‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 205 sur 246 · CCXCVII. —A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

CCXCVII. —A une religieuse de Port-Royal

Pour le jour anniversaire de sa profession : elle Texhorte k offrir à Dieu

trois sortes de sacrifices.

Ce dimanclte 49 novembre (4656).

Ma très-chère sœur, J'ai été bien aise que vous m'ayez témoigné le désir que vous avez de bien passer le jour de votre profession^ qui devroit réparer les fautes que vous avez faites tout le long de Tannée contre vos vœux. Je désirerois que vous fissiez pour cela trois sortes de sacrifices : le premier d'une parfaite louange pour un doa si parfait que vous avez reçu de Dieu en ce jour ; le second de componction pour un si grand défaut de correspondante et tant de relâchement^ au

430 IBITRBS DE LA MÈU AGNÈS.

lien de raccroisseœent que tous deviez faire; le troisième d'immolation y dont saint Benott parle en la rëgle^ quand il nous oblige de dire à Dieu avec le prophète ; Ce$t pour Famour de vous, Seigneur, qu'on nous égorge tous les jourSj ei qifon ne nous considère plm que comme des brebis qu'on mine à la boucherie. C'est ce dernier sacrifice, ma chère sœur, qui donne la valeur aux autres^ et qu'on peut appeler un sacrifice de justice, sans lequel nous ne pouvons être justes, puisqu'on ne le peut être sans détruire en soi-même tout ce qui déplaît à Dieu par une mortification continuelle. C'est le moyen de rendre nos actions de grâces dignes d'être présentées à Dieo, et notre componction véritable et solide^ au lieu que celle qoi n'est que passagère et après quoi nous retombons dans les mêmes fautes que nous avons pleurées, nous rend plus souillées que nous n'étions auparavant, pour avoir rendu inutile la lumière que Dieu nous avoit donnée de nos défauts.

Vous avez bien fait de ne pas demander la retraite, vous trouvant peu disposée à la bien faire; et si vous êtes persuadée qu'il est toujours silence, hormis une heure le jour, il se trouvera que vous serez toujours en retraite sans qu'il soit besoin d^en demander permission, puisque les choses nécessaires que l'on dit avec retenue n'interrompent point le silence, mais seulement les inutiles.

J'approuve bien aussi que vous ayez eu le sentiment de ne pas voir M. Singlin, pour lui donner lieu d'en voir d'autres qui en profiteront plus que vous. Vous ne perdrez jamais rien de donner la préférence à autrui, et de vous contenter des miettes, puisque Dieu vous peut autant nourrir par elles que si par un désir insatiable vous vouliez un pain entier; mais il se faut souvenir que ces heureuses miettes tombent sous la table, et qu'ainsi il faut être dans un grand abaissement pour les recueillir.

Vous savez maintenant, ma chère sœur, que ma sœur N. est entièrement guérie de sa chute, qui a été très-dangereuse et dont elle pouvoit être tuée sur la place, si Dieu ne l'eût préservée. Il la fait beaucoup souffrir en ce monde; il le faut prier que ce soit pour la rendre plus pure devant ses yeux.

CCXCYIII.— A LA SCEim MARIE DE SAnmS-DOEOTHÉE. 431

CGXGVIII.— A la sœur Marie de »aime lei ilhée Perdreau.

Sur divers sij\iet8. — Le joug du Seigneur est doui.

22 novembre 4656.

Ha très-chère sœur, La mère prieure * nous a dit que vous travaillez pour nous à écrire ce que vous avez retenu de la conférence de M. Singlin. Nous vous serons bien obligées de ce travail, de quoi nous ne voulons pas être ingrates^ mais nous vous demandons du temps pour mettre au net ce que nous devons encore à nos chères sœurs de delà. Le sermon de ma sœur Marie- Aimée * ira ausri à son tour, qui est celui que vous me demandez. Pour le baptême^ on vous le pourra prêter où vous êtes, car c'est assez de Tavoir quelquefoit. Jl ne sais ce que c'est que les béatitudes que vous désirez d'à*» voir; si vous en voulez une explication^ vous la trouverez dans les méditations de H. Feydeau.

Je ne sais pourquoi vous vous étiez persuadée qu'il ne fiil« loit point écrire ni recevoir de lettres. 11 est vrai qu'il faut être préparé à s'en passer; mais cela ne se doit pas prendre si fort au pied de la lettre, parce qu'il y a des temps où Pon peut en avoir besoin, et Dieu ne veut pas absolument qu'on se fasse tant de contrainte pour des choses qui ne sont point mauvaises, puisqu'il nous dit que son joug est doux. Quand on le trouve pesant, et que d'ailleurs on a bonne volonté^ c'est signe qu'on y ajoute quelque chose qui n'est pas de lui, qui 6te le repos de l'ftme. Vous êtes si^ette à vous imposer des lois de rigueur, à quoi vous pensez que Dieu vous oblige, ce qui n'est pas : par exemple de ne pas dire ce qui vous fait peine, croyant que ce seroit chercher du soulagement. Vous devez présupposer que vous êtes foible et que vons ne sauriez rien porter si Ton ne vous aide. Que s'il arrive que Ton ne vous donne pas le secours dont vous avez besoin, ce sera lors que

> La mère Marie*Dorolhée de rincârnattOD.

* Le sermoD du jour de la prise d'habil de la sœur Marie-Aimée de Sainte-Pélagie Choart de Buzenval : novice le 47 septembre i65a, elle fil profebsion le 49 mars 4658. Elle esl morte le S avril 4697.

TOUS serez assurée que Dieu voudra que vous souffriez jusqu'à ce qu'il lui plaise de tous envoyer sa consolation. Je suis toute à yoM, ma très-chère sœur.

CCXCIX —A la mère Renée de Saint-Paul, à Sanmor.

Sur divers sujets. — Elle lui donne quelques avis pour le sainl temps

de l*Avent.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

29 novembre 4656.

Ma très-chère sœur. Je vous fis réponse sur le mal de la révérende mère ; le premier ordinaire d'après^ je me donnai rhonneur de lui écrire à elle-même pour la supplier de se IBndre à tout ce qui étoit nécessaire pour son soulagement. Je lui adressois aussi Tordonnance pour vos deux malades. Mais ' comme j'avois écrit à la mère Angélique % pour consulter son mal, à notre médecin^ j'attendis la réponse jusqu*à ce qu'on fût revenu de Port-Royal^ où^ par mauvaise rencontre, M. Hamon ne se trouva pas, étant allé à deux lieues de là pour quelque malade. 11 se trouva donc qu'il étoit trop tard pour envoyer nos lettres le mercredi par le courrier^ et on me dit qu'on les enverroil par le messager. Vous les devez avoir reçues présentement^ a\ec le paquet où il y a de la poudre émétique dont on ordonne aux doux malades. L'on ne doit point appréhender ce remède. J'en ai pris deux fois sans en être presque plus travaillée que d'une autre médecine. Je me suis fort bien trouvée de tout ce qu^on m'a fait, sans en être plus foible, et il y a apparence que sans ces remèdes j'aarois eu bien de la peine à passer l'hiver. Je bénis Dieu de la guérison de la révérende mère , que je salue très-humblement

11 n*y a point de mal à désirer d'être sans empM poor veiller davantage sur soi-même ; mais il ne le faut pas désirer pour éviter les contradictions qu'on reçoit, qui profitent pins, quand on les prend bien, que le recueillement même. Vous ne sauriez manquer en demandant à Dieu qu'il éloigne de

> A Port-Royal-des-Champs.

Page 1