CLXXII. — A MADAME l'ABBESSB DE JOUARBB
GLXXn.— A Madame rAbbasse de Jonarre.
Sur la mort de la sœur ÀDoe-Eugénie de TlncarDation Arnauld.
(Janvier 4653.)
Ma sœur Anne-Eugénie étoit fort constante dans ses
affections, et fort reconnoissante de celle qu'on lui avoit témoignée, c'est pourquoi elle vous devoit beaucoup. Il est vrai, ma très-chère mère, que noire communauté croit avoir beaucoup perdu, et qu'une bonne relifi^euse, telle que j'ose dire quelle étoit, ne sauroit être trop regrettée; et pour moi qui n'oserois pas prendre les saints pour modèles, quoique nous 7 soyons obligées, je m'eslimerois heureuse qu'il plût à Dieu de me mettre dans les dispositions de grâce qui ont paru en elle. Je vous supplie très-humblement, ma chère mère, qu'après avoir prié Dieu qu'il achève l'œuvre de sa miséricorde en elle, vous demandiez qu'il la commence en moi d'une autre manière qu'elle n'a été jusqu'à présent, parce que si sa bonté a été grande sur moi, ma correspondance a été très-petite.
GLXXUI.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Inoamatioii Le Conte.
Sur la bénédiction de Tégiise et la consécration de Tautel de Port-RoyaU dès-Champs, après que Ton eut rehaussé Téglise '.
(U) Jfars1653.
Ma très-chère sœur, Il est bien nécessaire que vous ayez bonne opinion de ce que je vous suis, autremôft vous auriez grand sujet de vous plaindre du peu de reconnoissance que
< «Le 16 mars 1652, samedi avantle dimanche de la Passion, on commença à travailler à rehausser Téglise de PortrRoyal-des-Gbamps. Le 4 ou 5 d^avril Ton en ôia le Saint-Sacrement, qui fut mis dans le petit chœur d*en bas. où Ton dressa un autel.... Le 7 mars 4653, jour ae saint Thomas d*Aquin, vendredi delà première semaine de carême, Monseigneur Vialart, évéque de Chàlons-sur-Marne, fit la consécration du grand autel. Celle de Tautel de saint Laurent fut remise à un autre jour. 11 bénit premièremem i*église de dedans, c*esi-à-dire la terre qui ne réuit pas, ajani été rehaussée de sept pieds de sable ; et ensuite il fit la cérémonie de cette consécration en la manière accoutumée, puis donna la confirmation à quantité de
â48 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
j'ai de vos bontés pour moi, de me faire part de tous vos biens spirituels. J'avois en vie d'être présente d'esprit à votre cérémonie^ mais pour n'avoir pas eu la fidélité de voir l'invisible, je n'ai rien ressenti de la rosée céleste qui sera tombée sur celles qui éloient et présentes et agissantes, pour ne pas recevoir cette grâce en vain. Je tâcherai de me trouver aujourd'hui à l'entrée que vous ferez au chœur, et au rétablissement du Saint-Sacrement dans son trône principal, où il y a plusieurs centaines d^années qu'il réside, mais où il n'a pas toujours reçu les hommages qui lui étoient dus. Plaise à sa bonté que nous soyons alignes de lui en rendre de plus fidèles, afin que Jésus-Christ, en ce mystère, soit présent dans nous, comme il Test au dehors, puisque, selon saint Ambroise, il est loin des négligens, et proche de ceux qui sont fervens et parfaits. Il faut que vous ayez patience encore huit jours avant que d'avoir de l'eau de la Samaritaine. Et cependant on nous présente aujourd'hui un pressoir dans lequel a été pressuré le vin dont les apôtres ont été enivrés à la Pentecôte ; mais il faut craindre que la vigne qui le doit produire, au lieu de porter des grappes, ne porte des lambruches, je ne sais ce que c'est, sinon quelque chose qui ne vaut rien. Nous ne sommes pas si misépersonnes des i^illages d*alentour. Tenues à dessein de recevoir ceUe grâce. Après quoi M. Ârnauld célébra la messe sur Fautel consacré de nouveau, el dit celle de la Dédicace. Le Saint-Sacre meni demeura encore dans le petit chœur, et Ton continua à y dire Toflice, parce qu*il y avait encore « iraTailler à Téglise.
c Tout ayant été achevé le 1 4 de mars, vendredi de la deuxième semaine de carême, huit jours après la consécration de l'autel. Pou v Tut dire Tierce, après lesauelles M. Arnauld, accompagné de diacre et de sous-diacre, et suivi de M. le duc de Luynes et de tous les solitaires, qui tenaient tous des cierges allumés, vinrent prendre le Saini-Sacremeni dans le petit chœur, lequel fut conduit processionnel lement jusqu*à Taulel, pendant que les religieuses chantaient le Panye Hngua dans leur chœur, la grille ouverte, avec des cierges allumés dans leurs mains. L*on chanta ensuite solennellement la messe de la Dédicace. Depuis ce jour. Ton dit toujours Tolfice dans le grand chœur, excepté Matines et Laudes que Ton continua de dire toutes ensemble dans la chambre de saint Bernard, jusqu*au jeudi-saint, 10 avril de la même année, les chemins n*étant pas encore assez clos pour y passer la nuit. » (Chronologie de Port- Royal, J
Lorsqu'on détruisit Port-Royal-des-Champs, on se contenta de raser Féglise ei de profaner les tombeaux qui étaient dans les sept pieds de terre de Texhaustement. Depuis, on a découvert les fondations primitives que Ton peut voir encore aujourd'hui.