‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 182 sur 246 · CCLI.— A LA SCSUB MARIE-ANGiLIQUE DE SAmTE-THiftÈSE · texte numérisé non relu

CCLI.— A LA SCSUB MARIE-ANGiLIQUE DE SAmTE-THiftÈSE

VOUS point ennuyer de souffrir et d'y mettre toute voire dévotion en ces saints jours qui sont dédiés aux souffrances du Fils de Dieu. Nous ne pouvons avoir part aux mérites qu'il nous a acquis par sa mort qu'en souffrant avec lui, ou dans le corps, ou dans Fesprit ; et parce que nous sommes peu fidèles à nous mortifier dans l'esprit^ il nous envoie des maux sensibles qui font tous les deux ensemble, ce qui nous rend cet état si avantageux^ puisqu'il nous met dans les devoirs dont nous nous retirons si facilement.

Dieu m'a fait la grftce de communier pendant llatines^ et il est arrivé que c'a été pendant qu'on disoit ce verset : Securidum magnitudinem brachii tui posside fUio$ mortifkatorum; Seigneur^ selon la grandeur de votre force^ possédez ceux qui sont destinés à la mort.

Cest la condition qui nous doit apporter un si grand bien que d'être possédés de Dieu, que de nous vouer à la mort^ à ce même sens qu'il est dit dans la règle : Pour Vamour de toti^^ Seigneur, nou$ Mmme$ morlifiés tout le long du jour. De sorte qu'il n'y a rien à faire quand on est malade^ que de dire à Dieu : Possédez-moi, Seigneur, puisque je suis dans la mortification. C'est de quoi j'ai besoin avec vous, ma cbère sœur. Je vous supplie de le demander à Dieu pour moi^ comme je lui demande pour vous.

CCU.— A la sœur Marie-ângéUqaa de Sainte-Thérèse

Amaold d'ândiUy.

La grâce de la religion nous fait aimer les choses da ciel, eWAoas déuche

de celles de la Ufn,

Ce eaint jour de Pâqws (28 mars 4655).

Il m'ennuie bien fort, ma très-chère sœur^ de ne vous point voir, et de ce qu'il arrive tot^ours des retardemens, car je prends demain médecine. Il faut tout faire servira nous rendre i dignes de la grâce de la religion, qui est une grâce qui fait aijf tner les choses du ciel et qui détache de tout ce qui est dans la terre, à quoi nous devons être mortes et emev^^ avec Jésus- Christ, pour participer à sa nouvelle vie. Mai^, comme notre

366 LETTRES DE LA MÂRB AGHig.

mortification est fort imparfaite, notre religion Test aussi, U faut tâcher, ma chère sœur, d'augmenter la première pour fortifier la seconde, et de pouvoir dire à Dieu ce qu'on a chanté aiyourd'hui dans l'introït de la Messe : Seigneur, vous connaissez ma session, c'est-à-dire mon abaissement, ma mari et ma résurrection K Car Dieu mesure Tune à l'autre, et il nous ressuscite autant par sa grâce, comme nous avons défailli en nous-mêmes pour vivre de sa vie. Vous ne manquez pas d'oo casion, ma chère sœur, de recevoir beaucoup de vie, puisque vous ne rencontrez que des sujets de mourir à vos inclinations. Tâchez de les accepter en vous souvenant que c'a été par une mort horrible que le Fils de Dieu nous a délivrés de la mor^ et qu'il a réparé notre vie. Demandez-lui souvent, par un simple regard vers lui, qu'il opère en vous une sainte mort et une heureuse vie, et qu'il fasse l'un et Tautre en vous donnant sa paix qui est la grâce de ce jour, qui adoucira vos maux, qui conservera vos biens, et qui fera demeurer Dieu en vous, car il se trouve toujours dans une âme tranquille et qui ne se trouble de rien. Je vous supplie de lui demander côUe grâce pour moi, et de me croire autant à vous que Dieu m'y fait être.

CCLIL— A la sœnr Angélique de Sainte-Agnès de Maria

de la Falaire.

Sur divers sujets, et sur retendue du vœu d'obéissance.

4 avrU (4655).

Ma très-chère sœur, C'est un grand avantage que vous soyez satisfaite de si peu de chose^ comme les preuves que je vous ai données que je me souviens de vous. Je serois ingrate si jefaisois autrement, puisque je suis assurée que vous ne m'oubliez pas en aucune manière. 11 est bien tard de commencer à compatir à votre mal qu'il y a si longtemps qui dure. Je me souviens que M. de Saint-Cyran dit quelque part qu'il faut souf* frir en l'âme ou au corps, ou en tous les deux, pour être dispoeé à recevoir les effets de la grâce de Dieu. Il est aisé de méditar

* Ps. 438, Y. I.

GCLII.— A LA SOBUR ANGÉLIQUE Dl SAIHTB-AGlfiS. 367

cette Térité, et d'en demeurer persuadé ; mais il n'est pas si aisé de la pratiquer en souffirant des douleurs aussi aiguës que celles que tous souffrez.

Ce sera encore tous parler de bien loin , ma chère sœur, de TOUS dire que Dieu m'a fait la grftce de me souTenir de vous le jour de TOtre profession; je crus que vous auriez reçu quelque mouTement particulier pour la renouTeler, tous trouvant au lieu même où tous Tavez faite ^ Vous me confirmez dans cette pensée, ma très-chère sœur, en me disant la réflexion que tous aTez faite sur le vœu d'obéissance qui tous épouvante si fort. C'est une marque que vous le concevez bien; car la plupart des religieuses l'expliquent d'une sorte qu'il n'est pas malaisé à observer. Hais quand on pense qu'il enferme le renoncement à notre propre esprit , aussi bien qu'à notre propre volonté, par une simplicité d'enfant qui fait croire que toutes les choses à quoi nous nous devons soumettre sont fort justes et fort à pfopos, quoique nous pensions le contraire; il est vrai que cela ne se fait pas sans avoir un secours particulier de la grâce qui captive notre esprit sous l'obéissance de la foi, comme parle l'Écriture, qui appelle l'adhérence que nous avons à la créance des mystères, une obéissance; ce qui nous apprend que toute obéissance porte captivité et assujettissement de la raison propre à celle du supérieur. Que si nous y trouvons tant de difficultés qu'elles nous portent à dire avec la sainte Vierge : Comment se fera ceci F on nous pourra dire de la part de Dieu : Le Saint-Esprit surviendra en vous ; puisque en effet il est donné à toutes les âmes pour former Jésus-Christ en elles par l'imitation de ses vertus. Mais notre peu de foi et de confiance nous fait dire ces paroles au sens dt ijtocbarie qui fut incrédule; c'est pourquoi, par punition nous diéfîneurons stériles, ne pouvant croire aux promesses que Dieu nous fait, qu'il nous exaucera aussitôt que nous l'invoquerons.

Je crois, ma chère sœur, que la sainte résurrection aura effacé de votre esprit cette parole terrible que Notre-Seigneur n'adressa qu'aux Juifs ; c'est pourquoi vous mourrez, non dans T06 péchés qui ne sont point TÔtres, puisque vous y renoncez ,

1 A Pori-Royal-des-Champs, où celte fœar était alors.

368 LBTTRBS DE LA MÈIE AGNÈS.

mais dans vos bonnes volontés qui sont réelles et véritables devant Dieu qui vous les donne, encore que par misère et fragilité elles souffrent des interruptions. Ce n'est pas assez de désirer la grftce et de la demander sans cesse, il faut encore avoir de la p&tience pour attendre qu'il plaise à Dieu de la donner; et il la diffère quelquefois pour la donner après avec plus d'abondance. Je vous supplie, ma chère sœur, de me continuer votre charité et vos prières, puisque je suis entièrement à vous.

GCLIII.— A madame Le Camus de Bnloyer K

Elle loi témoigne sa joie et son admiration des griices que Diea loi fait, et de la résolution qu^elle avait prise de se donner toute à Dieo.

(i4t>nH655.)

Les grfices que Dieu vous fait^ ma très-chère sceiar. sont si particulières qu'elles ravissent les personnes qui vous aiment de joie et d'admiration. Vous ne doutez pas que je ne sois de ce nombre^ et que vous ayant appelée ma sœur jusqu'à présent, pour marque d'une amitié très-intime^ je ne sois satisfaite au dernier point de ce que vous le serez à Pavenir d'une façon toute divine ; car il faut appeler ainsi les effets que Dieu opère dans les ftmes lorsqu'il lui plait d'agir avec force en se rendant le maître de leur cœur, mais tout ensemble avec une suavité si grande qu'elle les remplit d'une extrême consolation. C'est le témoignage que l'on me rend, ma Irès-chère sœur, de la résolution que vous avez prise, et que vous n'auriez pu prendre si Dieu n'y avoit enfermé une douceur céleste qui voud tient lieu du centuple que Notre- Seigneur promet à tous ceux qui ont tout quitté pour Tamour de lui. Je vous supplie très-humblement, ma chère sœur, de

* La sœur Marie de Sainte-Nathalie de Rubentel, veuve de M. Le Camus de Buloyer, était la plus ancienne amie de Port-Royal qu'elle avait conno dès le commencement de la réforme. Elle y entra à Tâge de 74 ans, et voulut par humilité être sœur convei-se. Elle prit Fhabil à Fort-Roval-det- Champs vers avril 4655. Une infirmité considérable, c|ui lui survmt peu* dant le temps de son noviciat, ne lui permit pas de faire profession. iElle mourut le 29 juillet 4658.

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