CCXLI. — A LA MÉRB MARIE-ANGÉLIQUE ARNAULD
parce que Tamour-propre n'y a point d'entrée , au lieu que nous le devons bien craindre dans les choses qui nous apportent de la consolation ; car c'est ce qu'il cherche que d'avoir quelque chose d'extérieur à quoi se prendre^ ne pouvant se satisfaire dans ce qui est tout spirituel. Notre-Seigneur nous enseigne^ quand nous voulons prier notre Père céleste, det^ trer dans notre cabinet et de fermer la porte sur nous, de peur que notre amour-propre y entre; et en un autre lieu il nous ordonne que notre main gauche, qui est notre propre intérêt^ ne sache point ce que fait la droite, qui est l'intention que nous avons d'agir pour Dieu seul. Vous voyez par là^ ma chère sœur^ que lorsque nous sommes plus dénuées de dévotions sensibles, notre âme s'élève plus purement à Dieu et reçoit plus de force et de grâce, quoiqu'elle ne s'en aperçoive pas, si ce n'est qu'elle soit fort spirituelle. Hais il faut tâchera le devenir en jugeant des choses non pas selon l'apparence^ mais selon que Dieu en juge; et vous savez qu'il dit dans l'Écriture sainte que bienheureux est celui qui souffre tenta* tion, parce que quand il sera éprouvé il recevra la couronne dévie. Dites souvent à Notre-Seigneur avec les apôtres : Seigneur, augmentez-nous la foi, et mettez-nous au nombre de ces justes qui vivent de la foi.
Je vous supplie très-humblement^ ma chère sœur, de me donner part aux mérites que vous acquerrez dans votre solitude intérieure et extérieure, et de croire qucrje désire d'être à vous autant que l'obligation générale que j'ai à toutes mes sœurs, et celle dont je vous suis redevable pour la conûance particulière que vous avez en nous m' j oblige.
GGXU.— A la mère Marie-Angélicpie Amauld^ Pour le commeocement de raooée.
Gloire à Jésus au Très-Sainl-Sacrement!
4*' janvier 4655.
Ma très-chère mère, Mon cœur vous dit tout ce qui se doit
« La mère Angélique éuit h Porl-Royal-des- Champs depuis le 48 décembre 4654. Elle vint à Paris les premiers jours de février, et retouroa à Pon-Royal-des-Cbamps le 49 février 4655.
au commencement de celle année dans laquelle je désire d'être à tous d'une meilleure manière que je n'ai été jusques à présent^ où mon amour- propre gâte tout ce que je dois être, et à Dieu et aux créatures. Je vois clairement que la règle de l'un est celle de l'autre. Encore qu'on veuille faire croire qu'on a une amitié bien parfaite^ cela ne peut être qu'autant qu'on aime Dieu. C'est pourquoi je ne crois pas aimer personne autant que je dois, et je m*accuse autant d^ngratitude envers les créatures que j'en ai envers Dieu. Tant y a^ ma trèschère mère, que je vous dois aimer préférablement à toute autre, pour des sujets que Dieu approuve^ et je le supplie de m'en faire la grâce, et que ce soit en l'aimant véritablement et sincèrement. Le prédicateur nous dit hier une parole de rÉcriture qui est belle: Le Seigneur circoncira voire ctBurc^ que vous l'aimiez : c'est ce qu'il faut que je fasse afin d'aimer ce que je dois aimer. Je pensois, ma chère mère, ne vous dire que six paroles ; il auroit mieux valu qu'elles eussent été meilleures.
Madame de Raffetoi étoit hier céans avec notre fille qu^elle nous vouloit rendre, mais je lui ai dit qu'il n'étoit pas encore temps. Elle vous va voir demain dans le dessein de vous la laisser si elle le peut obtenir^ parce que la fille Veut être reUgieuse ici et non ailleurs. H. Singlin n'est pas d'avis qu'on la reprenne, au moins si tôt. Nous lui donnerons ma sœur Gabrielle-Justine, pourvu qu'elle vienne dans trois semaines^ c'est assez tôt. Madame Olier * ne s'en va qu'en février.
Réponse de la mère Angélique, écrite à la seconde colonne de la lettre précédente:
« Je reçois de tout mon cœur, ma chère mère, tout ce que le vôtre trop bon pour moi me dit, et lui offre le mien tout entier. Priez Dieu, ma chère mère, qu'il le purifie. »
1 Madame Olicr, mère de la sœur Suzanne de Sainle -Julienne Olier, novice le 1«r avril 4655.