CCXVIII.— A LA MERE MARIE-DOROTHÈE DE L'INCARNATION
Je VOUS charge encore de saluer de notre part toutes celles que vous verrez légilimement et par occasion, car il n'y en a point, ni petite, ni grande, que je n'embrasse de tout mon cœur, et que je n'aie sujet de remercier de la charité qu'elles ont pour moi, car c'est de quoi je ne doute point et de quoi je ne veux pas être ingrate, non plus que de la vôtre qui surpasse celle que j'ai pour vous, mais non pas celle que je désire avoir s'il plaît à Dieu de me la donner.
Adieu, ma chère sœur.
GGXVIII.— A la mère Marie-Dorothée de llncarnation Le Conte.
Sur divers sujets.
49 mai 4654.
Ha très-chère mère. Nous avons renvoyé tout ce que nous avons reçu de vous pour l'Ascension. Il y en avoit une partie jointe au dimanche de Quasimodo. Nous vous enverrons la Pentecôte assez à temps. Puisque H. de Sacy trouve les serr mons beaux et utiles, nous les devons tenir pour tels; avec les ornemens qu'il y aura donnés, il égalera le reste.
Pour répondre aux doutes, !<> nous ne faisons point mémoire du Saint-Sacrement a Laudes, encore qu'on ait fait l'offlce d^un double, l'adoration du matin en tient la place;' 2» l'on dit tous les jours De Profundis k Pretiosa, hormis le jour de Pâques et celui de la Pentecôte; 3^ on dit trois oraisons quand on le fait de la Vierge, la deuxième pour l'Église et la troisième pour la paix. S'il arrive qu'on n'ait pas dit Exaudiai après la messe, on dit l'oraison pour le roi à la place de celle pour l'Église ; ^o on dit 0 Sacramenlum pour la commémoration du Saint-Sacrement, pendant les octaves où l'on chante les hymnes sur le chant des doubles.
Je ne vous puis dire, ma chère mère, la joie que j'ai que vous ayez vu M. Singlin tout de bon, et que vous n'aurez plus de peine à l'avenir pour ce regard. Vous voilà maintenant dans une liberté d'esprit tout entière, et tous vos liens sont rompus, n'ayant plus aucun sujet de croire qu'on ne vous connolt pas, et ensuite vous serez obligée de croire de voiis
tout ce que l'on vous dira, n'ayant plus à dire qu'on se peut tromper parce qu'on ne \ous connott pas. J'ai bien envie de faire ce que dit H. de Saint-Cyrun, qu'il faut recevoir le Saint- Esprit en la compagnie de ses amis^ parce qu'il est un don commun. 11 me semble que cela veut dire qu'il faut le désirer pour ceux que nous aimons autant que pour nous-même. Et pour moi, je le désire encore plus pour ceux-là que pour moi, parce que je crois qu'ils sont mieux disposés à le recevoir. Je le supplie seulement qu'il ne s'éloigne pas tout à fait de moi, et qu'il me donne, s'il lui plait, quelque étincelle de ces grandes flammes qui embrasent les parfaits, qui tiennent dans l'Église la place des apôtres.
Je vous supplie de dire à ma sœur Angélique de Sainte- Agnès que je lui écrirai, s'il plaità Dieu, au premier jour, que je la salue très-humblement, et que j'ai satisfait à ce qu'elle a désiré de moi. Je salue de tout mon cœur les trois autres Angélique ^ : je me promets que la fièvre de ma novice n'a pas continué. J'écrirai à ma sœur Marie de Sainte-Ëlisabelh quand j'aurai le sermon du premier dimanche, qui n'est pas encore fait; je la salue très-humblement.
Je suis, ma chère mère, entièrement à vous.
GCXEL.— A la sœnr Angélique de Sainte-Agnès de Marie
de la Falaire.
Au sujet d'une autre religieuse. — Il n'y a de paix en ce monde qu*en mourant tous les jours à soi-même : il ne faut pas craindre de irop faire |»our Dieu.
Fers /« 90 mot 4654.
Ha très-chère sœur, Celle que vous avez écrite à N. est fort capable de la toucher, s'il plait à Dieu d'y donner sa bénédiction. Si elle vouloit bien faire ce que vous lui dites, de croire plus aux autres qu'à elle-même, il y auroit lieu de la servir, en lui faisant voir l'importance de ses manquemens, et en lui donnant des remèdes. Mais quoique souvent on s'accuse en
1 La mère Angélique, qui vint à Paris dans Toctave de la Pentecôte, Î4 mai 1654, et retourna k Port-Royal-des-Cbamjps dans Toclave de It fête du Saint-Sacrement ; la sœur Angélique de Saint-Jean, et la sœur Marie Angélique de Sainte-Thérèse.