‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 163 sur 246 · CCXIII. — A LA SCEl'R ELISABETH DE SAINTE- AGNÈS · texte numérisé non relu

CCXIII. — A LA SCEl'R ELISABETH DE SAINTE- AGNÈS

nouvelles par vous-même, et j'ai trouvé de quoi me réjouir, encore qu'elles ne soient pas telles qu'on les peut désirer, dans la satisfaction que vous témoignez avoir du lieu où vous êtes, et par de si bons motifs ; car il est à espérer qu'ayant tantd'estime des personnes qui sont à Dieu comme il faut, et qui rendent une odeur de vertu qui vous édifie, vous tâcherez de leur ressembler. Il ne tient à guère, ma cbère sœur, puisque le plus fort est fait. Vous vous êtes engagée dans une vie de pénitence, c'est-à-dire de violence contre vous-même, et cependant vous vous laissez vaincre à une légère tentation > comme est celle de différer votre office ; au lieu que n'ayant pas peut-être toute la dévotion qui seroit nécessaire pour vous en bien acquitter, vous y devriez suppléer par la ponctualité à le dire précisément aux beures, autant qu'il est possible, puisque l'un dépend bien plus de vous que Tautre. Notre-Seigneur dit qu*on donnera à celui qui a quelque chose, el qu'à celui qui n'a rien on lui ôtera même ce qu'il n*a pas. Vous devriez avoir la fidélité à faire extérieurement ce que Dieu demande de vous, et il vous donneroit le mouvement intérieur que vous ne sauriez avoir sans la grâce. Que s'il ne trouve pas cela en vous, non-seulement il ne vous donnera rien, mais il vous ôtera ce (|ue vous n'avez pas, en vous laissant tomber dans une impuissance opposée au pouvoir qu'il vous avoit donné de vous vaincre; car la réitération des fautes forme une babitude, et rhabitude une coutume, la coutume une nécessité dont il est très-difficile de se délivrer, parce que Notre Seigneur dit que celui qui commet le péché est esclave du péché. Appréhendez donc, ma chère sœur, un état si misérable et â quoi vous ne vous laissez aller quVn croyant que ce n'est pas grand' chose, ne croyant pas que vous voulussiez adhérera une chose que vous croiriez fort mauvaise, quoique ce soit une maxime infaillible puisqu'elle est de la vérité éternelle, que celui qui est infidèle en peu de choses, le sera en de grandes choses; et il est plus aisé de se maintenir dans la fidélité aux petites choses, que de s'empêcher de tomber dans les grandes fautes lorsqu'on y est disposé par le relâchement volontaire dans les petites, qui est une autre vérité terrible, et qui nous doit donner autant d'horreur, comme dit M. de Saint- Cyran, du moin-

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dre péché véniel que du plus grand péché mortel. Je me promets, ma chère sœur, que votre dévotion du carême vous portera à corriger ce défaut principal, et que votre âme étant fortifiée par le jeûne spirituel, (au lieu que celui du corps affoiblit^) vous serez tout autrement fervente que vous n'avez été jusqu'à présent.

Je n'ai pas manquéle jour de sainte Agnès de vous recommander aux prières de nos sœurs du noviciat; elles vous demandent les vôtres du même cœur qu'elles les offriront à Dieu pour vous; et moi, ma chère sœur^ je me joins à elle pour vous désirer toutes les grâces qu'il plaira à Dieu de vous donner, puisqu'il m'oblige de n'avoir pas moins d'affection pour votre salut que pour le mien propre.

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