CCLXVI.— Â la mère Marie des Anges Snirean, abbesse
de Port-Royal.
Elle envoie une leUre pour la sœur Fia vie, et témoigne son désir de profiler du repos qu*elle trouve à Porl-Royal-des-Cbamps.
Vendredi 8 octobre (4655).
Ma très-chère mère, Voici une lettre pour ma sœur Flavle *, qui m'a écrit depuis que nous sommes ici, et un peu devant elle m'avoit fait une grande lettre de ses dispositions, à quoi elle attendoit une réponse : vous jugerez si elle lui est propre. Elle a tant de passion pour moi qu'elle trouve bon tout ce que je lui dis, quoique je ne la fiatte pas; mais ce n'est rien faire d'agréer les choses à cause des personnes qui les disent, si on ne les aime, parce que c'est la vérité. Le temps s'écoule que je dois être ici, et cependant je ne profile f»as du repos que j'y trouve, qui ne consiste pas à avoir du loisir, car je n'en ai pas plus qu'à Paris, mais en ce que les choses se font dans une
< Sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d*Andilly. « SrtMir Catherine de Sainte-Flavie Passart.
CCXXVll. — A MADAME D'ArMONT. 3H5
autre tranquillité qui ne lasee point l'esprit. Je sais bien que je la pourrois trouver où vous êtes et où vous la possédez, parce que vous ne dépendez pas des objets extérieurs comme moi qui n'ai point de vertu solide. Je vous supplie très-humblement, ma très-cbère mère, de prier Dieu pour moi, afin que je rende témoignage par mon changement de la grâce qui est particulière à ce lieu-ci et que je sois plus dtgne d'être.
Ma très-chère mère.
Voire très-humble fllle et très-obéissante servante en Jésus-Christ,
Sœur Agnès, R^ ind.
GCLXVII.— A Madame d'Anmont, à Port-Royal de Paris. Il faut vivre de la vie spirituelle, et ne pas raisonner selon Adam.
Gloire à Jésus au Très-Saint- Sacrement!
Lundi ^\ oc/o6re (4655).
Ma très-chère sœur, Nous voici arrivées au temps où je ne ferai plus de fête dont je ne célèbre l'octave avec vous. Je m'en réjouis, parce que c'est votre satisfaction, et je prépare mon cœur pour recevoir ces paroles secrètes que vous voulez me faire Thonneur d'y répandre. M. Arnauld nous fait espérer que vous viendrez vous-même chercher votre drachmequi est égalée à votre égard; et parce qu'elle n'est pas comme cette pierre précieuse qui n'avoit point de mouvement pour aller au-devant de celle qui la cherchoit, celle-ci se mettra entre vos mains pour être transportée au jour, à l'heure et au moment qu'il vous plaira, par une nouvelle donation entre-vifs; car tout ceci tend à la vie^ et à la vie spirituelle, quoique vous disiez que vous n'y entendez rien ; mais ce seroit ignorer votre Credo qui finit par la vie éternelle. Et vous savez, ma chère sœur, que nous en devons déjà vivre, puisque la grâce est une gloire commencée. Mais il me semble que vous ne vouliez plus étudier qu'en humanités, au lieu que vous devriez être une théologienne, depuis que vous connoissez des docteurs de rÉglise. Que si l'art militaire vous plait davantage, il vous est permis d'entrer dans l'académie de saint Paul, qui
nous exhorte cette semaine^ de prendre les armes de Dieu pour résister aux embûchesjdu diable, qui ne nous tente pas comme les personnes du monde^ mais par des malices spirituelles et cachées que nous ne saurions vaincre que par les armes de Dieu dont je ne sais pas le nom, sinon du bouclier de la foi et du glaive de la parole de Dieu. L'une et l'autre, ma très-chère, ne nous permettent pas de raisonner selon Adam. Vous savez combien il est décrié, et que le premier des hommes est devenu le dernier des hommes, et celui que nous devons le moins écouter, parce qu'il a perdu le sens et la raison pour vouloir être trop sage. C'est pourquoi, je vous conseillerai encore mieux que lui si vous m'en voulez croire. En attendant que j'aie l'honneur de vous voir de mes yeux et de vous parler de ma bouche, je continuerai de vous voir invisiblement et de vous parler sans paroles, mais non pas sans affection qui est la langue du cœur. Vous connoissez le mien et je connois le vôtre ; mais Dieu est juge des pensées et des intentions de tous les deux, et je le supplie d'en porter un jugement favorable en nous puriRant de tout ce qui n'est point de lui^ pour pouvoir dire avec vérité : In quo vivimtMy movemur, etsumus.
CGLXVni.— A la mère Marie des Anges Soirean, abbesse
de Port-Royal.
Elle lui témoigne sa peine de savoir la mère Angélique malade, et elle chargée de tout pendant sou absence; elle lui promet son prochain retour à Paris.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Dimanche matin (47 octobre 4655).
Ma très-chère mère, Je n'ai guère de satisfaction dans le repos que l'on goûte ici, pour la peine où j'ai presque toujours élé de rétat de notre mère*. J'eusse eu de la peine à me résoudre à ce voyage, si j'avois pensé qu'il eût été aussi pénible à notre mère que celui de Tannée passée; il s'est trouvé que
t C'était la semaine du XXI* dimanche après la Pentecôte, dont Téptire •ftt tirée de celle aux Éphésiens, chap. 6, t. 40-47. * La mère Angélique.