‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 196 sur 246 · CCLXXVI.^A la sœur Marie-Angéliqae de Sainte-Thérèse · texte numérisé non relu

CCLXXVI.^A la sœur Marie-Angéliqae de Sainte-Thérèse

Amanld d'Andilly.

Dieu veut nous obliger par les maladies à la pralique de la péniteDce et de la mortification .-—Cest un défaut d*avoir tant d attache au travail qu*on ne prenne pas le temps de la prière. — Nécessité de si> préparer avant Tomce.

(Fer* 4655.)

Ma très-chère sœur, Vous me faites grand'pitié d'avoir un mal si fâcheux et si peu connu des médecins, et dont par conséquent il y a si peu d'espérance qu'ils vous puissent guérir^

iOO 1.E1TRES DK LA MÈRE AGNÈS.

ce (|iii est bien capable de vous donner du cbagrin et de Tinquiétude. Mais si vous considérez^ ma chère sœur^ que rien n'arrive sans l'ordre de Dieu^ et que c'est sa providence qui vous a choisi celte sorte de mal, vous tâcherez à vous ie rendre utile en l'acceptant de bon cœur pour rendre à Dieu par cette voie ce que vous ne lui rendez pas en autre chose. Quand vous avez été en meilleure santés vous n'avez pas aimé la pénitence et la mortification comme l'état de religieuse et même de chrétienne vous y oblige; c'est pourquoi Dieu vous Ta imposée lui-même^ et a fait à votre égard ce qu'il dit dans l'Évangile : Contraignez d'entrer. Faites de nécessité vertu, ma chère sœur, et rendez-vous pour Tamour de Dieu à un état plus pénible et plus mortifiant que ne le sont les austérités de corps et d'esprit de la religion. Vous savez que les personnes du monde ne sont pas exemptes des infirmités, et qu'elles en ont de très-grandes et trèS'-fâcheuses qu'elles portent bien souvent avec plus de patience que nous. 11 n^y a point d'excuse, et l'on ne peut pas dire que cela est trop rude et trop austère, comme on le dit quelquefois de la régularité. Quand il plait à Dieu de punir nos lâchetés, il faut s'humilier sous sa puissante main et le supplier de nous donner une force égale au besoin que nous avons pour ne pas succomber à la tentation, c'est-àdire à l'épreuve (ju'il fait de nous.

11 est certain qu'en l'état où vous êtes, vous ne pouvez pas garder un silence exact, et que vous vous pouvez divertir de peur (le tomber dans la mélancolie; mais on ne peut pas vous permettre lie j)ai 1er, que de choses innocentes, c'est-à-dire indilîérentes, en sorte que vous n'ayez pas de remords de conscience après vos entreliens. Pour ce (jui est de votre ouvrage, je crois bien qu'il vous fait mal; mais ne vous y tenant pas beaucoup de suite, et vous tenant le plus droite que vous pourrez, il vous diverlira. H est bon de vous promener quelque temps et d'en prendre deux fois le jour pour lire. Ce doit être votre plus solide consolation que de vous entretenir avec Dieu, ou en lisant, ou en priant; et c'est une grande faute que de travailler avec lant d'attache que de ne pas prendre le temps de prier, ce que vous devriez faire même en travaillant, étant fort aisé de se tenir en la présence de Dieu et de

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