‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 165 sur 246 · CCXV. — A LA SOEUR MADELEINE DE SAINTE-CHRISTINE · texte numérisé non relu

CCXV. — A LA SOEUR MADELEINE DE SAINTE-CHRISTINE

quenl notablement sont toujours à charge et occupent inutile^ ment une place dans la religion qui est une école de vertu; c'est pourquoi il faut tâcher de n'être pas de ce nombre. Pour la veille du Saint*Sacrement, ce sera assez que vous la fassiez nne fois la semaine.

Je prie Dieu que Texacteté* que vous aurez à la garde du silence soit le supplément de tout le reste que vous ne ferez pas, comme il est un instrument général de toutes les vertus, et particulièrement pour obtenir l'esprit d'oraison et de recueillement, sans lequel on est au rang de ces bêtes qui étoient avec Jésus-Christ dans lé désert, qui étoient incapables d'avoir de la conversation avec lui. Ck^tte pensée m'a frappé l'esprit, encore qu'elle soit bien basse, mais nous sommes encore audessous, n'étant que trop vrai que notre esprit ne s'élève vers Dieu que très-passagèrement.

CCXY.— A la sœnr Madeleine de Sainte-Ghristiiie Briquet, alors pensionnaire, âgée de 42 ou 13 ans*.

Au sujet de sa première communion.

Ha très-chère sœur. J'ai eu bien de la joie d'apprendre par votre lettre que vous avez fait votre première communion, et de ce que madame d'Aumont nous a dit que Dieu vous avoit donné beaucoup de respect et de dévotion pour une action si sainte et si importante à votre salut. Je ne manquerai pas de vous recommander aux prières de nos sœurs, afln que la grâce que Dieu vous a faite soit suivie d'une autre grâce qui est celle de tirer fruit d'une si grande faveur que vous avez reçue de Dieu. Vous ne le sauriez mieux faire, ma chère fille, qu*en devenant bien humble, comme Dieu vous inspire de le désirer. Je vous envoie une petite image pour vous faire souvenir

^ Exactitude.

> La sœur Madeleine de Sainte-Chrisline Briquet fut élevée à Port-Royal depuis Tâge de trois ans; elle reçut Thabit de novice le 9 février 4659, et fit profession le 44 avril 4660. Elle est morte le 30 novembre 4689, Agée de 47 ans.

que votre cœur est maintenant le tabernacle de Jésus-Cbrîst où il ne doit rien entrer que lui seul.

Je vous supplie^ ma très-chère flUe, de le prier qu'il me fasse miséricorde^ et de me croire voire très-humble servante.

GCXVI.— A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse

Amanld d'Andilly.

Ceftt en 8*abstenant des satîsractions des sens que nous trouvons de la cobsolalion en Dieu : on ne doit point rompre volontairement ce jeûne de Tesprit, mais raccompagner de Toraison.

{Vers Pâques. Avnl 4654.)

Ha très-chère sœur. Je prends grande part à la bénédiction que vous avez reçue de parler à H. Singlin. Dieu fait cette grâce à qui il lui plait, el il la refuse aussi comme il lui plaît; le premier est toujours par miséricorde et le second avec justice, car nous ne méritons point qu'il nous donne un si grand secours; c'est pourquoi il le faut recevoir avec actions de grâces et comme un talent qu'il faut faire valoir. J'espère, ma chère sœur, que vous en profiterez encore plus que les autres fois que vous en avez toujours été fortifiée. C'est une chose bien aisée que celle qu'il vous a ordonnée de rendre compte de votre état, pourvu que vous vouliez bien être connue dans vos foiblesses et que vous vous serviez des moyens qu'on vous donnera pour en sortir. Je crois, ma chère sœur, que votre plus grand remède est de lever souvent les yeux au ciel pour demander à Dieu qu'il vous donne ce qu'il vous demande. Il nous dit par la bouche de saint Paul ce que nous devons faire lorsqu'il nous a ressuscites avec Jésus-Christ (comme il fait toutes les âmes qu'il appelle à son service), qui est de chercher les choses d'en haut et de goûter les choses célestes. C'est un état bien élevé à quoi néanmoins tous les chrétiens sont obligés. Hais pour y aller pur degrés, il faut peu à peu ne rechercher plus les amusemens qui plaisent aux sens, et ne les goûter plus quand ils se présentent; et quand Notre-Seigneur verra que nous nous abstenons de ces choses, il nous fera trouver de la consolation en lui-même, selon que dit la sainte Vierge

ccxvii.— A LA 8(KUR harie-angèliqub de sainte-thébAsk. 3t3

dans le Magnificat: qu'il remplit de biens ceux qui ont faim. Cest là^ ma chère sœur, le jeûne <\ue vous de^ez garder, et moi avecvous^ non-seulement depuis la Sainte-Croix jusqu'à Pâques, mais aussi depuis Pâques jusqu'à la Sainte-Croix; car on doit a^oir dessein de ne rompre point ce jeûne si salutaire qui engraisse et fortifle nos âmes ; et c'est pour cela qu'il est tant recommandé dans rÉcriture sainte, qui ne parleroit pas si avantageusement du jeûne du corps s'il ne comprenoit celui de Tesprit. C'est pourquoi elle dit que l'oraison doit accompagner le jeûne, parce qu'il dispose à la bien faire, remplissant rame de saintes pensées et attirant les consolations divines dans son cœur, selon ce que dit David : Mon âme a refusé d'être consolée, c'est-à-dire, elle n'a point cherché de divertissement, je me suis souvenu de DieUy et fai été comblé de joie. Je supplie Notre-Seigneur qu'il vous fasse sentir qu'il n'y a point de gène dans cette pratique, au contraire que l'âme y trouve son repos et sa liberté.

J'ai bien remercié M. Singlin de la charité qu'il vous avoit faite ; il espère que Dieu achèvera en vous ce qu'il y a commencé. C'est ce que je lui demande de tout mon cœur, et qu'il me fasse la grâce de vous pouvoir servir |)Our être toute à lui.

Je vous supplie de demander permission à notre mère que la sœur qui fait la conférence du noviciat assure toutes nos sœurs qu'elles me sont fort chères, et que je me réjouis qu'elles aient gagné à notre absence.

GGXVn.—A la sœur Marid-Angélique de Sainta-Tkérèse

Amanld d'Andilly.

Sur la conduite qu'il faut garder dans Pétat de maladie.

Vers la fin d'avril «654.

Ha très-chère sœur , Je demanderai de vos nouvelles à H. Singlin. Je crois qu'il aura été content de vous si vous avez fait quelque chose de bon, encore que ce ne soit pas tout ce que l'on peut désirer, car pour peu que l'on marche dans la bonne voie, on approche toujours du lieu où l'on tend. Je suis

fâchée aussi bien qiie vous de ce que vous allez être malade, jfiijd prierai Dieu de vous guérir, comme on le prie d'éloigner de nous les tentations et les occasions de nous affoiblir. Hais après tout il faudra que nous ajoutions que la volonté de Dieu soit faite; car c'est elle seule qui est sainte, et de qui dépend notre sanclificalion. Et, puisqu'il faut réparer ses fautes par des actions contraires dans les mêmes sujets où l'on a manqué, c'est peut-être le dessein de Dieu qu'ayant été fort imparfaite dans vos maladies, de vous en envoyer une autre dans laquelle vous vous comportiez plus religieusement. Hais ce ne sera pas en cachant votre mal le plus que vous pourrez, au contraire vous le devez dire dès le commencement, afin de vous soumettre aux remèdes que vous n'aimez point et qui font une partie de la croix de la maladie. Après cela il faut encore accepter tous les manquemens qui arrivent dans les soins qu'on a de nous, et ne les exiger pas comme des choses dues, mais les recevoir comme des charités dont on demeure redevable à ceux qui les rendent. Il faut encore souffrir l'ennui qui est pire que le mal, et l'offrir à Dieu en union de la tristesse de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le Jardin, et se sou* venir qu'il attend de nous ce supplément à sa Passion , que nous souffrirons de bon cœur les maladies dont il n'a point été capable.

Enfin, ma chère sœur, comme il y a sujet de se relâcher dans la maladie, il y a aussi de quoi profiter beaucoup pour peu qu*on le désire, car tout contribue à mortifier, à détacher et à [U'iver de toutes les choses auxquelles on se plait et on s'amuse dans la santé; et vous savez par expérience qu'un seul regard vers Dieu élève plus le cœur et le nourrit davantage que de longues oraisons en autre temps. Et puisque la foi nous oblige de croire que cet état est le meilleur, il faut que l'espérance suive et que la charité ne s'en éloigne pas.

Je vous supplie de saluer ma sœur Angélique de Saint-Jean pour moi, et de l'assurer que je satisferai à ce qu'elle désire. Je la traite en aînée en ne lui écrivant point, car c'est un partage avantageux en la loi nouvelle d'être peu caressé et peu considéré extérieurement. Si je pensois qu'elle désirât autre chose, je lui ferois plus de façon, et je l'en aimerois moins.

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