‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 171 sur 246 · CCXXX. — A LA S€EUR MARIE DE SA IlfT- JOSEPH · texte numérisé non relu

CCXXX. — A LA S€EUR MARIE DE SA IlfT- JOSEPH

GGXXX.— A la sœur Mari6 de Saint-Joseph Midorge.

Elle se réjouit d'apprendre que Dieu a essuyé ses larmes.— Si dous avions donné véritablement notre cœur à Dieu, nous serions incapables de nous aflliger de la séparation des créatures, etc.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremeut !

De Port'Royal'deS'ChampSf !•' octobre (4654).

Ma très-chère sœur^ Je vous remercie très-humblement de la joie que vous m'avez donnée par celle qu'il vous a plu de m'écrire^ en me faisant savoir que Dieu a essuyé vos larmes d'une admirable manière, en vous faisant la grâce d'en répandre de plus saintes^ que David appelle les eaux qui sont par-dessus les cieux^ lesquelles bénissent le nom du Seigneur et sont des effets de son Saint-Esprit qui gémit en nous par des gémissemens ineffables. Je ne me fâche points ma trèschère sŒur^ de vous voir pleurer de la sorte, au contraire je m'en réjouis, non pas de ce que vous pleurez, mais de ce que vos larmes sont en la présence de Dieu et pour Dieu, pour réparer le déchet que vous aviez fait à son amour en voulant posséder une créature. Pouviez-vous lui dire en cet état avec vérité ce que vous lui dites souvent dans le pseautier : Quai-je voulu, Seigneur, dans le ciel, et, hors de vous, qu'ai-je désiré sur la terre? vous êtes le Dieu de mon cœur et mon unique partage dans Véternilé. Je dirai donc maintenant ce verset pour vous avec joie, et ce sera une prière excellente que je ferai à votre intention ; celles que nous faisons à Dieu pour lui demander ses grâces ne lui étant point agréables, si nous n'écoutons en même temps celle qu'il nous fait dans sa parole sacrée où il nous dit : Ma fille, donnez-moi votre cœur. Que si nous le lui avions donné véritablement, nous serions incapables d'aimer aucune des créatures qu'autant qu'il nous permet de les aimer; et aussitôt qu'il nous diroit : séparez-vous de cette personne, nous romprions aussitôt tous les liens qui nous y attachent, pour nous envoler dans le sein de Dieu, n'étant jamais plus agiles que quand nous sommes dépouillées de quelque chose pour Tamour de lui.

Je VOUS remercie donc une seconde fois, ma chère sœur, de m'avoir soulagée de ce qui me pesoit sur le cœur, qui étoit de vous avoir laissée dans la tristesse, au lieu que je désirois que vous fussiez du nombre de ceux que saiot Paul dit que Dieu aime, parce ^'ils donnent gaiement.

Mais vous dirai-je quUl me reste une peine dans l'esprit pour le doute où je suis que vous n'ayez pas demandé permission de nous écrire, parce que votre paquet n'étoit pas fermé du cachet de noire mère. Si cela est, vous aurez fait une tache à votre gloire en nous écrivant une si bonne lettre sans la bénédiction de Tobéissance, qui donne la dernière perfection à toutes nos actions. Je ne vous oserois prier, ma très-chère sœur, de me mander ce qui en est, de peur de vous donner la peine de m'écrire une seconde lettre; Je me réserverai à vous le demander de vive voix, et à vous avertir en charité de toutes les autres choses que je connoltrai qui pourroient déplaire à Dieu, afin que le purgatoire que vous craignez tant ait moins de prise en vous, et que cette cruelle séparation de Dieu qui nous sera infligée pour n'avoir pas voulu nous séparer de tout, ne dure pas si longtemps à votre égard.

Je vous envoie une lettre de la mère Marie-Geneviève du Mans, où vous trouverez son compliment pour vous : c'est une bonne religieuse, et que j'aime bien pour l'amour de vous et d*elle-même.

Je suis de tout mon cœur,

Ma très-chère sœur.

Votre très-humble et très-affectionnée sœur et servante, en Jésus-Clirist ,

Sœur Agnès de Saint-Paul. R. ind.

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