dans le Fils de Dieu, qui a été voyageur et com préhenseur tout ensemble, pour nous apprendre à avoir le cœur au ciel en vivant sur la terre, et pour cela de nous opposer continuellement aux relâchemens de la nature. Nous dirons l'hymne Condilor cUme êiderum, en Thonneur de l'Incarnation, afin que le Fils de Dieu ait pitié de votre âme en particulier comme il a eu de tous les hommes en général; et l'antienne Àlma^ etc.
Si!2 LETTRES DE LA HÈRE AtiNÈS.
GLXVin.— A la sœur Ânne-Eagénie de rincamation Amanld*.
Trois joors avant la mort de cette sœur.— Au sujet de sa maladie.
29 décembre 4652.
Vous ne doutez pas, ma très-chère sœur, du regret que j'ai de n'être pas auprès de vous, et vous croyez bien que j'y suis en la manière que Dieu me le permet^ et qu'il veut que j'y sois^ parce qu'il y est lui-même, et qu'il regarde le lit de votre douleur comme un autel sur lequel vous lui êtes continuellement sacriûée. Il reçoit votre sacrifice^ parce que c'est luimême qui l'opère> en vous faisant la grâce d'y consentir de tout votre cœur. Il ne vous donne peut-être pas la liberté de l'esprit que vous auriez eue en un autre temps, mais il se contente de voir dans le fond de votre âme cet Amen par lequel tous les saints terminent leurs bénédictions et leurs louanges. Je lui demande pour vous la continuation de ce qu'il vous a déjà donné, qui est une confiance en sa miséricorde qui vous tienne dans une paix qui surpasse tous les sens, et qui ne puisse être altérée par la grandeur de vos maux. Dieu sait bien ce que vous en pouvez porter, et il les proportionnera à la grâce qu'il vous a préparée pour les souffrir autant qu'il lui^ plaira qu'ils durent.
La dévotion qu'il vous donne à ces paroles : Fent, Domine JesUy enferme tout ce que vous lui pouvez demander, puisqu'en visitant votre âme il la purifie, il la guérit, il la renouvelle, et lui donne la force d'arriver jusqu'à sa sainte montagne où elle sera délivrée de tout ce qui Tempéche d'être unie parfaitement à lui.
Cependant, ma très-chère sœur, ne désirez point d'être détachée de la croix, et acceptez pour son amour le fiel qu'on vous présente si souvent, lorsqu'il faut prendre de la nourriture pour prolonger les Jours, les heures et les momens de votre souffrance, qui est si agréable à Dieu.
1 La sœur Anne-Eugéuie de 1 Incarnation Âmauld, née en 459i, prit riiabit de Dovice à Port-Rojral le 25 décembre 4 64 6 , k TAge de 211 ans , et lit profession le 48 février 4618. Elle est morte à Port-Royal de Paris le 4er janvier 4653.