‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 168 sur 246 · GCIXIII.— A LA SOBUR MARIE-ANGÉLIQUE DE SAINTE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

GCIXIII.— A LA SOBUR MARIE-ANGÉLIQUE DE SAINTE-THÉRÈSE

VOUS devoit donner cette bonne nouvelle. Je me réjouis^ ma chère sœur, de ce que vous Pavez reçue avec humilité^ et que vous désirez de faire suivre ce qui n'a pas précédé, en répa* rant par la profession les fautes de votre noviciat, qui sont plus excusables que celles que Ton commet après la profession. C'est pourquoi si Ton savoit qu'une novice fort imparfaite devroit être meilleure après la profession^ on ne feroit nulle difficulté de l'admettre. Et il semble que Dieu ait donné à la communauté cet esprit de prophétie à votre égard, ne s'étant point arrêtée à tout le passé dans l'espérance de Tavenir; tellement que vous pouvez dire avec saint Paul, que vous êtei sauvée par espérance. Ayez-la donc bien ferme, ma chère sœur, en celui qui vous a délivrée, qui vous délivre et qui vous délivrera. Dieu vous a délivrée, ou plutôt arrachée avec violence du siècle méchant, et il vous en délivre et vous délivrera de plus en plus des restes de Fesprit du monde et de toute la corruption du vieil homme, par la grâce de ce second baptême qui sera au Saint-Esprit et au feu d'un amour tout nouveau pour Jésus-Christ, qui vous a aimée malgré vous, s'il faut ainsi dire, puisque vous êtes la brebis égarée qu'il a eu tant de peine de ramener. C'est pourquoi la providence de Dieu a voulu que vous ayez été reçue, de sorte que si vous eussiez été ici S on vous eût annoncé au chapitre votre réception la semaine du Bon-Pasteur, qui se réjouit d'avoir trouvé sa pauvre brebis. 11 y a une autre rencontre qui vous doit être bien chère, qui est qu'on a tiré vos voix pendant l'octave du Saint-Sacrement, auquel vous devez être consacrée; ce qui vous apprend que, ce mystère étant le sacrifice non sanglant, ce ne sera pas dans la pénitence du corps que vous rendrez à Dieu des preuves de votre charité, mais dans le sacrifice de votre âme, de vos affections et de vos inclinations, desc^uelles vous vous séparerez par la puissance de sa grâce, comme la puissance de sa parole sépare les accidens du pain d'avec la substance du même pain qui est toute ôtée pour céder la place au corps précieux de Jésus-Christ, de sorte que comme ce sacrement est l'extension de tous les mystères, de même votre

i A Paris.

péDitcDcc intérieure surpassera l'extérieure que font les autres qui ont plus de santé ; et vous serez exempte de la vaine satisfaction que Ton prend quelquefois dans les observances, qui fait même qu'on néglige davantage la mortification de Tesprit.

C'est la pensée que j'ai eue sur ce sujet que je vous dis^ ma chère sœur, pour vous témoigner que je prencls plaisir à vous entretenir, et que je vous aime bien fort comme ma chère novice, car il me semble que pas une autre ne m'a jamais tant touché le cœur, ce qui m'obligeoit à faire plus devant Dieu pour vous que je n'ai pas fait, mais il a i^uppléé par sa bonté qui surpasse nos désirs et nos mérites.

Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.

CCXXIY.— A la mère Marie-Dorothée de rincamation Le Conta,

prieure de Port-Royal-des-Champs.

Elle lui icmoigne son désir d*aller à Port-Royal-des-Champs lous les ans, et Tencourage dans les difficultés de sa charge.

Gloire à Jésus au Très-Saint- Sacrement !

Ce jour do sainte Madeleine (22 juillet iSoi).

Ma très-chère mère, Je désire fort que vous ayez la liberté de nous écrire pour vous soulager un peu ; il faudroit adresser vus lettres à M. de Rebours, qui est fort circonspect, et qui me les donneroit en main propre. Je n'ai osé vous rien répondre sur le sujet du voyage qu'on dit que je ferai tous les ans à Port-Royal. Vous ne devez point douter, ma chère mère, que je ne le désire extrêmement, mais je n'y oscrois penser, eu égard à l'accablement où fut notre mère * l'année passée, car j'en ai les larmes aux yeux quand on me le raconte; néanmoins, il y auroit une grande difTérence, qui seroit la présence de M. Singlin, qui lui manquoit et qui a un pouvoir admirable de la mettre en repos ^ Et en effet, il faut bien que ce fût l'ennui de mon absence qui la surchargea de

^ La mère Angélique.

' Pendant le voyage de la mère Agnès en septembre et octobre 1653, M. Singlin éiait & Fort-Royal-des-Champs.

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