‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 138 sur 246 · CLXXIII.— A LA SOBTl MARIE-DOROTHÊC DB l'iHCAIHATIOH. i · texte numérisé non relu

CLXXIII.— A LA SOBTl MARIE-DOROTHÊC DB l'iHCAIHATIOH. i

rables que de tuer rkéritier de la Tigoe, mais nous ne loi rendons guère d*honneur> et nous voulons que la plupart des fruits soient pour nous et fort peu pour loi. J'espère que vous prierez Dieu avec moins de distraction dans votre nouvelle Eglise^ et que vous expérimenterez ce que* nous disons cette semaine de Jacob : Vraiment Dim e$l M et je n'en savms rien ; car nous agissons comme si nous ne le savions pas. Je pense que c'est à ce saint patriarche qu'il se faut adresser pour avoir la révérence qu'on doit porter à Dieu. Car cette parole : Frotment Keu e$i ici, montre qu'il en avoit un sentiment et une expérience merveilleuse^ et cela suffit pour f^re une bonne oraison; comme aussi la belle Considération sur le Lazare d'hier (qui n'est (las perdue comme on vous a mandé), et le trte-bon riche, qui est Dieu^ est encore bien capable de nous fixer Tesprit lorsque nous nous présentons devant lui ; mais cela ne se fait pas pourtant^ que quand il platt à Jésus-Christ dont le Lazare éloit la figure, de répandre sur notre langue une goutte de son eau qui la rende capable de i^arler à Dieu ; autrement elle demeure attachée au palais de notre bouche, et ne disant rien à Dieu pour n'avoir point de dévotion, qui est la langue de l'âme, il ne nous dit rien aussi, et on s'en retourne toute sèche. Néanmoins il me semble que l'on reçoit le fruit de son oraison tout à la fois quand on a soin de se recueillir ensuite. Mais il arrive au contraire qu'après avoir fait ce que Ton a pu pendant la prière pour rejeter les distractions, on s'y abandonne aussitôt, et ainsi on perd tout ce qu'on avoit gagné en y résistant. Je vous dis, ma obère sœur, ce qui m'arrive, afin que vous vous en gardiez.

Je salue très-humblement mademoiselle Constant. Je suis bien aise que vous en soyez contente, car elle me revient fort, sinon qu'elle est trop sage ; cela m'interdit un peu, mais il n'y a pas sujet de se plaindre de cela, qui est une vertu et une marque d'un esprit merveilleusement modéré; c'est pourquoi je l'appréhende, pour la honte que cela me fait.

Je suis toute à vous, ma très-chère sœur, et à la vie et à la mort.

GLXXIY.— A Monsieiir le Maître.

Au sujet d'une lettre qu*il avait écrite à la sœur Angélique de Saint- Jean

Amauld d*Ândiilj.

Gloire à Jésus au Très-Saini-Sacrement I

28 mars 1653.

Mon très-cher neveu. Nous avons bien gagné aux papiers de H. Des Pierres, puisqu'il s'y trouve de si bonnes pièces pour nous défendre contre l'Ordre. Je vous supplie très-humblement de vous donner le loisir de les voir et d'en extraire ce que vous voudrez, afin de nous renvoyer les originaux, car j^aurois grande confusion de ne les pouvoir rendre quand on me les redemandera. On accuse les jansénist s de n'être pas assez religieux à garder leur parole ; il faut rendre cette accusation fausse, aussi bien que les autres choses qu'on dit de nous.

Je vis hier le billet que vous écriviez à ma sœur Angélique ^ Il me semble que frère Antoine* devroit envoyer ses lettres ouvertes à notre mère' quand il écrit à ses religieuses, et je crois qu'elle lui auroit fait corriger celle-ci, car pourquoi lui faire des applaudissemens si affectés sur son retour ? Je sais, mon très-cher neveu, que vous les avez dans le cœur et que vous êtes tout rempli de bonté et de charité pour nous toutes; mais il n'est pas toujours à propos de le témoigner par des paroles, de peur de se rendre de l'huile les uns aux autres. J'ai cru que vous recevriez en bonne part cette petite correction en considération de ma vieillesse, quoique l'Écriture sainte dise qu'elle n'est pas vénérable pour les années seulement, et je n'ai que cela qui me rende recommandable.

Priez Dieu pour nous, je vous supplie, mon très-cher neveu^ en ces saints jours. Je demande la même grâce à mon neveu de Sacy, à qui je suis, comme à vous.

Très-humble servante.

Achevée le 30 mars.

^ \a sœur Angélique de Saint-Jean.

' Antoine le Maître.

* La mère Angélique.

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