CCXCIV.— A Madame d'Anmont
Elle lui léœoigDe son reeret de s*étre séparée d*elle, mkis espère que J.-C. renouvellera leur cliarilé et remplira cette privation.
{Vers septembre 4656.)
Ayant bien pu écrire ce matin un billet à la mère Angélique, il faut, ma très-chère sœur, que mon second pouvoir soit employé à vous témoigner que notre séparation ne m'a pas élé peu sensible dans l'état où vous êtes, qui étoit déjà si pénible qu'il ne vous falloit pas, ce semble, y ajouter, ce que votre bonté vous aura fait estimer une chose considérable, je veux dire Taccideut qui m'est arrivé. Mais à qui s'en prendre, ma
* Ce ne fut que quelque temps après que les grands yicaires de Paris, ptr ordre du cardinal de Retz, expédièrent publiquement à M. Singlin b commission de supérieur des deux maisons de Port-Royal.
GCXGT.— A U 3(EUR MARIE D£ SAlUTE-DOROTBiS. 437
très-chère sœur^ puisque c'est celui qui fait bien toutes choses qui Ta ainsi voulu^ pour nous donner moyen de lui être un peu conformes dans Tabandonnement où il a été de tous ses amis? S'il vous fait la grâce, ma très-chère sœur, comme je l'espère, de se donner demain à vous et à moi, ce sera pour combler une petite privation par un don inconcevable. C'est dans ce sacrement de charité, où je désire renouveler celle que je vous dois, qui a été jusqu'à cette heure très-foible, très-imparfaite et trèsinégale, en une qui soit forte, constante et uniforme. Je la demanderai, ma très-chère sœur, à celui qui est l'auteur des dons parfaits, et j'espère qu'il me la donnera, selon la parole que saint Augustin m'apprend à lui dire : t Seigneur, donnes ce que vous commandez, et commandezce qu'il vous plaira. » Vous êtes si généreuse, ma très-chère sœur, que vous rendez toujours plus que vous ne devez. Ce que je vous demande pour payement de ce billet (car je ne veux pas un mot d^écriture dont vous n'êtes point capable pour le présent), c'est de dire pour moi : Jgnem $ui amori$ accendat Deu$ in corde tju$.
CCXC?.— A U scBiur Marie de Sainte-Dorotliée Perdreau.
Elle lui reproche de donner trop aux sentiments de la nature, el espère que son séjour à Pori-Royal-des-Champs lui sera utile.
22 octobre 4656.
Ma très-chère sœur, J'ai vu votre grande lettre où je n'ai rien trouvé à répondre, outre ce que nous avons dit de vive voix, sinon pour la permission que vous demandez de n'aller pointa la conférence deux fois la semaine; il sera bon de réserver cette demande pour quand la mère Angélique sera retournée ^ Il n'en va pas comme vous pensez, pour ce qui est de lui parler : elle a plus de loisir là que non pas ici> et elle vous recevra volontiers ; vous avez besoin de passer par ses mains pour devenir forte et pour perdre tout à fait votre vaine crainte.
faurois désiré que vous n'eussiez point écrit la premiers
t La mère Angélique, aoi était à Paria depuis les premiers jours de joia, revint à PortiRoyal-dea-Clamps le msidi 34 octobie.
4i8 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
page de votre lettre^ où vous a\ez trop de pitié de vous-même^ ce qui vous fait estimer beaucoup le sacrifice que vous faîtes^ qui se rend moindre par Texagération que vous en faites. Vous ne vous êtes pas souvenue que TÉvangile nous ordonne que la main gauche ne sache point ce que fait la main droite; car vous avez soufiTert à la nature de traverser un peu Pouvrage de la grâce en donnant lieu à ses sentimens. J'espère que votre pèlerinage aura expié cette faute^ et qu'étant dans le désert vous préparerez des voies droites au Seigneur. Vous aviez presque envie de dire à Noire-Seigneur comme le père de rËvangile: Descendez pour guérir mon àme, afin que je ne quitte point un noviciat si admirable qu'il mérite d'ôtre regretté avec des sanglots et des larmes; mais vous avez mieux aimé descendre vous-même, en soumettant votre volonté à votre médecin^ qui sait quels sont les meilleurs remèdes pour nous guérir. Je me promets, ma chère sœur^ que vous n'avez plus qu'à chanter à Ôieu un cantique de louanges, de ce quil a rompu vos liens pour vous mettre dans une liberté toute entière de n'aimer que lui, selon qu'il vous y convie intérieurement, et il n'y a rien de si vrai que Notre-Seigneur nous demande continuellement que nous l'aimions^ et c'est la parole du Saint-Esprit dans ses Écritures : Mon fils, donne-moi ton cœur. Ce qui veut encore dire qu'il ne le faut donner à personne. C'est pourquoi je ne veux point du vôtre, ma chère sœur, sinon en la manière que dit saint Paul, que nota ne sommes qu'un corps, qu*un cœur et un esprit en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
GCXCYI.— A deux sœurs qui gardaieut un enfant malade
de la petite-vérole.
C'est UD giand avantage d'être assuré de faire la volonté de Dieu.
10 novembre 4656.
Mes très-chères sœurs. Je retourne encore vous visiter pour me réjouir avec vous de votre état, à quoi je porte envie, bien que je croie que je n'aurois pas assez de vertu pour le porter si bien que vous. C'est un si grand avantage d'être assuré de faire la volonté de Dieu, qu'on doit trouver son repos dans