‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 157 sur 246 · CCIV.— A la sœur Marie de Saint-Joseph Midoife · texte numérisé non relu

CCIV.— A la sœur Marie de Saint-Joseph Midoife

Sur U reconnaissance envers Dieu et envers les créatares.— Dieu veot être loué et remercié en esprit. — Comment il faut mortifier les mouvements de Tamour propre , même dans les choses saintes.

Gloire à Jésus auTrès-SainirSacrement!

Mardi 7 octobre 4653.

Ma très-cbëre sœur^ Celle que vous avez pris la peine de nous écrire, nous apprend Teslime que nous devons faire des moindres grâces de Ûieu qui surpassent inflniment celles que nous recevons des créatures ; et cependant les unes nous tiennent quelquefois plus au cœur que les plus grandes et les plus précieuses. Je crois^ ma chère sœur^ que vous n'êtes pas de même, mais plutôt que votre reconnoissance vers les créatures n'est qu'une réfusion de celle que vous avez pour Dieu. Mais il y a celte différence qu'on témoigne aux hommes par des paroles qu'on ressent les faveurs qu'ils nous font; au lieu que c'est par le silence qu'on remercie Dieu de ses bienfaits, parce que le langage du cœur lui plaît davantage que celui de la langue. L'on avance ces paroles de sentiment au regard des hommes; et l'on accompagne le silence dont on traite avec Dieu de l'amortissement de ses passions ; je dis de celles-là même qui sont spirituelles et qui excitent des ferveurs dans les sens, parce que Dieu est esprit et il veut être loué et remercié aussi bien qu^adoré par le seul esprit. Et c'est ce qui rend les actions de grâces continuelles, comme saint Paul veut que soient celles des chrétiens, parce qu^elles dépendent d*un principe permanent qui est la foi et la charité répandues dans le cœur par le Saint-Esprit, et non par des lumières passagères et des sentimens excités par des réflexions humaines. Je veux dire que, comme on peut parler à Dieu par le silence, on peut aussi le remercier sans que les sens s^en mêlent avec leurs émotions qui rabaissent beaucoup les choses saintes.

Il faut étendre jusque-là, ma chère sœur, la maxime que vous nous rapportez, qu'il faut mourir avant que de mourir ; car

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