‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 181 sur 246 · CCXLIX.— A UNE RELIGIEUSE DE PORT-ROTAL · texte numérisé non relu

CCXLIX.— A UNE RELIGIEUSE DE PORT-ROTAL

doive avoir de la prévoyance, mais il faut qu'elle soit tranquille et détachée.

Je me persuade que le désir que vous avez de vous accuser des fautes principales de votre vie passée est un mouvement de votre propre esprit^ c'est pourquoi je vous conseille d'y renoncer. Que si après cela il vous revient encore, vous le pourrez proposer une seconde fois^ et lors on vous dira si vous le devez faire ou non.

Voilà, ma chère sœur, la réponse de toutes les choses que vous nous avez écrites. Je vous supplie de prier Dieu pour moi.

CGXLIX.^A une religiense de Port-Royal.

Elle lui donne quelques avis sur la manière de se conduire

envers le prochain.

{Vers le 45 ou 20 mars4655.)

Ma sœur, Je n'ai eu aucun loisir pour répondre à votre lettre depuis le Carême. Cela m*auroit mise fort en peine^si ce n'eût été la lettre de M. Singlin qui vous a plus instruite et fortifiée sans comparaison que je n'aurois pu faire. Je l'ai trouvée si bonne que je me la suis attribuée^ ayant autant besoin que vous de tout ce qu'il vous dit. Je loue Dieu de ce que cela vous a beaucoup servie ce me semble. C'est une chose qu'il faut bien considérer que la connoissance de ses fautes ^ et même la douleur qu'on en a n'est rien si elles ne sont suivies de l'amendement ; parce que la lumière naturelle fait qu'on les connoit, et Tamour-propre qu'on les ressent ; mais la seule grâce fait qu'on s'en corrige. Vous ne sauriez mieux faire que d'avoir dévotion, durant ce saint temps, à Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié, et de considérer en lui non-seulement les extrêmes souffrances de son corps, mais aussi les abaissemens incompréhensibles auxquels il s'est réduit pour nous apprendre l'humilité. Et pour vous rendre ces considérations utiles, en vous les appliquant à vous-même, voyez en particulier en quoi votre orgueil se fait paroitre. Je remarque que vous parlez aux sœurs avec peu de respect, et que vous traitez celles qui sont avec vous avec autorité ; ainsi vous ne rendez pas ce que vous

devez aux unes^ et vous voulez que les autres vous rendent ce qu'elles ne vous doivent pas , en exigeant d'elles une obéissance entière ; sans leur vouloir le plus souvent condescendre en rien. Tâchez donc^ ma sœur^ d'être fort respectueuse envers les sœurs avec qui vous n'avez pas souvent affaire^ et de traiter les autres comme si elles étoient plus que vous^ et qu'on voulût néanmoins que vous fussiez au-dessus d'elles. Si cela étoit qu'on eût mis avec vous une personne de considération ^ il ne tous faudroil point dire d'y avoir égard, cela iroit parfaitement bien^ et vous ne lui donneriez jamais aucun sujet de peine, quoiqu'elle ne fit pas bien les choses. Il faut donc avouer que ce qui nous fait traiter le prochain avec une mauvaise humeur^ c^est que nous nous élevons au-dessus de lui; et il n'y a rien plus contraire à l'humilité et à notre propre conscience qui nous fuit croire que le prochain est plus que nous devant Dieu, et cependant nous ne laissons pas de nous préférer à lui en toutes rencontres.

11 faut souvent demander à Dieu qu'il guérisse cette plaie^ et qu'il fasse passer dans le cœur les pensées et les sentimens qui ne sont que dans l'esprit. Servez-vous de ces paroles do prophète : Guérissez-^oi , Seigneur, et je serai guérie. Sauvezmoi, et f$ serai sauvée; afin de mettre toute votre espérance en Dieu dans la vue de votre extrême impuissance, le me promets de sa bonté qu'il vous rendra plus stable dans le bien que vous n'avez été jusqu'à présent. Je l'en supplie de tout mon cœur, et qu'il me fasse la grâce de vous servir dans votre avancement. Priez Dieu pour moi^ je vous en supplie, comme je désire de le faire pour vous.

GGL .—A la sœnr Marie-Angélique de Sainte-Thérèse

Amanld d'AndiUy.

L*éut de maladie nous fait pratiquer la mortification du corps

et de Tesprit.

(Ifars 4655.)

Vous me faites grand'pitié, ma très-chère scéur, d'être à' longtemps malade, et obligée à tant de remèdes qui ne vous soulagent point. Je prie Dieu qu'il vous fasse la grâce de oe

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