‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 177 sur 246 · CCXLIV.— A LA SGBUR AMGÊLIQCB M SAINTE- AGNÈS · texte numérisé non relu

CCXLIV.— A LA SGBUR AMGÊLIQCB M SAINTE- AGNÈS

pichéê. Mais ce que vous avez à faire, ce me semble, c^est de la souffrir, espérant que sa bonté en tirera un effet tout contraire, en TOUS puriflant de vos péchés par cette même peine. Il n'y a point de parole plus terrible que celle que Jésus*Ghrist dit à Judas : Mon amt, pourquoi éUs-vous venu ieif Car cepourguoî étoit une condamnation épouvantable du dessein malheureux qu'il avoit dans l'esprit. Et néanmoins cette parole a été le fondement de la perfection de saint Bernard dans la yie religieuse. De même^ ma chère sœur, cette menace faite aux Juifs sera une promesse pour vous, que vous mourrez dans vos pécAes, c'est-à-dire qu'ils mourront avec vous, parce qu'ils subsistent seulement dans la nature corrompue, et non dans la volonté qui les fait vivre éternellement en ceux qui les ont aimés pendant leur vie. Ou bien, vous mourrez dans le combat contre vos péchés, dont saint Paul même n'a pas été exempt, puisqu'il dit, qu'tï sent une loi contraire à la loi de son esprit, et qui le veut rendre captif sous la loi du péché. Vous faites bien, ma chère sœur, d'opposer des paroles de consolation et de douceur à celles qui vous causent tant de frayeur.

Tout ce qui est écrit, est écrit pour notre doctrine, afin que par la patience et par la consolation des Écritures notu ayons espérance. C'est la pensée que saint Paul vous donne (au lieu de celle que vous me demandez sur sainte Agnès), et qui vous apprend que toutes les paroles de Dieu dans l'Écriture sainte nous appartiennent, autant les promesses comme les menaces, et que chacun y doit prendre ce qui sert davantage à son édification et à sa consolation.

Pour moi, ce qui m'a davantage frappé Pesprit dans cette fête a été les paroles dont tout le monde est touché, qui sont celles par lesquelles on connott sa conversion ; et qui les pourroit dire dans quelque participation du même esprit, il auroit part à la même grâce : Seigneur, que vous plait-il que je fasse? Que vous plalt-il que je quitte ? Que vous plalt-il que je souffre? Et Dieu nous répondroit en toutes occasions de faire, de quitter el de souffrir ce que sa providence et sa conduite ordonnent de nous. Et sainte Agnès nous apprend la même chose, étant descendue du ciel exprès pour nous témoigner qu'elle est unie pour jamais à celui, lequel étant en la terre^ elle a

aimé de toute sa dévotioa, c'est-à-dire^ ce me semble^ qu*eUe a mis toute sa dévotion à aimer Jésus-Christ et tous ses ordres sur elle> et par conséquent elle a aimé cette horrible humiliation d'avoir été menée au lieu qu'elle craignoit plus que Tenfer, et où elle a trouvé le paradis, parce que Dieu étoit avec elle. Je voudrois qu'il plût à Dieu de nous graver dans le cceur les paroles que ma bonne sœur Anne * répéta tant de fois la nuit qu'elle mourut : «c Mettez-moi^ Seigneur, auprès de vous,

« et combatte qui voudra contre moi. 9

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