CCLXXIX. — A LA MÉRB RENÉE DE SAINT-PAUL. i
Il me semble que voilà ce que vous désirez savoir de nos pratiques. Je vous supplie très-humblement de les offrir à Dieu^ afin qu'elles lui soient agréables et que sa bonté en couvre les défauts. U me reste à vous assurer que je suis avec tout le respect que je dois,
Monsieur mon cousin^
Votre
Sœur Agnès de S. Paul, K^ indigne.
GCLXXIX.-— A la révérende mère Renée de Saini-Panl , religieuse bénédictine du monastère de la ndélité, à Sanmor.
Au sujet de la censure de Sorbonoe contre M. Arnauld. — Elle lui apprend la mort de plusieurs religieuses, et lui donne quelques avis.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !
De Port-Royal, ce 46 février 1656.
Ma très-chère sœur. Je ne doute point de vos ressentimens sur le sujet des affaires de l'Église, qu'on appelle l'affaire de M. Arnauld. Vous savez que la censure est faite, qu'elle s'est passée avec beaucoup d'injustice et de violence. Celui à qui Ton en veut tant se prépare à tout ce qu'il plaira à Dieu de faire de lui. Je ne m'étonne pas qu'on dise beaucoup de choses au loin pour décrier les personnes , puisqu'ici^ où l'on sait mieux la vérité, on ne laisse pas de dire des choses exorbitantes. Tout ce que nous avons à faire, ma chère sœur, c'est de nous laisser entre les mains de Dieu et de le bien prier, comme l'on fait quand il fait un grand tonnerre.
Nous mandons à la révérende mère que ma sœur Léocade ne veut point nous quitter; et, dans l'enlre-temps de votre lettre, il nous est mort trois sœurs converses professes, qui sont ma sœur Françoise de Saint-Jean *, ma sœur Elisabeth Lutgarde* et ma sœur Françoise de tous-les-Saints •. Ce sont trois
i Sœur Françoise de Saint-Jean Génin, morle le 30 janTÎar. {Nécrologe mamiscrit de Port-Rotjal .)
* Sœur Elisabeth de Sainte-Lutgarde Maitteland, religieuse de Maiibutsson, associée ^ Port-Royal, morte le 9 février.
• Sœur Françoise-Marthe de tous les Saints Chéron, morte le 46 février.
places pour des postulantes ; et quoiqu'il y en ait encore trois devaqt ma sœur Léoca^e, nous en avons de fort mal qui ne peuvent plus guère durer, tellement, ma chère sœur, que QQus ne pouvons vous en accommoder; et je crois que vous en formerez aussi bien que nous, pourvu que vous rencontriez des âmes qui cherchent la religion pour y servir Pieu^ et non pas pour avoir une condition de vie assurée, comme la plupart de ces Qlles n'ont point d'autre but en se faisant religieuses.
Je crois bien, ma chère sœur, que vous avez encore bien des défauts, et que vous n'en serez pas sitôt délivrée; mai« pourvu que vous soyez toiypurs unie et soumise à la révérende mère comme vous êtes , tout ira bien pour vous, puisque Tobéissançe a le même privilège que la charité qui couvre la multitude des péchés, c'est-à-dire des f-iules non volontaires.
Je ne puis vous en dire davantage, ma très-chère sœur , parce qu'il faut aller aux vigiles de notre pauvre sœur. Il ne ipe reste qu'à vous assurer que je suis et que je serai (oi^ours entièrement à vous.
CCUXX.— A madame la marqnise de Sablé.
Elle espère que Dieu agréera ses prières à cause de son zèle
pour la vérité.
Gloire à Jésus auTrès-Sainl-Sacrement!
(Pin de février 1656.)
Je ne saurois me consoler de votre rhume, ma très-chère sœur, encore que les fenêtres aient été bien fermées, parce que j'aurois désiré qu'il n'eût pas interrompu votre dévotion, qui n'en sera pas toutefois moins bonne quand vous la pourrez continuer ; puisqu'il n'y aura point eu de votre faute ; j'ai peur que le temps, qui est si mauvais, ne contribue à le faire durer plus longtemps, quoique la bonne saison nous doive promettre du changement du jour au lendemain.
Je me suis en(|uise de notre mère ce que c'éloit de cette fille dont M. Feideau vous a parlé, et que je n'ai jamais vue ni connue. Notre mère m'a dit qu'elle n'est pas pour résister au
CCLXXXl.— A UNE ftELlGIBUSE DE POfIT-ROYAL. 407
travail , et surtout qu'elle ne peut veiller, qui est une des choses dont vous avez plus de besoin. Je prie Djeu qu'il vous en adresse quelque autre qui vous soit plus propre, ayant appris de feu H. de Saint-Cyran qu'il se faut adresser à Dieu de tout. Pour mes petites prières, j'ose vous dire, ma très-chère sœur, que je ne me suis point proposé d'aulre terme que celui de ma vie pour les continuer ; j'ai un nouveau motif d'espérer que Notre-Seigneur les agréera, ayant à lui exposer le zèle que vous avez pour sa vérité, par les saintes et sé\ères réprimandes que vous avez faites si à propos, en pratiquant nonseulement ce que dit le pseaume : Mettez-vous en colère, mais ne péchez point, mais de plus en glorifiant Dieu par une chaleur si digne de louange.
Pour le livre dont vous parlez, je crois que vous prierez aussi bien Dieu en ne le lisant point, ayant ouï dire qu'il y a des choses un peu superlatives; je pense que saint Jean Climaque sur le même sujet de la prière vous sera plus utile.