CCLX.— A INE POSTtiLANTE DE PORT-ROYAL
dire a Notre-Seigneur après la sainte commuoion : Mangezmoi, Seigneur, mâchez-moi , avalez-moi, digérez-moi. Cela veut dire bien des choses, et nous apprend que les effets de la sainte communion sont bien ruineux à Pamour-propre, puisqu'il fwt qu'il soit ainsi mangé et consommé par le Fils de Dieu, qui dira à ces âmes : J'ai eu faim, eivous m'avez donné à manger. Car sa viande est de faire la volonté de son Père, et la volonté de son Père est qu'il nous sanctifie, en nous ôtant tout ce que nous avons de mauvais. Je vous supplie, ma chère sœur, de le prier qu'il fasse cet effet en moi.
CGLX.— A une postulante de Port-Royal.
Sur la maladie de sa sœur : elle lui dit qu*en se donnant h Dieu il faut
lui avoir donné toules choses.
Gloire à Jésus, au Très-Saint-Sacrement.
24 août 1655.
Ma très-chère sœur, La douleur que vous avez au sujet de votre sœur est bien juste, et toutefois elle vous fera lort si elle est trop violente, et qu'au lieu de vous porter à Dieu, qui doit être le but et le fruit de toutes les afflictions, elle vous éloigne de lui par le trouble et l'inquiétude où elle vous veut jeter. Dieu vous éprouve, ma chère sœur, et je le supplie que vous soyez du nombre de ceux qu'il a trouvés dignes de soi après les avoir tentés en toutes sortes de manières. 11 y a bien de l'apparence que cette chère sœur vous précédera, quand même elle réchapperoit de cette maladie, étant infirme comme elle est. Mois ce n'est pas sans une providence particulière que Dieu a voulu que vous en eussiez l'appréhension dès le commencement de votre noviciat, afin que vous comprissiez jusqu'où doit aller le sacrifice que vous devez faire à Dieu de vous-même, puisqu'il présuppose que vous soyez détachée de toutes les créatures auxquelles on n*a de l'attache que pour l'amour de soi-même, cucore qu'on ne le croit.» pas. C'est ce que saint Piuil nous apprend, que le Père éternel nous ayant donné son propre Fils, il nous a donné toutes choses avec lui; de même si nous nous sommes données véritablement à Dieu, nous devons aussi lui avoir donné toutes les aulres
choses. Il est bien yrai qu'étant imparfaites^ on se donne soimême et tout le reste imparfaitement^ ce qui fait qu'on n'est pas encore disposé à la privation de ce que l'on aime ; et c'est à quoi il faut tendre^ ma chère sœur, sans se flatter soimême en donnant trop de lieu aux tendresses de la fiatore. Vous faites bien de porter votre douleur en esprit de pénitence et d'humilité : Tune et l'autre nous obligent de dihs à J>ieu avec David : Je suis prêt à porter vos fléaux ; et vous nites bien aussi de faire réflexion sur votre principal défaut^ et qui seroit plus capable de vous troubler à la mort, qui est d'avoir agi à la vue des créatures. Le temps de l'affliction est le plus propre pour purifier l'âme qui s'oublie elle-même dans la douceuriet la paix.
L'on ne désespère pas encore de la santé de votre sœur^ quoiqu'il faudroit peu de chose avec ce qu'elle a pour l'emporter. Si cela arrivoit, vous ferez bien d'écrire à M. votre père pour lui témoigner que vous tachez de rendre à Dieu ce que vous êtes obligée en cette occasion, et de lui demander qu'il lui donne la fidélité dont il a besoin pour lui être agréable, etc.; et prenez bien garde de ne vous étendre pas trop en des paroles de tendresse qu'il faut écouter le moins que l'on peut.
Vous n'allez pas maintenant à la sainte messe les mains vides, vous avez de quoi oiTrir à Dieu, et ensuite un droit particulier de prendre part au sacrifice de Jésus-Christ, qui ne nous est utile qu'autant que nous lui en faisons un autre de ce qui nous est le plus cher. Servez-vous de ces pensées pour vous fortifier, et éloignez de vous toutes celles qui vous pourroient afl'oiblir.
Je suis^ ma très-chcre sœur, entièremeut à vous.