‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 183 sur 246 · CCLIV.— A UNE BEIIGIEIÎSE DB POIT-BOTAL · texte numérisé non relu

CCLIV.— A UNE BEIIGIEIÎSE DB POIT-BOTAL

prier Dieu qu il me doone^ s'il lui plait, quelques miettes de rabondance des grâces qu'il ré|>and sur vous.

Notre mère * m'a commandé de vous assurer qu'elle vous offre à Dieu de tout sou cœur, et toute la communauté priera pour vous, comme nous y sommes obligées, et moi en parliculier, qui suis de toute l'étendue de mon cœur entièrement h vous.

CCLIV.— A une religieuse de Port-Royal, qui était à Port-Royal-

des-Champs.

Elle lui promet son souvenir au jour de sa profession, et lui désire les consolations du saint état od Dieu Ta appelée.

Gloire à Ji'^sus au Très-Saint-Sacrement !

Ce 5 juin f4655).

Ma très-clière sœur. J'ai été deux jours sans lire Totre lettre, m'étanf trou vée fort mal lorsqu'elle arriva, de sorte que nous ne nous sommes point souvenue du jour de votre yêture; mais si nous avons été bien unie à la grâce du mystère, nous aurons fait pour vous tout ce que vous sauriez désirer, puisque nous ne sommes qu'une même chose. 11 n'en sera pas de même, ma chère sœur, du jour de votre profession; nous «lurons un souvenir fort particulier de la grâce que Dieu vous a faite en ce jour-là, et à nous aussi, puisque David dit que c'est une chose bonne et fort agréable que les frères demeurent ensemble; et je ne doute point que nous ne demeurions ensemble, puisque nous n'avons qu'un cœur et une même intention. Je désire que vous portiez TefiTet de Tinterprétation \lu nom de saint Barnabe, que Iflt apMres appelèrent fils de comolalion, afln que vous soyez une fille fort contente et fort consolée dans Tesprit de là foi, qui vous fera estimer sur telle chose le saint état où il vous a appelée. Je me réjouis be$Ci' oup de la reconnoissance que vous avez de la grâce que Dieu' vous fait de vous donner des personnes si propres à vous conduire à Dieu. C'est encore un sujet de vous tenir dans une sainte joie, dans l'espérance qu'il vous tirera de vos foi-

' La mère Marie de» An^jMSnirMiii.

370 LITTAES DB LA MÀM AGNÈS.

blesses; au lieu que le chagrin que vous en prendries vous y enfonceroit toujours davantage. Je vous remercie très^bumblement, ma chère sœur, des prières que vous avez faites pour moi; je vous en demande la continuation, s'il vous plait, par un simple souvenir de Dieu à mon intention.

Je vous supplie de saluer très-humblement la mère-prieure denolrepart, et ma sœur Angélique; je la supplie de dire à sa novice que je ne Toublie pas, quoiqu'elle ne pense pas à moi.

Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.

Sœur Catherine- Agnès de Saint-Paul, R. ind.

CCLY.— A une postulante de Port-RoyaL

Il faut peu raisonner sur les choses de Dieu; rien ne nous est possible

sans Dieu, et tout Test avec lui.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrenîjhit.

26 juin 1655.

Ha (rès-chère sœur^ Vous raisonnez trop sur les choses de Dieu . 11 n'est pas question de vous sonder vous-même pour juger si vous aurez la force de garder les points de la règle qui sont les plus difflciles ; mais ce que vous devez faire^ c'est de pratiquer ce que saint Benoit nous ordonne, qui est de demander à Dieu, par des prières ardentes et continuelles, quUl lui plaise d'accomplir tout le bien que vous entreprenez. Il faut être aussi persuadé de sa foiblesse dans les petites choses que dans les grandes, et (|ue nous ne saunons faire le moindre bien, ni 'fuir le moindre mal, sans le secours de sa grâce. Et pour ne point sortir de l'exemple que vous avez dans Tesprit, qui est qu'on est obligé d'être dans la préparation d^obéiraux choses impossibles, je vous dirai que tout ce qui ne se (leut faire que par l'Esprit de Dieu nous est égale* ment impossible, puisque nous ne pouvons avoir par nousmêmes Tassistance de ce divin Esprit, sans lequel néanmoins pas une de nos actions ne peut élre bonne. Que si d'ailleurs nous avons recours aux promesses de Dieu, qu'il nous donnera l'Esprit de son Fils ; si nous sommes ses vrais enfans^

GCLVI.— A LA miW ||AE9B*D0R0Tii|ÈB M L'|NCARNATI0N. 371

toutes cboieg nous seront possibles avec lui. Et ce n'est pour l'ordinaire que notre propre sens qui nous fait discerner les choses, et trouver les unes plus difficiles que les autreSi parce qu'elles répugnent davantage à notre esprit, oubliant la parole de Notre-Seigneur, qui dit : Sans moi vous fie pouvez rien faire, ce mot de rien enferniant les plus petites choses , comme celle de saint Paul : Je puis tout en celui qui me fortifie, enferme les plus grandes, et nous oblige d'espérer que rien ne nous géra im|>ossible. Ne pensez donc, ma cbère sœur, qu'à faire de jour en jour ce que Dieu demande de vous, et espérez en sa parole que si vous êtes fidèle en peu, il vous fera la grâce de Tétre en |)eaucoup; il aOermira votre cœur pour ne rien appréhender, ni la durée de votre engagement, qui doit être aussi long que votre vie, ni la pesanteur du joug de ia religion, que la nature trouvera toujours rude, mais qui est doux à l'esprit. Enfin, vous serez dans une paix «ontinuelie, parce que vous ne penserez point au lendemain, comme Notre-Seigneur nous le défend en TEvangile, voulant nous donner sa grâce de moment en uioment, afin de nous tenir dans Thumilité en la vue de notre indigence ; ce qui nous oblige encore de n'avoir point la vue des créatures, puisque ce seroit nous rendre indignes que Dieu nous fit faire le bien, selon ce qu'il dit dans les Pseaumes, gii'tï Misera les os, c'est-à-dire toute la force et la vertu d'une âme qui veulplmre €tux hommes, demandez donc à Dieu, ma cbère fille, qu'il arrache de votre cœur l'inclination à rendre vos actions agréables aux personnes qui les voient; mais adorez l'œil invisible de Dieu qui les voit, qui les examine et qui les juge, non pas selon l'apparence, mais selon le principe intérieur dont elles procèdent qui doit âtfe dans la droiture et la pureté ; dites souvent ces paroles : Sinl pura cordis intimer

CGLYI.— A la mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port- Roy al-des-Champs.

Au sujet de la mère Angélique qui revenait à Paris.

U juillet (1655).

Ma très-chère mère, Vous voilà donc maintenant désolée,

â72 LETmEd DE LA MÊRfi AGNÈS.

mais il Tant en même temps que vous espériez en Dieu d'une façon toute particulière, puisque ce sont deux conditions qui sont inséparables dans saint Paul. Depuis hier trois heures que je sus que notre mère ^ étoit partie assurément, j'ai toujours été en esprit avec vous. Je me promets que Dieu vous aura fait la grâce de perdre en lui, dans ce premier mimient de délaissement, toutes les vues humaines et les réflexions sur vous-même, pour vous rehausser dans la générosité de la foi, et que vous vous souviendrez que Dieu a fait le ciel et la lerre de rien. Que s'il ne fait pas grand'cliose par nous, c'est parce que nous ne sommes pas un rien, car le néant ne dit pas qu'il est un néant, car s'il le disoit il cesseruit de l'être.

Je n'ai point su bon gré à H. de la Place* de vous avoir quittée en cette rencontre ; mais vous en avez un autre % Dieu merci. J'espère que nos sœurs n'auront point eu de jalousie parmi leur douleur; elles sont trop justes pour ne pas demeurer u'uccord que le partage éloit trop inégal. Je vous supplie que je les salue toutes très-humblement et de tout mon cœur a la conférence : elle sera bien triste parce que la joie sera toute de notre côté; ce sera en Phonneur du calice que Nôtre-Seigneur a donné à saint Jacques comme un don précieux.

Je ne sais si vous savez l'extrême péril où a été notre mère% et dont M. Bouilli l'a garantie par la miséricorde de Dieu. Nous allons chanter Benediclio pour action de grâces; faitesen autant, s'il vous plaît.

t La mère Angélique, qui éuit à Porl-Royal-des-Champs depuis le 49 février. D*apres ses Lettres, l. lll» p. 33 et 34, elle en parlii le lundi i6 juillel, alla coucher à Gif, et arriva le lendemain à Paris.

' Le docteur Arnauld

' M. deSacy.

^ La mère Marie des Anges Suireau.

CCLYII.— A tNE REUGlfiilSË UE K>RT<-ROYAL. .>73

GGLVn.--Aiiiie raligiansa de Port-Royal, à Port-Royal-das-Cliamps.

Elle lui témoigne sa joie des grâces qne Dieu lai fait, et espère qu*il lui fera celle de les reconuattre par une plus grande fidélité accompagnée de prière.

(Juillet 165o.)

Ma très-chère sœur. Si Ton osoit choisir dans les choses qu'on a à faire celles qui plaisent davantage, j'aurois préféré de vous écrire à plusieurs autres choses à quoi il a fallu me rendre; maisç'auroît été un amour-propre, c'est pourquoi il a fallu attendre le moment que Dieu m'a voulu donner pour cela, pour vous assurer, ma chère soeur, que j'ai eu beaucoup de joie de votre lettre qui est remplie de si bons sentimens. Il faut espérer qu'après des grâces si |>articulières que vous recevez de Dieu, il vous fera celle de les reconnottrc par une plus grande fidélité à la vie sainte à laquelle il vous a appelée. II est vrai que nous sommes bien ingrates de faire si peu |>our Dieu qui a tant fait pour nous, et qui ne nous demande que des choses bien faciles, un peu de mortification, de recueillement, de silence; je dis un peu, parce qu'à mesure qu'on s'y exerce, on trouve qu'on n'y a quasi plus de peine, parce que la grâce nous y fait trouver de la douceur. La bonne volonté que Dieu vous a donnée n'a l)esoin que de la prière pour avoir son efl'et ; j'entends la prière qui se fait en tout temps et en tout lieu, qui consiste à désirer de plaire à Dieu dans tout ce que l'on fait, et à le regarder comme nous étant toujours présent, puisqu'en efltel nous n'avons de vie, de mouvement et de subsistance qu'en lui. C'est cette présence de Dieu qui arrête les évagations de notre esprit, qui fortifie notre volonté pour lui faire embrasser les choses pénibles, et pour la porter à refuser celles qui lui seroient agréables selon les sens; enfin nous y trouvons le remède à tous nos maux, selon ce que dit David, qu'il avoitsoin de considérer que Dieu lui étoil présent, et que cela étant il ne scroit ébranlé d'aucune chose.

Je vous supplie d^assurer ma chère sœur Marie- Nalalie (|ue je me réjouis toutes les fois que je me souviens de son état. Je

lui envoie une image comme j*ai accoutumé d^en donner à toutes les novices; j'ai écrit dessus une sentence qui se trouve véritable en elle, qui n'a Jamais eu plus de repo8> je m'aisure^ qu'à présent qu'elle ne se repose plus qu'en Dieu. Je suis toute à elle et toute à vous, ma très-chère sœur.

GGLVIII.— A la mère Marie-Dorothée de rincamation Lt Conte,

prieure de Port-Royal-des-Champs.

Pour lui demander ses prières pendani uoe retraite de huit jours

qu'elle allait faire.

Ce saint jour de l'Assomption (15 ao(U 4655).

Ma très-chère mère, Nous avons permission de faire la retraite pendant l'octave de la Sainte-Vierge. (Elle) m^est venue au sort ce mois-H;i. Il me semble que je la devrois beaucoup faire cette année, parce que j'ai le mystère de la vie cachée de Notre-Seigneur. Je voudrais me bien cacher en lui pendant ces huit jours, en sorte que je puisse agir ensuite sans me dissiper comme je fais, non-seulement Tesprit par la distraction qui accompagne les actions extérieures, mais encore par la division du cœur qui ne cherche pas Dieu uniquement. Je vous supplie très-humblement de lui demander cotte grâce pour moi, et de me recommander à nos Messieurs si vous les voyez. Je fais aussi cette retraite pour la personne qui est entre les mains de M. de la Place, qui est toujours très-mal, et je la croirois incurable si le médecin qui la doit guérir n'étoit toutpuissant. Je vous supplie de la recommander à celui qui sait ses extrêmes misères.

Je suis, ma très-chère mère, entièrement à vous.

Nous vous envoyons un processionnaire nouveau, parce qu'il y a plusieurs oraisons pour toutes sortes de sujets et des règlemens pour la semaine sainte.

ceux.— A LA SCBUE BIAIUB DB BA1MT-J08EPH. 375

ceux.— A la soiir Marie de Saint-Joseph

Elle Texhorte à une communion fréquente .

22 août 4655.

Ma très-chère sœur, J'avois fort bien serré votre billet pour y répondre quand je pourrois; mais comme je suis toujours fort occupée, je l'avois oublié jusqu'au dernier jour de notre retraite que je Tai trouvé, et j'ai cru que je vous devois donner le peu de loisir que j'ai à présent, pour satisfaire à ce que vous désirez de moi sur votre difficulté; savoir si vous vous devez quelquefois priver de la sainte communion quand il est permis de s'en approcher, sans autre sujet que pour la révérence qui est due à ce divin sacrement.

Je vous dirai , ma chère sœur, qu'il me semble que vous ferez mieux de communier que de vous en abstenir , n'ayant point de sujet particulier qui vous en éloigne. Vous pouvez joindre ces deux motifs ensemble, celui d'un profond respect et d'une humble confiance. C'est ce que l'Église nous apprend en nous faisant dire : Seigneur ^ je ne suis p€is digne que vous entriez chez moi y en même temps qu'elle introduit ce divin Sauveur dans nos âmes. Il est certain que l'état où vous êtes, vous doit disposer à une communion très-fréquente. Votre solitude, vos infirmités, votre âge qui vous approche de la mort, et par conséquent qui vous détache de toutes choses, font un vide en vous que Dieu veut remplir de lui-même. C'est la parole de la Sainte-Vierge dans son cantique : Dieu remplit de biens ceux qui ont faim, et qui ne veulent rassasier leur faim que des biens de Dieu et de ce trésor infini qu'il nous donne dans son sacrement admirable. Vous avez encore un autre droit de vous en approcher, qui est l'obligation d'honorer ce saint et divin mystère qui consiste principalement à le recevoir. Car il ne s'est pas laissé à nous pour être adoré seulement, puisque la foi nous le fait voir à la droite de son Père dans le del d'où il reçoit nos adorations et nos hommages ; mais il a

1 Cette sœur est morte subitement le 4 janvier 4656.

370 LBTTRKS DE LA MERE AGNÊ8.

voulu se reproduire à l'autel ci se rendre la viande et la nourriture de nos âmes^ afln de n'être pas seulement avec nous, mais au dedans de nous^ et de posséder intimement le fond de nos cœurs en s'en rendant le maître.

Ce doit être notre principale intention^ en communiant^ de regarder Jésus-Christ et de le choisir pour notre maître unique , en pratiquant ce qu'il dit dans TEvangile d'au- Jourd^hui ^ , que l'on ne peut servir à deux maUres. Nous nous proposons assez de ne vouloir servir qu'à Dieu^ mais insensiblement en obéissant à ses passions et à ses désii^s, on se constitue plusieurs maîtres. Je ne dis pas cela pour yous^ ma chère sœur^ car je ne sais pas si vous avez des passions qui vous dominent; mais il s'en faut toujours défier et bien demander à Dieu lorsqu'il vient en nous par la sainte communion, qu'tV se lève et qu'il dissipe ses ennemis, et qu'il écarte bien loin ceux qui le haissent, c'est-à-dire nous-mêmes ; car tout ce qui est de nous lui déplaît^ et il vient pour le détruire afin de se mettre à la place. Ki comme cette destruction ne se fait que peu à peu^ parce que nous avons peu de grâce, c'est pour(|uoi Notre-Seigneur Jésus-Christ réitère ses visites; et nous devons en cela admirer sa charité merveilleuse qui ne se rebute point de ce qu'il ne peut opérer que fort peu à chaque fois, par notre petite capjicité de recevoir; au contraire, c'est |K)ur C(*la (ju'il se donne en qualité de viande, voulant traiter nos âmes comme nos corps, ()ui ne subsislent que par la réitération de la nourriture. Ainsi les imparfaites ont droit de comnumier souvent, pourvu que ce soit à dessein de l'être toujours moins, et de diminuer à chaque communion quelque chose do la source du péché (|ui est eu nous. Et au lieu q^iie Ja viande corporelle s'afl'oiblitpour nous fortifier, ou pour mieux dire, elle périt | onr se lran?formcr en notre substance, Jésus- Chri&t, qui est une viande immortelle et divine, nous alToiblit en nous faisant passer en lui, dans lequel nous n'avons d'entrée qu'autant que nous somuK^s diminués dans notre vie humaine (?l .mensuelle.

Cétoit wna dévotion du bienheureux évéquc de Genève, de

' \IV< (liiiiaiiclio aprùs lu IValecôli*.

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