CLXX.— A LA SCBUR MARIE -CHARLOTTE DE SAINTE-GLAIRE
découTTÎr, qui pourroit venir à tel point qu'elle fermeroit la bouche; au contraire, il faut avoir une force toute particulière pour s^opposer à cette honte qui n'est qu'au dehors quand on y adhère^ et qui passe au dedans quand on la surmonte. Je yeux dire que la honte extérieure est une marque qu'on ne rougit point devant Dieu y car si Ton avoit en sa présence une confusion salutaire^ celle que Ton auroit devant les créatures ne seroit presque rien^ et on la subiroit aisément pour diminuer la première en remédiant à la faute qui Ta causée. Vous devez remercier Dieu de la grâce qu'il vous a faite de vous découvrir^ en une occasion où l'esprit malin avoit grand dessein de vous nuire et de vous faire tomber très-dangereusement.
Vous apprendrez de cette rencontre que c'est une mauvaise chose d'entretenir ses pensées^ qui sont toujours vaines quand elles ne sont point dirigées par l'esprit de Dieu. Que si le sujet en parott bon^ et que ce soit néanmoins Tesprit propre qui raisonne dessus sans regarder Dieu, c est ce qu'on appelle illusion, c'est-à-dire une fausse lumière qui nous trompe et qui se termine toujours à quelque mauvais effet parce que le démon s'en mêle, notre esprit étant fort susceptible de ses impressions quand il n'adhère point à Dieu qui est seul esprit de vérité, de même que notre volonté s'attache à un faux bien aussitôt qu'elle se détache de Dieu qui est le seul yrai bien. C'est pourquoi la foi nous oblige de croire que nous n'avons de nousmêmes que le mensonge et le péché : le mensonge dans l'esprit^ et le péché dans le cœur Jusqu'à ce que notre esprit recherche la vraie lumière, et que notre cœur s'unisse à Dieu qui est la pureté et la sainteté par essence. Il ne suffit donc pas que les choses paroissent véritables et bonnes, mais il faut que cette bonté et cette vérité nous soient inspirées de Dieu; autrement ce sera Satan qui se transflgurera en ange de lumière, et qui nous fera plus de tort que s'il nous proposoit des pensées et des actions qui fussent mauvaises. Il faut tirer du bien de ce mal, et que cela vous serve pour anéantir toutes les pensées que vous connoitrez qui ne viennent point de Dieu.
GLXXI.— -A Mademoiselle Perdreaa.
Au suj(*.t d*un accident auî lui était arrivé, et qui allait peut-être
la retarder de Tenir à Port-Rojfal.
3 janvier 4 653.
Ma très-chère sœur, Nous n'avons reçu qu'aujourd'hui 3 janvier, celle que vous avez pris la peine de nous écrire du jour de saint Etienne. Nous avons été fort touchées de Yotre accident, et ensuite fort en peine de votre voyage, craignant qu'il ne vous fasse tort; c'est pourquoi notre mère prie M. Collart, premier chirurgien de monseigneur d'Orléans, qui vous rendra ce billet, déjuger par le rapport que vous lui ferez de votre mal, si vous devez vous mettre en chemin, afln de ne rien faire que par Tordre de Dieu, qui veut qu'on prenne conseil en toutes choses de ceux qui doivent être juges des choses. Il est vrai que vous êtes bien traversée dans votre dessein, mais il faut tout recevoir de la main de Dieu comme Job, qui dit que Dieu lui avoit ôté ses biens, encore que c'eût été le démon. Pour moi, je présuppose que nous n'aurons point besoin de vous éprouver, parce que vous l'aurez été auparavant. Je vous supplie de ne vous point fâcher si H. Collart vous conseille de retarder. Il faut aimer les temps que Dieu a marqués pour tontes choses, et ne les vouloir pas avancer d'un moment. Je suis toute à vous , ma très-chère sœur, et votre très-humble servante ,
Sœur Agnès, R. ind.
Je recommande à vos prières deux de nos sœurs qui moururent le premier jour de l'an, dont l'une étoit ma propre sœur*.
I La sœur Anne- Eugénie de Tlncarnation Ârnauld. L'autre religieuse, oui mourut ce même jour, était une converse nonunée sœur Françoise de Saînte-Caiberine Fatière.