CCV.— A MONSIEUR LE MAITRE
ce ne seroit pas assez de mourir aux choses extérieures^ si Ton ne mortiûoit aussi les mouyemens de son esprit qui veut les choses de Dieu et qui les pratique avec empressement et ardeur^ non pas celle qui est animée par le feu que Jésus- Christ est venu apporter en la terre^ mais par le feu de l'amour-propre qui est plus actif que le premier, parce qu'il est toujours demeurant et agissant en nous; et l'autre feu n'y est que lorsqu'il plaît à Jésus-Christ de l'allumer dans nos cœurs. Et ce qui nous doit éloigner de cette manière d'agir vers Dieu avec une ferveur excitée par nous-mêmes^ c'est qu'elle nous dispose d'agir avec la même chaleur dans les autres choses qui nous concernent^ et de là viennent les arrêts à notre propre volonté, à notre propre sens, et généralement à toutes les choses qu'on croit justes et raisonnables; au lieu qu'une personne qui amortit ses meilleurs sentimens n'a garde de nourrir ceux qui naissent de la nature.
Je vous dis^ ma chère sœur, ce que je me dis à moi-même, étant toutes deux dans l'obligation de nous préparer à la mort en mourant à nos défauts, et principalement à celui qui règne principalement en nous, que nous ne pouvons connoître que par la lumière d'autrui; et il y a beaucoup d'années que l'on vous dit que votre dévotion envers Dieu est trop empressée, et que vous faites vous-même ce que vous devriez attendre de son opération sainte en vous. J'ai peur que ce que je vous en dis vous fasse de la peine,contre mon intention^ qui vous désire une profonde paix sans laquelle le Dieu de paix ne peut reposer en notre âme. Je suis en lui,
Ha très-chère sœur.
Votre très-humble et très-affectionnée sœur et servanieen J.-C.,
Sœur Agnès db Saint-Paul. R. ind.
CCY.— A M onsienr Antoine le Maître, anx Granges. Elle rengage à yenir lui parler.
Mercredi 45 octobre 4653.
Mon très-cher neveu, Je pense que vous croyez que je sois retournée à Paris, ou bien que je sois ici pour y vivre enexcom-
mnniée^ puisque vous ne dai^nrz pas me demander depuis si longtemps. C'est pourquoi de Taulorité de tante et d'une vénérable vieille, je vous donne heure aujourd'hui à midi au parloir de Sainte-Madeleine^ où je vous ferai des reproches de votre retirement^ qui n'empêche pas que je ne sois toute à vous.
Sœur Agnès, R. ind.